The Psychotic Monks, déconstruire pour mieux construire

The Psychotic Monks, déconstruire pour mieux construire

Animale, sombre, brutale, transcendante… Tant de qualificatifs pour définir la musique de The Psychotic Monks. Fort d’un deuxième album passionnant sorti il y a quelques mois, le groupe originaire de Saint-Ouen écume depuis déjà pas mal de temps les routes et distille aux quatre coins du pays des prestations scéniques renversantes et habitées, pour ne pas dire simplement d’énormes gifles à la face de tous. Un phénomène que nous avons eu plaisir à croiser sur la route, lors du festival YEAH de Lourmarin, afin de papoter un peu. Loin de la violence lancinante de leur musique et du vacarme de leurs concerts, c’est avec un calme et une timidité non dissimulée qu’Arthur, Paul, Clément et Martin ont accepté de partager un brin de discussion autour de leur nouvel album, de leurs envies d’évolution musicale, mais aussi de leur rapport aux artistes qui les influencent.

Ce qui m’a marqué à la première écoute de votre nouvel album, c’est qu’il y a déjà un véritable fossé entre le premier et celui-ci. Là où les groupes qui débutent leur carrière essayent de consolider leur proposition musicale, vous vous semblez déjà vouloir aller voir ailleurs…

Clément : On ne voulait surtout pas s’enfermer. Entre ces deux albums, on a découvert et écouté énormément de choses, des trucs très divers, et ça nous a beaucoup apporté. Et puis on s’est rendu compte d’une chose essentielle, c’est que finalement, tous les quatre, on se retrouve beaucoup plus dans l’intention générale que dans un style musical. Ça, c’était un véritable premier constat. Ensuite, il est vrai qu’on souhaitait aller plus loin et qu’on voulait essayer de dépasser certaines limites, même si c’est parfois un peu cliché de dire ça. Et ce qui nous a aidé, c’est le fait de s’être retrouvé dans la Creuse, dans une vieille baraque où on a vécu pendant trois semaines un peu les uns sur les autres, sans aucune distraction possible car il n’y avait rien d’autre à faire que d’avancer sur nos morceaux. Cette expérience là a forcément apporté quelque chose en plus à la composition du disque et au tempérament qu’il possède.

Paul : C’est intéressant cette idée dont tu parles, celle de consolider les acquis du disque précédent… Je crois, nous concernant, que nous avons déjà expérimenté pas mal de choses sur notre premier album. Pour le second, nous souhaitions reproduire certains schémas, certes, mais sans forcément tomber dans les mêmes influences. Nos goûts, notre manière de penser un morceau, toutes ces choses évoluent et évolueront de toutes façons ! Parfois, tu découvres des nouveaux trucs, parfois tu retombes sur des choses plus anciennes et familières, mais tout ça aide à aller plus loin. En tous cas, plus personnellement, je crois qu’un album reste un moment de vie, ça reflète en conséquence ce que tu vis et ce que tu es au moment de sa confection, et donc ce que tu écoutes.
Arthur : Après, quant au résultat final, il faut quand même dire que tout ça n’est pas issu d’une réflexion concertée. On ne s’est pas rassemblés tous les quatre autour d’une table pour réfléchir et décider de ce à quoi allait ressembler le nouvel album. Non, la réalité c’est que les choses se sont faites d’elles mêmes, très simplement et naturellement, et c’est d’ailleurs ce qui a rendu la composition du disque parfois laborieuse, mais surtout très intéressante. On a laissé les choses se faire et, à la fin, on s’est retrouvé avec énormément de matière, à laquelle on ne s’attendait d’ailleurs pas, et qu’il a fallu mettre en forme.
Paul : Je me souviens quand les nouveaux morceaux sont apparus, on y pensait parfois, et on se disait que ça n’était pas du tout cohérent, surtout vis à vis du premier album. Mais c’est aussi ce qui nous a séduit je crois.

Effectivement, exit les tendances rock garage à la Ty Segall vers lesquelles votre premier album lorgnait parfois. Private Meaning First met lui l’accent sur la qualité des ambiances, et je dirais même qu’il enfonce le clou vers la facette la plus sombre de votre univers. Justement, comment s’est fait ce cheminement ? Le fait de passer de structures disons plus traditionnelles au format qui est proposé avec ce nouvel album…

Clément : On a effectivement mis beaucoup plus l’accent sur les ambiances cette fois-ci. De manière générale, on a passé plus de temps à travailler les textures sonores et à bosser sur nos préprods en amont.
Arthur : Il y a surement eu aussi plus d’alchimie entre nous lors du processus, et certainement plus de recherches comme vient de le dire Clément, notamment dans le son. Mais il y avait aussi cette envie de réaliser comme un film, plutôt qu’un simple album musical. On a beaucoup été bercé par le cinéma ces dernières années, et ça a eu un impact fort sur nous.

C’est vrai qu’il y a totalement un aspect cinématographique dans votre musique. A quel point d’ailleurs le cinéma, ou d’autres autres formes d’art, vous inspirent et apportent à votre musique et votre univers ?

