Jessica Pratt, l’améthyste amoureuse

Jessica Pratt, l’améthyste amoureuse

Quatre ans après On Your Own Love Again, Jessica Pratt sort son dernier LP, Quiet Signs. Ensoleillé et intemporel, on a le sentiment de l’avoir trouvé dans le grenier d’une vieille maison sud-américaine à l’ombre des palmiers. Et pour cause, entremêlant les influences brésiliennes et la tradition folk anglo-saxonne, elle livre ici un son apaisant et lumineux. Explications…

Je suis curieux de savoir dans quel contexte cet album a été créé. Le son est ‘vieux’ dans le bon sens du terme. Quel a été le processus ? Où et quand l’as-tu écrit?

Jessica Pratt : Je suis ravie d’entendre qu’il sonne ‘vieux’. Je pense que généralement c’est une bonne chose. Oui, ça s’est produit d’une façon étrange. Après la tournée de l’album précédent, quand j’ai commencé à composer, cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit de chanson et, du coup, ça m’a pris du temps de me remettre dans le bain. Je venais de signer avec ce label américain, Mexican Summer, et il s’avère qu’ils ont un studio à Brooklyn. Je passais plusieurs mois à écrire, puis j’allais à Brooklyn. Ensuite, je revenais à Los Angeles pour passer quelque temps à écrire à nouveau, puis retour au studio. Donc j’ai fait pas mal d’allers et retours et, bien que ce fût fatigant, c’était un bon moyen de me replonger dans toute cette dynamique d’enregistrement. Ecrire sur une côte des Etats-Unis pour enregistrer sur l’autre est assez étrange dans un sens. C’est complètement différent de mon dernier album qui fut écrit et enregistré dans la même pièce.

C’est rare comme façon de fonctionner puisque, généralement, il me semble qu’on écrit l’intégralité avant de tout enregistrer d’une traite.

Je pense que, dans un sens, le studio fut une sorte de test, une période d’expérimentation, car j’étais en réalité assez sceptique à l’idée que le studio m’aille.

Parce que c’était la première fois ?

Presque. Mon premier album fut enregistré et écrit entièrement en studio. Mais on l’a fait très vite, sur deux jours il me semble. Ce n’était pas une immersion complète, et je n’étais pas particulièrement à mon aise non plus avec ça. Il faut dire que j’avais 19 ans. C’était il y a quelque temps déjà. Donc j’ai le sentiment que – comparé au dernier album (soupir) – j’étais inquiète d’écrire et de devoir tout refaire en studio. J’étais inquiète du temps qui passait entre l’écriture de chaque chanson et l’arrivée en studio. Comme tu t’en doutes, chaque situation est différente. Dans ce cas-ci, j’ai été extrêmement chanceuse que l’ingénieur du son (Al Carlson) et moi ayons pu si bien travailler ensemble. Il a été très à l’écoute, et a tout de suite compris ce que je voulais. Je pense avoir réussi à – du moins au point de vue logistique – faire en sorte que ça fonctionne.

Donc ça, c’est pour l’aspect logistique. Je suis aussi curieux d’en savoir plus concernant ce qu’il se passait dans ta vie lors de l’écriture. Si je comprends bien, tu es Californienne. Tu as vécu à San Francisco, et maintenant tu vis à Los Angeles ?

Oui. Cela fait cinq ans que je je vis à LA. En ce moment, je suis à Highland Park (note: quartier à majorité latino situé à l’est de la ville).

Est-ce que c’est là que tu as écrit ces chansons ?

Oui. Fin 2016, j’allais re-déménager à San Francisco. J’avais vraiment du mal avec LA. Je passais tout mon temps toute seule. J’étais déprimée, extrêmement malheureuse, et je me suis dit que changer de ville me changerait peut être les idées. Si tu es du genre à t’isoler, LA est… Disons qu’il faut vraiment se forcer à rencontrer des gens. J’étais prête à déménager jusqu’au moment où j’ai démarré une relation amoureuse avec cette personne que je connaissais déjà un tout petit peu. Tout a été très vite. J’ai déménagé dans sa maison, et j’ai commencé à travailler sur l’album à ce moment-là. A Highland Park.

