MF DOOM, le comble d’une année de merde

MF DOOM, le comble d’une année de merde

Aussi incroyable fut-elle, 2020 s’est achevée en nous assénant un énième coup de poignard dans le dos, avec une bien triste nouvelle : l’énigmatique MF Doom, parmi les artistes les plus incontournables de l’histoire du hip hop, s’est éteint derrière son masque le 31 octobre 2020, vient d’annoncer sa femme sans préciser la cause du décès. Un comble en cette année Covid pour cet immense artiste âgé de seulement 49 ans, adoubé par la quasi totalité de ses contemporains.

Pourtant, les débuts de Daniel Dumile n’ont pas été simples. En 1988, sous l’influence de Public Enemy et Leaders of the New School, il forme KMD en compagnie de Rodan et de son jeune frère Dj Subroc, signe chez Def Jam pour un premier album avant de migrer chez Elektra. En 1993, alors que le trio s’apprête à sortir son deuxième LP, Black Bastards, Dingilizwe Dumile décède après s’être fait renversé par une voiture, et le trio se voit montrer la porte de la major arguant une sombre raison de censure. Une double peine qui amène MF Doom – alors appelé Zev Love X, déjà connu des spécialistes pour sa contribution au morceau The Gas Face de 3rd Bass – à s’éloigner du hip hop pendant plusieurs années, et à vivre tel un SDF dans les rues de New York jusqu’à trouver la force de se reconstruire et de poursuivre sa carrière, habité d’un esprit de revanche envers l’industrie du disque.

Affublé d’un collant sur le visage, puis de son célèbre masque inspiré de Doctor Doom (icône des comics Marvel) qui lui permet de se positionner comme l’ennemi de l’industrie musicale faisant de l’artiste un produit, il se distingue lors de micros ouverts et signe chez Fondle ‘Em Records pour y sortir son premier album Operation: Doomsday en grande partie produit par ses soins. Le disque est un succès à l’heure ou explosent les labels alternatifs Rawkus, Def Jux, Anticon et Stones Throw. C’est aussi à cette occasion qu’il lance sa série instrumentale Special Herbs, puis qu’il multiplie les alias. Celui de King Geedorah d’abord avec lequel il produit Take Me to Your Leader (2003) tout en n’apparaissant que sur 4 titres, puis Viktor Vaughn qui, en seulement quelques mois, sort l’excellent Vaudeville Villain puis le plus confidentiel Venomous Villain.

En 2004, MF Doom rejoint le label Rhymesayers pour son deuxième album Mm…Food, puis collabore avec Madlib pour Madvillainy, sans conteste son plus grand succès commercial. Non content de s’être alors fait connaitre de tous les aficionados hip hop, le natif d’Angleterre remet le couvert un an plus tard chez Epitaph et Lex en formant le duo Danger Doom avec le producteur Danger Mouse. Dès lors, c’est l’escalade et plus personne ne reste indifférent au mystérieux personnage : Damon Albarn l’invite sur le deuxième album de Gorillaz, Ghostface Killah loue ses services de producteur sur Fishscale et More Fish avant de lui proposer une collaboration que les deux baptiseront Doomstarks, puis Doom signe Born Like This, un nouvel album solo qui s’invitera pour la première fois dans les tops de ventes albums américains. Auréolé d’une réputation inédite, Dumile retourne en Europe pour une longue tournée mais, au retour, se voit refuser l’entrée aux Etats Unis pour raison administrative. Il s’installe alors en Angleterre et enchaine les collaborations : avec Jneiro Jarel pour le projet JJ Doom (Keys to the Kuff, 2012), puis avec Bishop Nehru (Nehruviandoom, 2014) qu’il produit entièrement.

En parallèle, MF Doom laisse parler son imprévisibilité, quoi qu’elle lui en coûte, comme lorsqu’il se débine au dernier moment de la programmation d’un festival, ou qu’enfle la rumeur de remplaçants se produisant à sa place, en playback, derrière le masque : une supercherie qui se concrétisera notamment à Toronto en 2010, quand les fans iront jusqu’à virer l’imposteur de scène avant que Dumile, dans le public, décide finalement d’assurer le concert avant de se justifier en rappelant que l’important n’est pas l’artiste, mais la façon dont il sonne.

Rien pourtant ne viendra jamais égratigner la figure emblématique du hip hop qu’il est devenu. A l’annonce de son décès ce 31 décembre 2020, trois ans seulement après la mort de son fils de 14 ans et alors qu’il était en train de travailler sur un Ep avec Flying Lotus, ce sont les plus grands artistes de la musique contemporaine qui n’ont pas manqué de lui rendre hommage. ‘Il a été une grande inspiration pour beaucoup d’entre nous. Son flow relevait du génie’ a notamment glissé Thom Yorke. Ci-dessous, Mowno rend hommage à sa carrière à sa façon, en 25 titres et 25 featurings triés sur le volet.

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