Alvvays – ‘Blue Rev’

Alvvays – ‘Blue Rev’

Album / Transgressive / 07.10.2022
Indie rock

Les best of et autres year’s end lists de l’année ont au moins le mérite de nous permettre de revenir sur les sorties importantes qui seraient passées entre les mailles de nos filets. Au vu de l’omniprésence du troisième album d’Alvvays dans ces listes outre-Atlantique – en très bonne place qui plus est – il semblerait que, sur le papier en tout cas, nous ayons loupé quelque chose courant octobre. De fait, Blue Rev est indubitablement le meilleur opus sorti par le quintet canadien jusqu’ici, justifiant le plébiscite critique. Errare Humanum Est, avancerons-nous du bout des lèvres.

Revenir sur ses erreurs, se rendre compte de ce qui a été loupé au cours de sa vie, c’est très ironiquement le sujet de prédilection de Molly Rankin dans ce disque, en particulier sur les relations amoureuses. La chanteuse-guitariste canadienne formant avec l’autre guitariste Alec O’Hanley un couple à la scène comme à la ville, on serait tenté d’identifier ici une grosse inspiration autobiographique, comme lorsqu’elle compare l’admiration qu’elle portait autrefois pour son partenaire (fictionnel ?) à celle qu’elle a un jour musicalement ressenti pour Tom Verlaine dans le titre du même nom. Petit message personnel ? Projection de l’auditeur ? Molly a en tout cas le mérite de ne jamais faire dans le pathos, mettant plutôt l’accent sur une licence poétique généreuse en bons mots et autres traits d’esprits. Ses paroles, qu’elles évoquent les crises de couple, le retour au bercail, ou les errements personnels propres à nos usages numériques, arrondissent en permanence les angles à coups de petites observations tour à tour empathiques, douces-amères ou fatalistes sur ces situations dans lesquelles chacun pourra se reconnaître un peu. Errare Humanum Est, encore une fois.

On pourra aussi se rassurer sur la dynamique Rankin-O’Hanley en tant que duo en charge du songwriting et des arrangements. En attestent les mélodies accrocheuses, tricotages jangle-pop et résonances shoegaze qui émaillent ce disque d’un bout à l’autre, de Early On Your Own? à Belinda Says. Dès la première écoute, une poignée de refrains enjôleurs ou nonchalants se tapent l’incruste chez vous, mettant les pieds sur votre table basse comme Molly met les siens dans le plat. Ponts, breaks et drops inattendus, modulant les grilles harmoniques et brassant les textures, se bousculent au portillon pas très loin derrière. Les subtiles touches de synthé jouées par Kerri MacLellen ancrent un peu plus l’ensemble dans une esthétique eighties qui reste fraiche et pertinente aujourd’hui… Tout cela est riche, peut-être même un peu trop parfois pour l’auditeur qui aimerait de temps à autre reprendre son souffle face à un mix noyant la voix déjà diaphane de Rankin dans un tourbillon permanent d’aigus. Heureusement, le reste de la production de Shawn Everett et le charme de l’ensemble finissent par faire mouche. L’erreur est humaine, effectivement, et aucune n’est assez fatale ici pour ternir la réussite globale de cet album.

Ce tourbillon musical est aussi un tourbillon de références, posant d’ailleurs des balises très utiles pour avancer d’un titre à l’autre. Les pédales d’effet de O’Hanley citent ainsi celles de Kevin Shields dès les premières secondes du vibrant morceau d’ouverture Pharmacist, clin d’œil assumé qui ne sera que le premier d’une longue liste. Peu importe la carte qui sort de la pioche, Rankin et O’Hanley sauront en faire bon usage. Carte REM des débuts ? Aucun souci, After The Earthquake est posée sur le tapis dès les premières donnes. Carte The Smiths ? Voici que déboule le bien nommé Pressed, qui n’a rien à envier à Bigmouth Strikes Again ou There’s A Light That Never Goes Out. O’Hanley peut ainsi passer du jeu de Peter Buck à celui de Johnny Marr avec l’assurance d’un jeune chien fou, ce qui autorise au passage Rankin à offrir son petit hommage personnel à Morrissey avec une grâce qui fait depuis longtemps défaut à l’original. Dernier hommage notable, celui qui est ici donné à Broadcast et la regrettée Trish Keenan sur de magnifiques titres électro-vintage tels que Very Online Guy ou Bored In Bristol.

La gestation de Blue Rev a été longue et ponctuée d’obstacles (changement graduel de line-up au niveau de la section rythmique, séparation des membres du groupe d’un côté et de l’autre de la frontière américano-canadienne lors des confinements…). Au vu de l’utilisation habile et pertinente des références chez Alvvays, on se dit que les petites graines qui permettent à ce joli disque d’exister aujourd’hui étaient d’emblée assez intemporelles pour autoriser un énième retard dans sa conception. En espérant que ceci excuse – un peu – notre propre retard à en parler ici.

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A ECOUTER EN PRIORITE

Early On Your Own?, Pressed, Very Online Guy, Belinda Says, Bored In Bristol, After The Earthquake


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