Donc en fin de compte tu es restée.

(rires) oui.

Et j’imagine que l’écriture s’est nourrie d’une telle relation?

Tout est arrivé comme une grosse explosion. C’était l’une de ces périodes aux changements sismiques intenses. J’avais le sentiment de sortir de l’état de mort. C’était si bon. Je me suis sentie tellement inspirée et enthousiaste de travailler à nouveau.

Donc en fait, tu as fait une longue tournée, puis plus rien au niveau créatif, puis cette période intense ?

En effet, j’ai tourné pendant longtemps. J’ai pris du temps pour moi. Je pensais que j’allais rentrer chez moi puis tout de suite travailler sur quelque chose, mais en fait, j’étais à plat. J’ai donc pris beaucoup plus de temps pour moi que prévu. Et durant cette période, j’ai essayé d’écrire un peu mais je n’avais pas le sentiment que c’était naturel. Je ne pense pas qu’on puisse forcer un tel processus. Je n’étais pas dans le bon état d’esprit à ce moment là non plus. C’était comme une période de convalescence durant laquelle j’ai retrouvé ma santé mentale. Et puis tout d’un coup, c’est venu.

Il y a un calme californien au sein de This Time Around. Peux-tu me dire comment elle t’es venue ?

Certaines chansons sur l’album sont venues d’un coup, celle-ci ainsi que deux autres. En général, les deux situations peuvent se produire : soit j’ai un fragment et je travaille sur d’autres, ou alors tout vient d’un coup. Celle-ci est venue d’un coup. Cette ambiance décontractée peut s’expliquer par le fait que mon copain était au Brésil quand je me suis mis à l’écrire. Il y va toujours en fin d’année. Il y était à ce moment-là avec des musiciens et ils écoutaient des disques. Il a découvert beaucoup de choses qu’il ne connaissait pas et, du coup, il n’arrêtait pas de m’envoyer ce qu’il écoutait quand il était là-bas. De très belles chansons. Je ne suis pas certaine, mais je pense que ce côté mélodieux et insouciant a dû venir de là.

Quels sont ces musiciens que tu as découvert ?

Il m’a envoyé des chansons de Caetano Veloso que je ne connaissais pas. Louiz Melodia aussi. Et il y avait un autre groupe, un homme et une femme… Je ne me souviens pas de qui il s’agit mais j’ai beaucoup aimé la façon dont ils chantaient.

Je suis curieux d’en savoir plus sur ton changement de label. Tu es avec Mexican Summer et City Slang, mais tu étais avec Drag City précédemment. Comment s’est déroulé le changement ?

Il n’y a pas de rancœur. Simplement…Drag City m’a trouvé très tôt, alors que je n’étais pas du tout connue. C’est un excellent label et ils ont une réputation formidable, mais ils sont aussi un peu old-school. Ils refusaient de mettre la musique de leurs artistes en ligne, ce qui de nos jours est un handicap. Ils ont un peu changé depuis. Par exemple, ils refusaient aussi d’inclure un téléchargement de l’album avec l’achat du vinyle. Et quand on regarde comment les gens consomment la musique de nos jours… Ils ne vont pas acheter un LP et une version digitale ! C’était la raison principale. A un certain moment, il faut tenter de prendre la meilleure décision pour l’avenir.

Et au niveau sonore, est-ce que ce changement de label a influencé ton travail ?

Je ne pense pas. Mexican Summer et City Slang m’ont laissé une liberté créative totale. C’est le plus important.

Peux-tu me parler de la suite ? Tu es à Paris puis en tournée aux USA ?

Oui, je fais une tournée de 19 dates avec Kurt Vile, puis au printemps je pars en tournée aux USA et en Europe.

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