Avant-première – Cosmopaark, shoegaze en clair-obscur

Avant-première – Cosmopaark, shoegaze en clair-obscur

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INFOS
AND I CAN’T BREATHE ENOUGH
Nouvel album disponible le 20 janvier 2023
chez Howlin Banana
>> PRÉCOMMANDE <<
CONCERTS
28.01 – BORDEAUX – iBoat
03.02 – PARIS – L’International
04.02 – AMIENS – La Taverne Elektrik
16.02 – ANNECY – Festival Hors-Pistes
EN SAVOIR PLUS
INTERVIEW

Cosmopaark passe le cap du premier album avec And I Can’t Breathe Enough, quatre ans après Sunflower, un EP qui lui a permis de sillonner le pays à plusieurs reprises, et de monter bien haut dans les charts de shoegaze made in France avec le petit hymne Mr BigYellowSun qui a dépassé le million d’écoutes sur Spotify. On a rencontré le trio bordelais pour en savoir plus sur le projet.

Le nom Cosmopaark résonne étrangement bien avec votre musique. Qu’est-ce qu’il signifie ?

Clément (guitare/chant) : Cosmopaark est la contraction de cosmonaute et du film Paranoid Park. C’est un mélange entre le côté spatial et planant de notre musique d’une part, et le côté très réaliste des longs plans séquences de Gus Van Sant d’autre part. Avec en prime un clin d’œil à l’esthétique 90’s/2000’s. C’est aussi un film où le personnage principal est un adolescent, une période de la vie où la rupture entre l’enfance et l’âge adulte peut être très abrupte et où nos émotions sont particulièrement intenses.

Peux-tu revenir sur l’histoire du groupe ?

Clément : Cosmopaark a commencé en 2018 avec Baptiste à la batterie, moi à la guitare et au chant, et mon frère à la basse. Sunflower, le premier EP, est sorti en mars 2019. Puis Rémi est venu remplacer mon frère, on a fait quelques concerts, et le Covid est arrivé. On a pu enregistrer l’album, And I Can’t Breath Enough, à l’été 2020. Simon, qui joue aussi dans Colision, est arrivé début 2022 à la basse.

Beaucoup de temps s’est donc écoulé entre la composition de l’album et sa sortie. Comment les choses se sont-elles déroulées ?

Clément : Depuis 2019, j’ai composé beaucoup de morceaux, qu’on a arrangés tous ensemble. On a pris notre temps. Tout ou presque a été enregistré à la maison : la batterie a été faite sur la grande scène de l’école de musique où je travaille, ce qui nous a permis d’avoir une grosse reverb naturelle. Les guitares et la basse ont été enregistrées chez Baptiste. Le mix a été fait par Clément Fortin, qui a aussi travaillé avec Tapeworms depuis leurs débuts. C’est un groupe qu’on adore. Puis c’est Alexis Bardinet qui a réalisé le mastering, à Globe Audio, à Bordeaux.

Par rapport à l’EP, on sent une évolution tant en termes de composition que de production…

Clément : Après l’Ep, j’ai eu la sensation de ne pas avoir réussi à aller au bout de ce que je voulais dire. J’ai l’impression aujourd’hui de m’être caché derrière tout plein de choses : le gros son, les effets, les métaphores dans les paroles… Avec l’album, l’idée était d’aller vers un format de chanson plus pop, moins shoegaze. Pour les textes aussi, je voulais vraiment dire les choses plus crûment, même si c’est carrément emo parfois, au point que c’en est presque gênant (rires). Mais avec le recul, j’en suis content. Vu que l’album a été composé sur une longue période, il y a eu plein de phases où j’écoutais des musiques très différentes. Soccer Mommy et DIIV, qui venait de sortir Deceiver au moment où on enregistrait, m’ont beaucoup inspiré. J’étais intéressé par des musiques plus dream pop, à la production très propre, à la Crumb. On a beaucoup écouté Froth et Ulrika Spacek aussi. Et à l’opposé, j’écoutais des groupes plus énervés comme La Dispute ou Nothing.

Du coup, comment avez-vous fait vos choix parmi tout ce que tu as composé ?

Clément : J’ai composé quelque chose comme une centaine de morceaux et d’ébauches. C’était assez laborieux, nous en avons d’ailleurs écarté la majorité. Je dirais que les morceaux qu’on a fini par garder sont ceux qui ont été composés assez rapidement, et de manière assez fluide. Parfois, les étoiles s’alignent, on a plein d’idées, ça fuse, on passe un bon moment, et c’est souvent là que c’est cool. J’ai commencé avec l’idée de faire quelque chose de vraiment nouveau, qui allait provoquer une rupture avec notre premier EP, pour trouver quelque chose de plus personnel, plus original. Même avec ça en tête, je ne savais pas réellement ce que je cherchais, et je n’ai d’ailleurs pas encore trouvé. On a donc fini par se retrouver avec une quinzaine de démos. Baptiste et Rémi ont modifié ou réécrit leurs parties, et là on a beaucoup travaillé sur les sons et l’arrangement, ça été assez long. Parfois, ce que j’avais fait sur la démo ne marchait plus en répétition. Mais on est vraiment content d’avoir pris le temps de peaufiner tous les petits détails. Ça en valait la peine.

