Low, fauché en plein vol

Low, fauché en plein vol

On aurait pu quelque peu s’y habituer à voir les rubriques nécrologiques s’épaissir au fur et à mesure que l’on s’enfonçait dans la pandémie de Covid. Pourtant, il y a des décès qui tordent encore sérieusement les tripes, et celui de Mimi Parker – batteuse, chanteuse et membre fondatrice de Low aux côtés de son époux Alan Sparhawk – en est indéniablement un. Deux ans après avoir déclaré un cancer des ovaires qu’elle a seulement rendu public en janvier 2022, celle que l’on espérait protégée par une foi mormone dont elle ne rougissait jamais, a finalement perdu son combat à l’âge de 55 ans, laissant derrière elle ses deux enfants, son compagnon de toujours, une carrière irréprochable, un groupe en perpétuelle réinvention dont elle défendait encore l’excellent dernier album sur scène l’été dernier. Passionnée, authentique, honnête, débordante d’empathie, la lumineuse américaine nous laisse une oeuvre intemporelle, témoin d’un talent de musicienne souvent sous estimé du fait du minimalisme de son jeu de batterie, et d’un talent de chanteuse de plus en plus évident au fil des albums du groupe.

En grande partie garante de la charge émotionnelle rayonnant sur toute la discographie de Low tant elle fut ni plus ni moins que son battement de coeur, Mimi Parker était à la fois calme et beauté, et cela quel que soit le style musical arpenté par le couple. D’abord considéré comme un des précurseurs du slowcore, un genre nouveau apparu en réponse à l’intensité du grunge, Low a décliné cette identité sonore pendant plus d’une dizaine d’années et une grosse poignée d’albums l’ayant progressivement installé parmi les groupes indie favoris de la critique musicale. Ce n’est qu’en 2005 – lors de sa signature chez Sub Pop et de la sortie de The Great Destroyer – que le projet a pris une tournure plus rock, puis plus pop au fur et à mesure que Drums and Guns (2007), C’Mon (2011), The Invisible Way (2013) et Ones and Sixes (2015) venaient enrichir sa discographie.

Mais alors qu’on le croyait bien installé dans sa routine indie, Low le soi-disant prévisible opèra un tournant radical en 2018, à la sortie du très novateur Double Negative. Si la beauté harmonique du duo persistait, les bribes d’expérimentations électroniques décelées sur Ones and Sixes sonnaient alors ouvertement la révolution. Arrangements bruitistes, basse omniprésente contribuaient alors à souffler une tempête de turbulences sonores et ouvraient une nouvelle ère pour le groupe, stoppée bien trop tôt alors qu’on se remettait à peine de Hey What, dernier album aussi hostile que poétique que l’on croyait porte-étendard d’une réinvention sans limite ni fin.

Le destin de Parker l’ayant voulu autrement, il ne nous reste désormais plus qu’à mesurer la richesse de l’oeuvre d’un Low avide de se mettre sans cesse en danger, et fauché au plus haut de son inspiration. C’est criant à l’écoute des 20 titres sélectionnés ci-dessous, à la fois parmi les plus indispensables du groupe, mais comptant également quelques morceaux on ne peut plus représentatifs du talent de la regrettée Mimi, dont les résonances de la voix resteront à jamais réconfortantes.

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