Festival Musical Écran 2021 – Trois documentaires à ne pas manquer

Festival Musical Écran 2021 – Trois documentaires à ne pas manquer

On a jamais eu autant envie de se retrouver et de s’enfermer, dans le noir, aux beaux jours. Ça tombe bien, c’est ce que propose le festival Musical Ecran à Bordeaux du 5 au 12 septembre, dates auxquelles l’événement va proposer une sélection d’une vingtaine de films documentaires, tous aussi passionnants que pointus. Entre avant-premières, rencontres et compétition internationale, cette septième édition vous invite à vous avachir dans les fauteuils du Cinéma Utopia et autres lieux incontournables de la capitale girondine (Bibliothèque de Bordeaux, Musée d’Aquitaine, QG Musical Écran, Salle du Grand Parc, Institut Cervantes) pour s’intéresser aux carrières de Laurent GarnierIdles, Talk Talk, Dinosaur Jr, ou Matthew Herbert parmi d’autres, ou creuser les sujets de la rumba congolaise, la drum & bass, du rap marseillais ou de la Stax Music Academy. En guise de mise en bouche, et en complément de toutes les informations disponibles en suivant ce lien, Mowno vous sélectionne trois documentaires à ne surtout pas manquer lors de cette édition 2021.

NOTRE SÉLECTION

DON’T GO GENTLE – IDLES

Lundi 6 septembre – 21h15 – Cinéma Utopia – durée 1h15

Idles a plus œuvré pour faire rayonner la culture britannique depuis 2017 que ne le fera jamais les recettes de gelée anglaise. En trois albums, le groupe a acquis un statut de chef de file du revival post-punk de ces dernières années et a su poser ses grolles dans le plat mainstream. Le documentaire Don’t Go Gentle de Mark Archer retrace son histoire, de ses débuts compliqués jusqu’à la sortie de son deuxième disque Joy as an Act of Resistance et son passage important au festival Glastonbury.

Le montage du film fait la part belle aux moments intimistes en dehors de la scène, aux interviews des différents membres, et à la dizaine de milliers de slams et stage dives durant les concerts. Face à ces images, on se retrouve à vouloir verser des litres de sueur dans une fosse. Même si le visionnage se passe dans notre salon. Pourquoi se plaindre de la rigueur scolaire du format rockumentaire de Don’t Go Gentle quand il est aussi efficace ?

Mark Archer veut montrer le sentiment d’unité et de mentalité à-la-vie-à-la-mort qui régit Idles. Vannes backstage, vulnérabilité partagée, traumatismes communs, dissentiments violents… Autant d’éléments qui forgent l’amitié indéfectible des cinq membres. Certaines interventions font cependant lever les yeux au ciel devant autant de candeur et de naïveté quasi-infantile, notamment celles du leader Joe Talbot. Son côté donneur de leçon et son injonction à se montrer impérativement gentil avec tout le monde peut parfois sembler aseptisé et contre-productif. Mais à aucun moment son honnêteté transparente et viscérale n’est remise en question.

Outre le glorieux guitariste Mark Bowen répondant aux questions dans un jacuzzi, les vraies stars de ce documentaire sont les fans d’Idles rassemblés autour d’une communauté soudée de 30 000 membres se nommant AF Gang. Les témoignages sur la capacité du groupe de Bristol à changer des vies font partie des plus gros uppercuts émotifs de Don’t Go Gentle. C’est aussi la preuve pure et ultime du pouvoir de l’Art et de la Musique pour rassembler et porter vers le haut les êtres humains.

Même si le charme d’Idles vous laisse insensible et que les discours nunuches de Joe Talbot vous font rougir, ce documentaire arrivera à vous communiquer son énergie vitale. Après tout, le punk a dans l’obligation d’être aussi simple et rentre-dedans qu’un guitariste en slip ayant la volonté de faire le plus de bruit possible.

IN A SILENT WAY – TALK TALK

Mardi 7 septembre – 20h30 – Cinéma Utopia – durée 1h28

A la fin des années 80 et au début des années 90, Talk Talk commettait un seppuku commercial en sortant coup sur coup les albums Spirit of Eden et Laughing Stock. Le groupe mené par Mark Hollis décide de s’éloigner totalement de la formule synthpop ayant fait le succès planétaire de leur méga-tube Such a Shame. Bye bye les retombées financières et médiatiques positives, mais bonjour à deux chefs-d’œuvre mythiques et pionniers du post-rock.

