A Place To Bury Strangers – ‘Hologram’

A Place To Bury Strangers – ‘Hologram’

EP / Dedstrange / 16.07.2021
Post rock

Le rapport d’Oliver Ackermann à la musique dépasse le travail, la passion et tient plus du sacerdoce. Une vie dédiée à la reverb. A Williamsburgh, il a fondé le temple de la pédale avec Death by Audio, et puis, voilà presque 20 ans qu’il maltraite les publics post-rock du monde entier avec A Place to Bury Strangers. Ces dernières années, shows intenses et tournées éreintantes semblent avoir mis à mal le groupe, preuves en sont de multiples changements de personnel. Il est aujourd’hui entouré des époux Fedowitz, Sandra à la batterie et John à la basse (membre de Ceremony et connaissance de longue date de Ackermann, puisqu’ils avaient déjà collaboré sur le projet Skywave, au changement de millénaire). Et pour finir, notre stakhanoviste a créé son propre label, Dedstrange, sur lequel sort le nouvel EP de A Place to Bury Strangers, Hologram.

Le long de 5 titres disparates, Hologram fuit la réalité puis s’y retrouve les deux pieds dedans, pour finalement divaguer à la frontière. End of the Night ressemble à un mauvais trip torturé par ses propres dissonances, agité par des idées noires (‘Now that you’ve bled me dry / Now that you hope I die’) alors que I Might Have suit au ras du bitume. Le titre, sale, âpre, avance pied au plancher : c’est du pur APTBS, sans l’ampleur gigantesque que le groupe pouvait atteindre sur ses premiers disques, dans la lignée du dernier Pinned, donc. Mais les New Yorkais savent innover : sur Play My Part, la batterie est sèche et concise, et la guitare donne d’étonnantes notes 60’s, dans un genre plutôt côte ouest qui n’est pas le leur. Et on découvre aussi un Ackermann entre existentialisme et nostalgie (‘When we’re gone / We can’t have fun, don’t you know? / Who doesn’t enjoy the sun?’). Des fois, on croit connaître les humains parce qu’on connaît les artistes, mais c’est faux. Oui, la silhouette que l’on voit martyriser sa guitare sur la scène, sous fond de visuels épileptiques, aime aussi la caresse du soleil sur sa joue.

Les deux derniers morceaux représentent tout de même la moitié de l’EP avec leurs 5 minutes et des poussières chacun. In My Hive porte la voix paresseuse de Ackermann sur un rythme nerveux qui finit par remplir bruyamment l’espace alors que la sensibilité de I Need You cache mal un fond dépressif. Le morceau flotte dans une  lumière translucide, sur une belle nappe shoegaze qui finit par rappeler l’avion au décollage.

Certes la musique de A Place to Bury Strangers n’a jamais été guillerette, mais son côté sombre était porté par une puissance qui paraissait inébranlable. Ici, la fatigue mentale est palpable. De l’aveu même du groupe, Hologram a été douloureux à enregistrer. Il contient beaucoup de haine et de colère, mais aussi une lueur d’espoir en l’avenir. Clairement, ce disque – qui ne décevra pas les inconditionnels du groupe – est une catharsis pour un Ackermann pas dans la forme de sa vie, mais pour qui la musique semble rester le meilleur des moyens d’expression.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
End of the Night, In My Hive


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