PARK, bas les masques !

PARK, bas les masques !

Toutes les bonnes choses ont une fin : le soir de l’interview, Park posait une dernière fois son matériel sur scène avant de mettre le projet sur pause pour une durée indéterminée. La réunion improbable mais hautement réjouissante des trois membres de Lysistrata avec Frànçois sans ses Atlas Mountains a fait parler d’elle en 2022, entre la sortie d’un excellent premier album et une tournée bien fournie de dates assurées avec bonne humeur et énergie. On a rencontré le quatuor pour dresser le bilan.

Vous jouez votre dernière date ce soir à Saint-Brieuc. Comment vous sentez-vous d’en être arrivés là ?

Ben (chant/batterie) : Ça a été un peu compliqué d’agencer les agendas de tout le monde. A la base, cette collaboration devait être beaucoup plus courte, mais vu que nos projets respectifs se sont décalés et qu’on a finalement eu plus de temps, on a pu prolonger la tournée. C’est vrai que là, ça commence à bien jouer, on a trouvé une bonne cohésion à quatre qui n’était pas évidente à trouver au départ, lors de nos premiers concerts. On aurait bien continué, mais les agendas font que ça va se passer autrement. Ce soir, notre concert est potentiellement le dernier. En tout cas, il n’y en a pas d’autres de prévus pour l’instant.

Vous allez maintenant chacun retourner à vos projets respectifs ?

Frànçois (chant/guitare) : Je vais retourner sur la route avec mon baluchon sur le dos, au soleil couchant, une herbe au coin de la bouche (rire).
Max (basse/chant) : C’est ça. Nous, nous allons repartir bosser sur de nouveaux morceaux avec Lysistrata, et se mettre à 100% dedans.

À quoi cette année a t-elle ressemblé pour vous depuis la sortie de l’album en mars dernier ?

Ben : Par rapport à nos autres projets, c’était léger. La tournée, la promo, la sortie d’album… On ne s’est pas mis de pression, à part s’amuser et faire des bons concerts.
Frànçois : Je trouvais que Park était un projet récréatif. L’idée, c’était justement que ça ne soit pas un gros turbo de stress ou de promo. Ça l’a fait, peut être du fait que ce soit une musique hybride qui n’a pas une résonance très forte. C’était cool que ça reste un objet de plaisir. Ce n’était pas trop intense, autant en termes de rythme que de dates. On ne s’est pas mis de stress non plus pour créer du contenu, comme des clips ou quoi que ce soit de ce genre. On a fait comme ça venait. Par exemple, les visuels sont venus quand on en a eu envie et qu’on en avait besoin. Il y a aussi eu de chouettes moments, comme quand on a joué en Espagne. Ça a été pour moi le concert le plus représentatif de ce groupe qui était vraiment destiné à jouer à la cool.

Vous avez joué dans quel contexte en Espagne ?

Théo : C’était à un festival qui s’appelle la Canela Party. On a joué un jour avec Park, et le lendemain avec Lysistrata. La programmation était super : il y avait Metz, Preoccupations, plein de belles choses à voir et à écouter. En fait, on a remplacé Omni qui a annulé.
Ben : On nous a proposé de le faire même pas un mois avant le festival. On était déjà booké depuis pas mal de temps avec Lysistrata, puis Park s’est naturellement ajouté.

Le fait de professionnaliser et de concrétiser ce groupe, qui était à l’origine un délire entre potes, n’a donc pas entamé le côté spontané et naturel du projet ?

Max : Non. En fait, on a commencé à répéter en 2018, mais on avait du mal à se caler ensemble, du fait que nos projets respectifs nous prenaient du temps. Puis il y a eu le Covid, et Frànçois est revenu vers nous en nous disant que ce serait le bon moment pour enregistrer. Pour la promo, vu que l’album est sorti sur Vicious Circle qui est un label plutôt confidentiel, il fallait forcément tourner. Ce qui tombait bien puisqu’on avait envie de faire vivre le projet en live. C’était léger, du début à la fin.

Justement, concernant le live, est-ce qu’il a été facile de mélanger vos univers scéniques qui sont assez différents ?

