NOFX, en 20 titres et pas un de plus

NOFX, en 20 titres et pas un de plus

Encore quelques années et NOFX pourra se vanter, du haut de ses 40 ans d’existence, d’être un des rares groupes précurseurs du punk mélodique américain encore en activité. Depuis 1983 en effet, Fat Mike – et sa bande d’inconditionnels boulonnés à leurs instruments depuis 1991 – aura tout vécu : les prémices du punk mélodique, son ascension populaire, jusqu’à son explosion mondiale vécue dans l’ombre des Offspring, Green Day, Bad Religion et Rancid. Moins exposés du fait de leur positionnement volontairement anti commercial (en atteste Please Play This Song On The Radio et son flot d’obscénités), les californiens auront néanmoins récolté les fruits de cette période faste qui aurait pu s’avérer aussi dramatique que fructueuse. Chacun aurait alors compris que NOFX – fort d’un Punk In Drublic certifié disque d’or en 1994 – cède à la frustration à sans cesse courir après son glorieux passé, puis tombe dans l’oubli, à plat, comme une crête humide en fin de concert.

C’était sans compter sur son amour inconditionnel du punk rock. Au lieu de cela, sur un rythme de croisière, le groupe a accumulé les sorties entre Epitaph et son label Fat Wreck Chords, s’est offert quelques légères variantes au fil de ses albums, s’est payé une série documentaire autour de sa tournée mondiale de 2008, a cassé sa routine en se jouant des formats, et en se nourrissant de l’actualité politique américaine. La présidence de George W.Bush l’inspira bien au delà de sa discographie puisque le groupe lança le mouvement Punk Voter destiné à sensibiliser la jeunesse au droit de vote.

En 2009, son onzième album Coaster allumait la mèche d’un tournant dans la discographie de NOFX. Dans ses paroles, Fat Mike s’y montrait soudainement plus adulte, abordait publiquement les aléas de sa vie privée : une tendance qui s’est confirmée trois ans plus tard à la sortie de Self Entitled, plus conscient que n’importe quel disque sorti jusque là par le groupe. Occupés ensuite par l’écriture d’une comédie musicale punk rock baptisée Home Street Home, les cinq ont attendu 2016 pour opérer un retour aux allures de thérapie. Abordant ouvertement ses problèmes d’addiction, le frontman confirmait alors que, si le temps n’a jamais eu d’emprise sur sa musique, beaucoup de choses avaient changé dans sa tête. Finis les délires d’adolescents attardés, les blagues graveleuses, les pets enflammés et tous les stéréotypes accrochés comme des casseroles aux culs de ses punks skaters que rien ni personne ne semblait pouvoir raisonner.

Cinq ans plus tard, l’humeur reste la même. NOFX a beau être toujours là, bien posé en premier de cordée, avec derrière lui plusieurs générations de punk rockeurs, son quatorzième album révèle finalement le côté plus obscur de ces punks à la cinquantaine bien tassée (I Love You More Than I Hate Me). Sorti au moment du trentième anniversaire de Ribbed, un de ses disques les plus incontournables, difficile d’y voir un fossé infranchissable, même accoutré d’une robe de velours : les mélodies sont toujours aussi aiguisées et reconnaissables (Birmingham), l’énergie – même si parfois plus contenue – ne trahit aucun signe de vieillesse, et la voix un poil éraillée et toujours à la limite de la justesse de Fat Mike reste une singularité bien entretenue tout au long du répertoire. En atteste ici la nouvelle version de Linoleum. Au pire y voit-on un manque cruel de renouvellement et de remise en question; au mieux, on salue une marque de fabrique parfaitement conservée.

Si quelques pirouettes – rythmiques surtout – se glissent ici ou là en son sein (The Big Brag, Fish In a Gun Barrel), c’est donc en se penchant sur les textes de ce Single Album qu’on se prend en pleine figure une réalité somme toute logique : les soucis ne sont pas les mêmes qu’on ait 20 piges ou plus du double. Le temps de ces dix titres, Fat Mike souligne plus que jamais ses talents de paroliers, qu’il questionne sa sexualité, se revendique queer en s’interrogeant sur l’intérêt des genres (Fuck Euphemism), qu’il rende hommage à des amis disparus (Steve Soto de The Adolescents sur Grieve Soto), qu’il tente de se convaincre une énième fois des méfaits de la drogue (Birmingham, Doors and Fours), ou qu’il cède à la nostalgie en s’adressant aux personnes qui lui sont chères (Your Last Resort). Mais, comme pour contrebalancer un peu, il lâche aussi quelques anecdotes aussi vraies qu’amusantes. Comme sur My Bro Cancervive Cancer, un titre écrit pour un jeune fan soi disant atteint d’un cancer du cerveau, pourtant en aussi bonne santé que vous et moi.

Autant de petits trésors que le vernis un tantinet écaillé de NOFX laisse plus que jamais apparaitre, et qui s’inscrivent dans la suite logique d’une carrière qui, si elle est incroyablement longue, n’en finit jamais de nous rajeunir. Si vous en doutez encore, tentez l’écoute des 20 titres sélectionnés ci-dessous, sans oublier de garder à portée de main cette petite pommade qui vous apaisait l’acné. Juste au cas où.

Photos live : Florian Denis (floriandenis.com)

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