Alex Edkins (Metz, Weird Nightmare) rêve en solitaire

Alex Edkins (Metz, Weird Nightmare) rêve en solitaire

La légende veut que le Canada soit peuplé de gens sympas, réfractaires à la moindre anicroche sur le chemin de la bienveillance. Le chanteur/guitariste de METZ, Alex Edkins, est assurément un élément de plus pour corroborer le bien-fondé de ce constat. On le sait puisqu’on a pu échanger avec lui lors du dernier passage parisien du groupe. Juste avant qu’il fasse quasiment couler le Petit Bain avec sa force de frappe, c’est sur les bords de Seine que le frontman a répondu à nos questions. Pas vraiment bavard, le bonhomme nous a surtout permis d’en savoir plus sur son aventure solo sous le nom de Weird Nightmare.

Weird Nightmare est-il né de ta frustration de ne pas pouvoir jouer live avec METZ pendant un bon moment ? C’était ta façon à toi de faire le deuil ?

Alex Edkins : Oui, on peut dire ça ! J’ai pris tout ce stress et toutes ces inquiétudes que les gens ressentaient, et je les ai transformées en quelque chose de positif. Pendant le premier mois, je ne pensais même pas que ça allait durer, et puis j’ai réalisé que cette histoire de pandémie n’était pas prête d’être terminée. Il fallait que je fasse des trucs pour ne pas devenir dingue. En tout cas, aujourd’hui, je suis vraiment heureux de repartir sur les routes. Cette tournée de Metz est une des meilleures depuis les débuts du groupe, surtout en France. On était prêt.

Tu considères ce projet solo comme un moyen de partager ton amour pour des structures plus conventionnelles liées au rock et à la pop ?

Oui, je suppose que c’est le cas ! En fait, je n’y pensais pas vraiment dans un premier temps. Je ne me posais pas la question de la manière dont ça allait sonner. Je voulais juste créer quelque chose. Et puis ça a commencé à prendre forme naturellement. Comparé à METZ, c’est vrai que Weird Nightmare est beaucoup plus mélodique. Sur ce coup-là, j’étais plus intéressé par les refrains accrocheurs que par l’intensité.

Tu as dit que le but de METZ était de combattre certaines traditions musicales, à l’inverse de Weird Nightmare qui les embrasse. De quelles traditions parles-tu exactement ?

J’entends par là ce qui est considéré comme la bonne durée d’une chanson, le bon niveau de distorsion, les bonnes progressions d’accords, les paroles acceptables, comment chanter… Toutes ces choses ! Avec METZ, on est fier d’avoir toujours fait selon notre manière et de ne pas avoir nécessairement suivi l’avis d’autres personnes. C’est notre son, notre groupe, et on est toujours debout ! J’ai l’impression que notre entité est plus prononcée que jamais.

Est-ce plus compliqué de trouver des mélodies entêtantes que de détruire les tympans ?

Tu sais quoi ? Justement, pour moi c’est plus simple ! Dans l’univers punk et noise, c’est parfois difficile de faire quelque chose d’intéressant. On essaie d’être abrasif, dissonant et heavy, mais on veut aussi tout simplement faire de bonnes chansons. Ça peut être un vrai challenge de faire tout ça simultanément, tandis que quand quelque chose sonne pop et accrocheur, ça l’est irrémédiablement, et sans se poser de question !

Le monde est tellement foutu que tu avais besoin de faire de la musique qui réchauffe les cœurs ?

Oui… Ça m’a fait du bien. Avec le punk, tu peux évacuer tes démons. C’est la plus grande force positive dans ma vie. Mais cette fois-ci, c’était différent. Pour la première fois, j’ai voulu écrire des chansons optimistes. La finalité était la même, mais je ne l’ai pas atteint avec la même approche. J’ai profité de cette pandémie pour développer mes capacités musicales, j’en ai même profité pour enregistrer un album qui ne devrait plus trop tarder à sortir. C’est un projet différent. Si tu penses que METZ joue du noise, attend un peu d’entendre ça ! C’est le truc le plus dingue que j’ai fait. C’était l’occasion de rester occupé et productif. C’est tout ce dont j’ai besoin dans ma vie pour rester heureux.

Tu penses que Weird Nightmare t’a fait grandir en tant que songwriter ?

Oh oui, à 100% ! Je suis très fier de cet album. En partie parce que j’ai tout simplement eu le cran de le faire. Je suis arrivé à un point dans ma carrière où je me sens assez à l’aise pour réaliser tout ce qui me passe par la tête. Quand t’es plus jeune, tu t’inquiètes de ce que les gens peuvent penser. Je n’ai plus aucune illusion sur les raisons pour lesquelles je joue : ma joie personnelle et ensuite – espérons-le – celles des autres.

Et, pendant que tu bossais sur les morceaux de Weird Nightmare, avais-tu aussi des flashs d’inspiration pour METZ, ou étais-tu vraiment dans ta bulle ?

La majorité du temps, j’étais comme dans une bulle. En fait, j’avais plutôt quelques idées pour METZ qui ont été exploitées par Weird Nightmare. En tout cas, c’était très intense : je jouais seul tous les soirs, et j’enregistrais. J’étais dans mon petit coin de paradis.

Tu es donc devenu un sorcier des techniques d’enregistrement avec cet album ?

Pas du tout ! Mes techniques d’enregistrement sont assez basiques. C’est surtout Seth Manchester et son mixage qui ont fait tout le boulot. Pour tout te dire, j’avais même un état d’esprit opposé. Mon intention n’était pas de faire quelque chose de surproduit, seulement de prendre du plaisir à jouer des chansons. Sur bien des aspects, cet album peut être qualifié de lo-fi.

Risque t-on d’avoir un crossover live entre ces deux projets ?

Tu sais, je risque de m’évanouir si je fais les deux ! Mais ce n’est pas impossible ! Je vais peut-être demander aux gars de jouer quelques morceaux avec moi. Mais pour l’instant, ce n’est pas le plan, même si des dates pour Weird Nightmare se profilent en Amérique du Nord. J’ai tellement hâte !

Weird Nightmare n’était donc pas qu’un one-shot…

Non. Je me répète mais je suis vraiment fier de cet album ! Je suis sur un petit nuage depuis sa sortie. En plus, Sub Pop m’a soutenu d’une manière incroyable donc j’ai bien l’intention de continuer. Je veux aussi passer plus de temps à jongler entre mes différents projets, y compris la musique de film. Avec Metz, on est aussi en pleine écriture du prochain album, et nous en sommes à un stade très avancé. On va bientôt l’enregistrer et ça va s’inscrire dans la même direction qu’Atlas Vending.

Photos de Titouan Massé

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