Théo : On avait fait une grosse résidence à la Sirène à la Rochelle pour préparer le live. C’était effectivement un vrai truc à trouver. Musicalement, c’était évident mais visuellement, on voulait qu’il y ait une vraie frontière entre Lysistrata et Frànçois. On ne voulait être associé ni à l’un ni à l’autre. C’est pour ça qu’on jouait en étant fringués différemment notamment.
Max : Cette résidence à la Sirène a été très pratique car, après, on n’a plus jamais répété. Comme on jouait à des intervalles assez réguliers, on n’en a pas eu besoin (rires).  Ça aussi, ça a joué dans la légèreté du projet. On partait juste en tournée, on jouait parfois vite fait les morceaux dans les loges, mais ça n’allait pas plus loin que ça.

Quels retours avez-vous eu du public ? Est-ce que vous avez croisé plus de fans de Lysistrata, de l’univers de Frànçois, ou un mélange des deux ?

Ben : Un peu des deux. Il y avait aussi pas mal de gens qui ne connaissaient aucun des deux projets. C’était vraiment cool de voir un public venir découvrir Park sans aucun biais. Du coup, certaines personnes ont découvert les trois projets, et c’est quelque chose qu’on recherchait aussi.
Théo : À l’aéroport de Malaga, on a croisé un gars qui venait voir Park depuis Barcelone. Évidemment, je pense qu’il venait aussi pour le reste de la programmation qui était fabuleuse, mais il venait pour Park, et non pas pour Lysistrata ou même Frànçois qu’il ne connaissait pas. C’était assez rigolo. Après, ça dépend des lieux et des concerts : il y a eu des endroits où on ne s’est pas senti hyper proche du public. Dans les grandes villes, c’était plutôt cool, comme c’est le cas pour la plupart des groupes j’imagine. En tout cas, avec Lysistrata, on a vécu les choses comme ça aussi.
Max : Sur les premiers concerts qu’on a fait, ça nous est arrivé de reconnaître des têtes, ou de sentir dans la fosse qu’on jouait devant un public Lysistrata. Ça ne nous a pas du tout mis à l’aise. On ne recherchait pas ça avec le projet : l’idée, c’était de jouer avec un groupe différent, dans un style différent.

Est-ce que les gros fans de Lysistrata, qui ne s’attendaient pas à ça, ont été un peu déçus en découvrant Park ?

Max : Il y a certaines dates où ça s’est passé comme ça, en effet. Après, forcément, les organisateurs de concerts jouent sur les noms. S’ils mettaient juste Park, sans signifier qu’il y a Frànçois et nous dans le groupe, ça aurait vendu moins de tickets. Mais sinon, c’était assez vaste en termes de public.

[Frànçois arborant le masque caractéristique du groupe, la question est inévitable :] Est-ce que c’est un des masques d’origine, en pâte à pizza ?

Théo : Les originaux, qui sont pourris maintenant, sont au Shorebreaker, le studio où l’album a été enregistré. Donc on en a refait.
Ben : Souvent avant les concerts, on faisait une tournée de masques en pâte à sel. On avait essayé la pâte à pizza au début, mais ça ne marchait pas : c’était trop mou et ça pourrissait trop vite. Même la pâte à sel, c’est très cassant. L’autre jour, j’ai eu l’idée d’en faire en papier mâché, mais bon… Il ne reste qu’une date ! (rires)

A ce stade, est-ce que vous pouvez déjà dire si cette rencontre entre vos deux univers a eu une influence, à la fois sur vous en tant que musiciens, mais aussi sur vos projets respectifs ?