Le cinéma est assez fondamental chez nous je trouve. Quand on échange sur un morceau, une ambiance ou une structure, je ne sais pas pourquoi mais on a beaucoup plus tendance à utiliser des références cinématographiques plutôt que musicales pour s’exprimer. Ça nous inspire.
Martin : C’est sûrement une bonne chose pour nous d’échanger des références sans qu’elles soient nécessairement musicales. On fait la même chose pour des bouquins ou des peintures. L’idée, c’est d’aller chercher l’inspiration ailleurs, et je crois qu’en définitive ça ouvre encore plus le spectre à diverses interprétations pour les gens qui écoutent notre musique. Faut que ça reste libre de toutes façons, c’est ça qui rendra notre musique plus large et plus ouverte à tous.
Clément : Mater des films de Lynch, par exemple, m’a beaucoup aidé pour les structures ! Je ne sais pas si j’arriverais à détailler pourquoi mais c’est vraiment ce que je ressentais sur le moment.
Arthur : Et pour conclure sur cet aspect cinématographique, j’ai aussi remarqué que, quand on répète et qu’on compose, si on se sent tous les quatre dans une ambiance qui nous ferait nous sentir comme dans un film, alors quelque part on va tous avoir un sentiment de tenir le bon bout, d’atteindre quelque chose qui nous plait.

Pour revenir à l’aspect plus musical et à vos influences, vous citez souvent Nick Cave comme principal mentor, mais aussi Pink Floyd. Pourtant c’est énormément du coté de Girl Band et de la musique noise que va piocher ce disque. Comment ces sonorités là se sont-elles installées dans votre musique ? Qu’est-ce qui vous plait dans l’aspect bruitiste ?

Clément : Clairement, on ne va pas te mentir, quand on a découvert Girl Band, ça a été une énorme gifle. Pour nous, ils font carrément partie de ces groupes qui ont réussi à inventer un truc. La première fois qu’on a écouté leur disque, pour nous c’était comme si les Strokes avaient juste pété un câble.
Paul : Ils ont déconstruit quelque chose, mais c’était salvateur. Ils ont réussi à sortir des cadres de l’esthétique simplement garage, rock ou bien encore stoner, mais tout en les réunissant. Ils se sont véritablement affranchis des étiquettes en déconstruisant tout ce qu’ils connaissaient afin de repartir à zéro avec cette nouvelle matière. C’était fascinant de découvrir ça et de pouvoir s’en inspirer après, notamment quand on a eu la possibilité d’avoir un lieu pour bosser nos morceaux. A partir de ce moment là, on a saisi l’occasion de déconstruire aussi notre musique, de creuser pour mieux voir ce qui pouvait en ressortir.
Martin : Les mecs de Girl Band font partie de ces artistes qui travaillent autour d’un univers, comme le fait d’ailleurs Nick Cave que tu citais aussi tout à l’heure. Ce qui est génial avec lui, c’est qu’il a plus d’une trentaine d’années de carrière je crois, et qu’il ne cesse d’avancer et de réinventer des choses. Alors c’est vrai que nous, on l’a découvert sur le tard, on connaît surtout le Nick Cave actuel et celui de ces dernières années. Mais justement, quand on l’a découvert, on a ressenti une forme de maturité incroyable, et on s’est vraiment rendu compte de nos jeunes âges en l’écoutant. Du coup, on est allé direct écouter ce qu’il faisait quand il avait sensiblement le même âge que nous, entre 20 et 30 ans, et là on s’est prit une énorme claque avec The Birthday Party. C’est dingue de pouvoir évoluer comme ça, comme le faisait Bowie aussi. Même si sa musique ne se ressent pas forcément dans la notre, c’est un artiste qui nous apporte beaucoup, de part l’audace de ses évolutions.

Mais la part noise de votre musique du coup ? D’où sort-elle ?

Je crois que ça vient simplement du fait de n’avoir jamais arrêté de tourner entre nos deux albums. On répétait et on composait sur la route, entre chaque concert. Le fait de travailler constamment de manière live, ça a dû influencer ce genre de sonorités. Ça a certainement donné un aspect plus brut encore à notre musique.

Plus globalement, il y a une forme d’anarchie dans votre musique, mais une anarchie qui serait contrôlée et maîtrisée d’une main de maître. On pourrait même dire que vous la façonnez. Vous en pensez quoi ?

Paul : Je ne sais pas si c’est maîtrisé, mais disons qu’à force de vivre ensemble et de jouer ensemble, on se comprend forcément de mieux en mieux. Il y a des automatismes qui se mettent en place, mais je crois qu’on se laisse aussi de plus en plus de libertés tous les quatre dans ce chaos dont tu parles. Par exemple, si en répétition – ou sur scène d’ailleurs – l’un d’entre nous vient à péter un câble et commence à torturer son instrument, et bien on va tous se retourner vers lui, mais pas pour lui demander ce qu’il fout, juste parce que ça aura réveillé quelque chose chez nous qui nous conduira à péter un câble à notre tour, et à le suivre dans son délire (rires) ! Elle est là l’alchimie qui te fait dire que c’est maîtrisée. Je pense que, dans ce groupe, si tu enlèves une seule des personnes qui le compose, tu n’obtiendras plus jamais la même chose.
Martin : On a des points de repère ensemble, mais on veille aussi à se laisser plein de libertés, sans forcément que ça devienne n’importe quoi. Je pense que c’est cet équilibre qui donne cette sensation de maîtrise et ce, même si notre musique peut avoir des aspects chaotiques comme tu disais.

Photos couleur : Cahuate Milk
Photos N&B : Marie Monteiro, Ben Pi

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