Le cinéaste bruxellois Gwenaël Breës porte dans son cœur un amour inconditionnel pour cette période de Talk Talk et décide donc de se lancer dans le projet d’un documentaire relatant cette passion. C’est là que les tuiles commencent et s’abattent une à une sur la réalisation de son plan. Déjà, le reclus Mark Hollis refuse toute demande d’interview. Rien d’étonnant quand on connait la décision du bonhomme de se retirer purement et simplement de la vie publique. Mais il interdit aussi formellement l’utilisation du répertoire de Talk Talk. Rajoutons à cela le silence radio des musiciens Tim Friese-Green et Paul Webb à la suite des démarches du cinéaste, et les problèmes prennent alors l’aspect d’un casse-tête impossible à résoudre.

Au lieu de jeter l’éponge, Gwenaël Breës choisit au contraire de s’affranchir des codes rigides du documentaire pour délivrer un road-movie introspectif et philosophique sur l’énigme Mark Hollis et les effets envoutants de sa musique. De l’emplacement du studio d’enregistrement maintenant disparu (hérésie douloureuse) où Talk Talk a composé Spirit of Eden aux côtes anglaises ou l’histoire du groupe a débuté, l’équipe du documentaire multiplie les captations sonores inventives. C’est un trip onirique et expérimental cherchant à appréhender la notion essentielle au chanteur : celle du silence.

En chemin, le cinéaste donne entre autres la parole à l’ingénieur du son Phill Brown ou l’artiste James Marsh qui est derrière l’élaboration des pochettes du groupe. Chacun y va de son anecdote fendarde concernant les conditions fantasques d’enregistrement de Laughing Stock et les idées tarées du génie discret Hollis. Projecteur à huile, éclairage stroboscopique, musiciens conduits à l’intérieur d’un studio dans l’obscurité… Autant dire qu’on rentre vite dans la quatrième dimension.

In a Silent Way séparera le public en deux camps : documentaire prétentieux et futile pour le premier, exercice de style réussi pour le second. Choisissez le vôtre mais n’omettez surtout pas d’écouter les deux disques magiques fondateurs du post-rock.

FREAKSCENE – THE STORY OF DINOSAUR JR.

Mercredi 8 septembre – 20h30 – Cinéma Utopia – durée 1h22

Sur le Mont Rushmore du rock alternatif, on pourrait y sculpter les gueules de J Mascis, Lou Barlow et Murph sans que personne n’y trouve quoi que ce soit à redire. L’influence de Dinosaur Jr. est incommensurable et s’étend sur toutes les facettes de la musique à guitare depuis sa formation en 1984. Pourtant, crime effroyable, aucun documentaire n’avait encore vu le jour pour tenter de rendre hommage au groupe et à son histoire. C’est maintenant chose faite grâce à Philipp Reichenheim et son Freakscene – The Story of Dinosaur Jr.

Linéaire et traditionaliste dans son approche du rockumentaire, le film permet de lever le rideau sur les secrets de fabrication de l’infernal trio de la côte Est américaine. Des débuts punk hardcore de la formation Deep Wound en passant par leur hiatus du début des années 2000, ce sont des décennies qui sont passées à la loupe à travers de rares images d’archives et de concerts. De véritables trésors visuels auxquels le réalisateur Philipp Reichenheim a eu accès grâce à son statut de beau-frère de J Mascis. Quand on a la chance de pouvoir digger dans les VHS et Super 8 privés de Dinosaur Jr., c’est quand même la moindre des politesses de partager.

Freakscene est évidemment ponctué d’interviews de sacrés pontes de la scène indépendante des 80’s et 90’s. Outre les principaux concernés, on peut y voir Thurston Moore, Kim Gordon, Henry Rollins (qui remplit d’ailleurs sa mission sacrée d’apparaître dans chaque documentaire musical dès que ça concerne le rock’n’roll), Frank Black ou Bob Mould. Casting prodigieux 5 étoiles au potentiel noise et explosion de décibels inégalable.

Le cœur même du documentaire repose sur l’exploration émouvante de la relation amour/haine/respect entre le songwriter de génie J Mascis et le bassiste Lou Barlow ; ainsi que le rôle essentiel de médiateur du batteur Murph. Emotionnellement handicapés, timides, incapables de communiquer et s’ouvrir à l’autre : toutes les recettes pour avoir dans ses mains de temps à autre un gros désastre relationnel. Ou l’envie de se taper méchamment sur la tronche, comme l’atteste l’image d’archive d’un concert qui dégénère.

Un visionnage essentiel pour comprendre l’histoire mouvementée et les rapports dysfonctionnels entre trois types ne s’épanchant qu’à travers la musique. 1h20 pour donner envie à tous les slackers du coin d’acheter une Jazzmaster et de changer le cours de la musique indé. Ou au mininum de faire chier les voisins.


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