Théo : Oui, c’est sûr. Comme toute expérience, il en ressort des choses. C’est con mais avec Lysistrata, je n’avais jamais joué avec un autre guitariste. Avoir deux guitares dans Park, ça a donc permis de beaucoup se répartir le travail. Frànçois utilise beaucoup un sample aussi. On a intégré pas mal de trucs.
Max : En termes de studio et de production d’album, on a l’habitude de faire les choses très vite avec Lysistrata. Généralement, on n’a pas le temps de produire, donc c’est une question qu’on ne se posait même pas, ou très peu. Avec Park, vu qu’on a eu le temps de se poser, on a eu l’occasion de produire l’album, de soigner les détails. Avec Lysistrata, quand on arrivait en studio, on jouait les morceaux et basta. Je pense que tout cela va influencer notre façon de faire. Laisser de la place du chant, aérer les morceaux… Ça nous a fait grandir musicalement.
Ben : Le studio, la tournée, l’ambiance du projet beaucoup plus chill nous a montré que ça pouvait aussi être comme ça avec Lysistrata. Même pour les concerts, c’est beaucoup plus cool. Franchement, on est super content de l’album de Park : personnellement, c’est la première fois que j’ai eu le ressenti d’avoir fait exactement ce qu’on recherchait.
Théo : C’est vrai que la satisfaction d’avoir enregistré quelque chose qui sonne bien est très cool. On n’avait pas le temps de faire cet exercice avant.
Frànçois : Pour moi, c’était kiffant d’avoir une série de dates d’où se dégageait une énergie électrisante et violente. C’est quelque chose que je recherche dans le set de Frànçois & the Atlas Mountains, mais la structure des morceaux – et souvent le line-up du groupe – fait que je ne peux pas vraiment aller dans ces zones-là. Ça a donc été un assouvissement de pouvoir faire des concerts avec cette énergie. En comparaison, ou plutôt en opposition, je pourrai désormais faire des lives qui me tireront vers une autre manière de jouer, plus ambiante ou atmosphérique. J’aurai déjà joué cette carte de l’énergie, et je pourrai plus facilement faire des concerts posés derrière Frànçois & the Atlas Mountains.

J’avais vu Frànçois & the Atlas Mountains il y a des années, et je trouve qu’il y avait déjà une énorme énergie, mais ce n’était pas la même. C’était plus festif, et moins viscéral que ce qu’on retrouve chez des groupes comme Lysistrata, par exemple…

Frànçois : C’est vrai que je cherchais un truc plus viscéral, comme tu le dis, vu que ce n’est pas trop possible avec le répertoire de Frànçois & the Atlas Mountains.

Et pourquoi pas un jour une version ‘lysistratée’, plus hardcore de Frànçois & the Atlas Mountains ? (rires)

Frànçois : Je pense que si je devais le faire, ce ne serait pas vraiment dans un style hardcore. En électronique, il y a des choses à aller chercher, peut-être pas viscérales comme ça mais similaires en termes d’implication corporelle.

Vous avez souvent dit que vous vous étiez retrouvés dans vos influences musicales communes héritées des années 1990. Est-ce qu’à force de jouer ensemble et d’échanger, vous avez exploré d’autres terrains musicaux ?

Frànçois : La disco péruvienne ! (rires).
Théo : On a fait d’autres styles parmi les morceaux qu’on n’a pas sortis. On a utilisé pas mal de petits synthétiseurs… On avait aussi fait une résidence au Théâtre Auditorium de Poitiers, où on avait un grand piano à queue, des claviers, des drums machines… On avait bien tripé, mais je ne sais pas si on avait enregistré quelque chose.
Ben : Je pense qu’il y a des trucs oui. Peut être qu’ils sortiront un jour sur un album de quarante morceaux (rires).
Théo : C’est vrai qu’au début, on a enregistré pas mal de trucs au 4 pistes. C’était bien analogique. C’était assez fun de chercher dans ce sens-là. A l’origine, on voulait que Park sonne comme ça. Puis on s’est dit qu’une fois en studio, on ne retrouverait jamais ce qu’on a fait à la cassette. Finalement, on a trouvé le bon compromis. Après, on écoute tous plein de musiques, et on se les partage régulièrement.
Ben : Le cheminement de l’album de Park est assez chouette. Le travail de répétition, d’enregistrement au 4 pistes, l’étape du studio… Les morceaux ont pas mal de versions différentes au final.
Frànçois : Je pense que, pour les prochaines retrouvailles, on aura envie de rejouer le truc de l’exploration décomplexée, sans se poser la question de savoir si ça a sa place ou non. Le tri viendra ensuite, en fonction de ce qui marche ensemble. Vu qu’on n’a pas vraiment d’attente, de public à satisfaire, c’est idéal pour nous d’avancer sans carte.

Est-ce qu’il y a des groupes composés de membres d’horizons différents, qui ont fait les choses spontanément, et qui auraient pu vous servir d’exemples ?

