Pavement en 10 titres, et pas un de plus

Pavement en 10 titres, et pas un de plus

Il est 21h50 le samedi 1er juin au Primavera Sound de Barcelone. Sur tous les écrans du Parc del Forum, le festival résume rapidement ses vingt ans d’existence sur fond de Cut Your Hair, et confirme enfin ce dont il était plus ou moins question depuis quelques mois : Pavement sera bien de retour sur scène en 2020, mais à l’occasion de deux concerts seulement, tous deux exclusifs aux déclinaisons espagnole et portugaise de l’événement. 12 mois à l’avance donc, et dix ans après la dernière reformation du groupe, rendez-vous est pris pour tous les nostalgiques des années 90 et tous les fans qui, depuis, se contentent tant bien que mal des Jicks de leur icone. Pour eux comme pour d’autres amoureux d’indie rock, il s’agit bien là d’un événement tant Pavement a – durant sa décennie d’existence, marquée par la sortie de 5 albums et 9 Eps – durablement marqué les esprits en faisant siennes les productions lofi, les chansons déstructurées et les mélodies aussi belles que sinueuses.

Pavement ne se prédestinait pourtant pas à devenir une telle légende quand, à la fin des années 80 en Californie, Malkmus et le guitariste Scott Kannberg ambitionnaient simplement d’enregistrer de la musique, sans forcément devoir se produire sur scène. Migré à New York, le projet sera alors victime de son succès : de nouveaux membres viennent compléter le line up, une poignée d’Eps voient le jour chez Drag City, avant que le groupe rejoigne les rangs de Matador en 1992 pour y signer Slanted & Enchanted, un premier album circulant depuis quelques temps sous le manteau, et sur lequel l’influence The Fall se fait fortement ressentir. À la suite de deux années de tournée, Crooked Rain, Crooked Rain, jugé nettement plus classique, lui emboîte le pas. Les singles Cut Your Hair et Range Life (qui fera l’objet d’une longue passe d’arme avec Billy Corgan des Smashing Pumpkins) font le boulot, et imposent définitivement le groupe comme un chef de file underground plutôt qu’une next big thing du rock alternatif.

En 1996, Pavement sort Wowee Zoweee un peu précipitamment, s’éloigne volontairement des conventions en diversifiant son registre et en évitant les structures usuelles. En 1997, Brighten The Corners marque un retour à des compositions plus accessibles mais sonne le début de la fin pour le groupe qui – malgré des ventes de disques croissantes – se fissure progressivement, voit ses membres privilégier de plus en plus leur vie de famille, et se tourner plus volontiers vers leurs projets solos respectifs. Bien que Silver Jews et les apparitions solos de Malkmus prennent de plus en plus de place, Pavement trouve néanmoins la motivation de se pencher sur Twilight Terror. Paru en 1999 et produit par un Nigel Godrich loin de faire l’unanimité en interne, ce dernier disque prend des allures d’album solo déguisé du fait que le frontman s’accapare toute la lumière et s’isole définitivement du reste de la bande. Malgré tout, Pavement parvient à ses fins et embarque pour une ultime tournée marquée par deux concerts particulièrement révélateurs : Coachella d’abord, ou Malkmus refusa de chanter du début à la fin ; puis à Londres ou il se menotta à son pied de micro pour symboliser ce qui représentait selon lui le fait d’appartenir à un groupe durant tant d’années.

Une fois le sort de Pavement scellé, et la route définitivement dégagée pour Kannberg chez Preston School of Industry comme pour Malkmus et ses Jicks, il aura fallu dix ans (et quelques rééditions entre temps) pour que les cinq envisagent de jouer de nouveau ensemble. Ainsi, en 2010, Pavement se reformait à Central Park, affichait sold out en deux minutes, apparaissait à l’affiche des festivals les plus prestigieux de la planète, puis sortait un best of intitulé Quarantine The Past avant de retourner dans l’ombre, là où il s’est d’ailleurs toujours senti le plus à l’aise. Car à la différence de nombre de compagnons de route qui n’ont pas tergiversé longtemps avant de céder aux sirènes de majors en quête de nouveaux Nirvana, Pavement – lui – est toujours resté fidèle au circuit indépendant, prenant bien soin de garder ses distances avec la musique mainstream.

30 ans après ses débuts, sans jamais que le temps n’érode son statut de groupe culte, Pavement s’apprête donc à reprendre vie une seconde fois : une bonne nouvelle qui se doit d’être dignement célébrée par l’écoute du meilleur de cet acteur incontournable des années 90, considéré par beaucoup comme le Sonic Youth de la pop. En 10 titres, et pas un de plus.

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