Étant originaires de Bordeaux, vous avez naturellement des liens avec le collectif Flippin’ Freaks. Quelle est votre relation avec eux ?

Baptiste (batterie) : Depuis nos débuts, ils nous ont aidés. Ce sont des vrais potes.
Simon (basse/chant) : Quand tu fais du rock indé à Bordeaux, tu as obligatoirement joué à une de leurs soirées, ou alors tu as sorti quelque chose sur le label. Au-delà de bosser avec eux, c’est génial de fédérer les gens autour d’une scène locale. À Bordeaux, à notre échelle, ça commence à bien piquer du nez en termes de lieux pour jouer, de labels aussi. C’est compliqué pour faire son chemin là-dedans et avoir des interlocuteurs. Flippin’ Freaks réussit à garder le cap par rapport à ça, et c’est une bonne chose.
Baptiste : On a aussi bossé avec Stellar Frequencies pour la production des cassettes du premier EP. C’est un label basé à Lyon, géré par Cédric Tessonneau qui a sorti Alpha du Centaure et plein d’autres groupes.

Les cassettes, le shoegaze, les visuels du groupe… L’esthétique nineties semble incontournable chez Cosmopaark. C’est voulu ?

Clément : Nous sommes tous les trois nés au milieu des années 1990 donc ce n’est pas tout à fait notre génération, mais c’est une décennie que nous apprécions beaucoup. C’est la décennie où le shoegaze est né, et de manière générale une époque dont nous avons beaucoup écouté la musique quand nous étions ados. Ceci dit, nous essayons de plus en plus de refermer cette page des 90’s pour faire quelque chose de plus actuel. Mais je pense que nos influences sont tellement ancrées là-dedans que ça ressortira toujours un peu.

Clément, en plus d’être musicien, tu réalises aussi des vidéos et des clips. Comment conçois-tu cette double casquette d’artiste musical et visuel ?

Clément : Ça fait maintenant deux ans que j’ai commencé à faire des clips en DIY pour les potes. Je trouve ça vraiment cool parce que, contrairement au côté ‘infini’ d’un groupe de musique où ça ne s’arrête jamais, quand on travaille pour un autre groupe (que ce soit pour de la vidéo, du visuel, etc.), c’est un projet qui a un début et une fin, et c’est plus satisfaisant pour moi. D’autant plus que l’on partage constamment avec des gens qui ont des visions et des esthétiques différentes. C’est super stimulant et enrichissant.

Comment le live fonctionne pour vous qui évoluez dans un style peu représenté en France ?

Simon : En effet, la scène shoegaze est très peu développée en France. Il y a vraiment peu de groupes, à part Bryan’s Magic Tears et Tapeworms mais ils commencent à s’affranchir du style. Du coup, pour le public qui vient nous voir, ça fonctionne beaucoup au bouche à oreilles.
Baptiste : On s’en est rendu compte quand on a cherché des groupes avec qui partager l’affiche. On en a rarement trouvé. Du coup, ça a souvent été du garage, voire du post rock. Mais jusqu’à présent, on a eu de la chance : on a beaucoup joué à Paris, autant qu’à Bordeaux. On a aussi fait quelques festivals, notamment le Bordeaux Rock avec Ride, et on a joué sur la petite scène de Lollapalooza à Paris où on était à côté des Strokes. On a croisé tout le monde sauf eux (rires). Cette année aussi on a pas mal bougé : une tournée dès l’arrivée de Simon, puis avec Siz avec qui on a sorti un EP il y a plusieurs mois et fait quelques dates.

Ces dernières années, le terme de shoegaze est employé un peu à toutes les sauces tant le style s’est diversifié depuis ses origines. Qu’est-ce que c’est pour vous, le shoegaze en 2022 ?

Clément : Pour moi, quel que soit le moment, faire du shoegaze c’est pouvoir m’autoriser d’être introverti et fatigué sans avoir à faire croire autre chose à quiconque (rires).
Simon : Que ce soit le hardcore ou la pop, il y a beaucoup de scènes différentes qui s’inspirent du shoegaze classique. Pour moi, c’est plus une question de feeling, jamais très loin de la nostalgie. Ce n’est pas que du mur de son et des effets de guitare en bazar, ça peut aussi être très calme et posé. L’album de Cosmopaark cristallise ça, comme une sorte de clair-obscur sonore.
Baptiste : Quand on compose, on aime autant développer les nuances et les phases calmes que le gros son et la bagarre, avec une voix à fleur de peau. On adore jouer très fort, puis très doucement en live aussi. Ça nous fait du bien, et on sent que c’est aussi le cas pour ceux qui nous voient jouer. L’étiquette shoegaze existe toujours, mais la plupart des groupes sont issus de milieux musicaux divers, comme le grunge, la pop ou le hardcore.
Simon : Je trouve que c’est une bonne chose de le concevoir comme ça, plutôt que comme un style cloisonné.

Photos : Jessica Calvo, Sohaib Bensalem

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