Ben : C’est une bonne question, on n’a jamais réfléchi à ça…
Frànçois : Il y a plein de groupes qu’on aime dans lequel le guitariste ou le bassiste ont un side-project génial, comme Helvetia avec Duster, ou Sebadoh avec Dinosaur Jr. C’est toujours décomplexant et rassurant de se dire que, même quand un groupe est très identifié à un style de musique, ses musiciens font aussi quelque chose de différent à côté. Ça se raccroche à la passion de la musique.

Avez-vous senti que votre différence d’âge a eu une influence sur votre manière de fonctionner ?

Frànçois : Je n’ai pas du tout senti ça, hormis au niveau de mes acouphènes (rires).
Théo : Je pense qu’on n’a jamais senti la différence d’âge. On est tous assez jeunes dans nos têtes, et en même temps assez matures. On a été clair entre nous dès le début sur ce qu’on voulait et ne voulait pas. Par exemple, quand on a enregistré tous les morceaux qu’on avait en stock pour l’album, il y avait des choses sur lesquelles je n’étais pas chaud, mais on a bien interagis au bon moment pour se dire les choses.
Ben : On avait deux manières différentes de bosser, mais personne a essayé d’imposer sa façon. On s’est créé une manière de travailler à quatre.
Frànçois : C’était aussi très complémentaire, grâce à nos différents passifs. Avec Frànçois & the Atlas Mountains, j’ai évolué dans un environnement professionnel où par exemple l’image, la manière de présenter, le rythme et le protocole de sortie est assez important, malheureusement. Il y avait un peu des appuis sur ce qui fait la qualité d’une sortie par rapport à Lysistrata qui a d’autres manières de faire.
Théo : C’est vrai sur d’autres aspects aussi. De mon côté en tout cas, je peux un peu moins avoir l’art du détail et Frànçois, qui est issu d’un milieu plus pop, a apporté son oreille et son expérience en studio. C’est se prendre la tête sur des trucs, mais qui font vraiment la différence, là où nous, on ne se posait pas vraiment de question.
Frànçois : A contrario, il y a eu des moments où j’avais une appréciation biaisée sur des intentions ou des morceaux, où j’avais l’impression que tel ou tel truc avait de l’énergie alors qu’eux, par leur connaissance d’un style de musique où les choses sont plus dans le ressenti, donnaient un avis différent et juste. Ça permettait de tailler au mieux l’intention générale. Il n’y avait pas vraiment de mentor, c’était une vraie complémentarité.

Ça va à l’encontre de l’esprit de Park de se projeter dans l’avenir mais, si vous veniez à repartir en studio et à tourner, comment ça se passerait ?

Ben : On aurait un nouveau look et des nouveaux masques (rires). Comme la dernière fois, je pense que les idées vont arriver sur le tas et qu’on ne va pas se prendre la tête.
Frànçois : On a quelques morceaux qu’on aimerait bien sortir, on va essayer de leur faire voir le jour.

Pour finir, quelle est la question qu’on ne vous a jamais posée mais à laquelle vous voudriez répondre ?

Frànçois : On ne me pose jamais de question – et j’en suis frustré – sur mes guitares ou mon matériel. Un peu plus dernièrement en jouant avec les gars, parce que dans votre milieu musical, c’est une question qui revient plus régulièrement.

Si tu veux raconter les histoires de tes guitares, n’hésite pas !

Frànçois : Non non, j’aimerais juste qu’on me laisse l’occasion d’entretenir le mystère (rires).
Théo : Pour moi, c’est peut-être la question que tu poses, justement. C’est un peu inception, du coup. On veut plus de questions comme ça. Je vais y réfléchir encore plusieurs jours, et je trouverai une réponse.
Frànçois : On ne nous demande jamais ce qu’on fait entre les balances et le concert du soir, donc on ne peut pas dire qu’on va à la piscine. Mais pas n’importe lesquelles, seulement celles où tu délires.
Max : Ce n’est pas une blague, on adore aller à la piscine, surtout quand il y a des toboggans ou des jets qui te massent le dos. Ça, c’est le sucre de la tournée (rires).
Frànçois : Ce qui donne une explication à la suite de Park : Aquapark (rires).

Photos de Titouan Massé et Non2Non

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