Something Corporate, un buzz à double tranchant…
Allez savoir pourquoi, les maisons de disques ont soudainement décidé de favoriser un certain retour du rock, des mélodies de guitares et de l’émotion. Alors qu’une certaine scène “émo” fait ses preuves depuis quelques années au sein de la scène indépendante, les piliers commerciaux sautent sur cette occasion, profitent une nouvelle fois de tout le travail de fond effectué par les petites structures et propulsent en haut de l’affiche des formations comme Something Corporate qui, pour les plus sensibles, ont tout l’air d’opportunistes. La vague néo métal ayant fait son temps, il était prévisible que le monde des majors se rue sur un nouveau courant musical kleenex au risque de lui donner le coup de grâce et se mettre à dos le milieu indépendant, certes toujours réfractaire à ce genre de mode passagère. Une nouvelle fois, et on n’est pas prêt d’en sortir, la musique que l’on aime est considéré comme une source de profit indéniable. Sans vouloir à tous prix protéger ses goûts, doit on pour autant se renfermer sur nous-mêmes et écouter nos disques au casque pour ne pas être sujet à saturation? Les groupes quand à eux, doivent-ils se priver de belles opportunités pour ne pas essuyer les critiques acerbes des “intégristes” de la musique?

Qu’ils le veuillent ou non, les membres de Something Corporate se retrouvent dans cette situation à double tranchant. “Nous ne nous considérons pas véritablement comme un groupe de major car nous bénéficions des mêmes avantages de Drive Thru qui adopte une politique de label indépendant mais qui profite de toute l’infrastructure de MCA. En plus, nous donnons de nombreux concerts pour faire partager notre plaisir et telle est notre définition d’une formation à l’esprit underground“, nous confie le groupe.
Ciblant majoritairement un public dont l’âge rime avec insouciance, le combo propose, comme de nombreux emo-bands, des morceaux marqués par une certaine fraîcheur et des textes dénués de réel message alors qu’en ces temps de sur domination américaine, force est d’avouer qu’il est plutôt rassurant pour nous d’entendre des artistes s’élever contre un gouvernement qui n’en finit pas de mener sa politique extérieure comme on joue au Risk. Vous me direz, pour faire du fric, mieux vaut brosser dans le sens du poil et éviter la censure… Ne poussons cependant pas le bouchon trop loin, car certains diront qu’il n’y a pas de mal à se changer les idées et s’échapper ainsi de ce monde continuellement intéressé dans lequel il est de plus en plus difficile de vivre sereinement. Le combo californien a donc délibérément choisi de faire partie de cette seconde catégorie et l’assume plutôt bien, comme le prouve son premier album “Leaving Through The Window” dont le groupe semble être satisfait : “Un album représente toujours un bilan de nos compétences à un moment de notre carrière. Si nous devions le refaire, il y aurait certainement des choses à revoir mais c’est aussi ce qui fait le charme d’une telle expérience“.
Reconnaissant des influences telles qu’Elton John ou Counting Crows, bien insouciants étions nous aussi de nous attendre à un Andrew, frontman du groupe, poing levé devant un auditoire réactif ! Si le fait d’inclure un piano à son line up peut également lui donner une image de groupe commercial, Something Corporate n’a pourtant rien d’un Coldplay (par exemple) et le rappelle subtilement en citant également Jimmy Eat World ou Jets To Brazil parmi les formations qui l’ont aidé à établir le son de ce premier opus. Là, Andrew nous cloue le bec car, au sein de Bokson, jamais nous ne nous permettrons de douter de la crédibilité et de l’intégrité de tels combos. A la question que l’on pouvait se poser à savoir si les californiens avaient intégré cet instrument par souci d’originalité, le chanteur blondinet rétorque : “J’ai toujours joué du piano alors lorsque nous avons monté le groupe, il m’a semblé logique d’y officier car c’est un instrument que j’apprécie profondément“.

Si Something Corporate arrive comme un cheveu sur la soupe alors que la déferlante émo semble, malgré cette soudaine médiatisation, de plus en plus s’essouffler, jamais ses membres n’ont véritablement cherché à tenir ce siège actuel de révélation rock. “Nous n’apportons que très peu d’importance au fait d’être considéré comme le nouveau groupe incontournable. Nous ne faisons que jouer la musique que nous aimons et par chance, elle semble plaire aux gens…“. Que de chemin parcouru en peu de temps pour ce groupe qui démarre modestement au lycée pour participer au concours inter établissements, le gagne, mais splitte rapidement ensuite pour mieux revenir quelques temps plus tard, armé d’un line up solide et d’un Cd autoproduit “Ready…Break” qui leur permettra d’écumer les différentes scènes d’Orange County (Californie) et de devenir un des groupes favoris des teenagers locaux. C’est alors que Drive Thru, logiquement sensible à ce genre de reconnaissance et aidé par un promoteur local qui a su les convaincre, met le grappin sur les cinq jeunes garçons et les signent malgré que leur orientation musicale diffère des groupes phares de la maison, que sont New Found Glory ou Finch. Something Corporate jouit alors désormais d’une reconnaissance auprès d’un public qui, selon Andrew, ne les aurait pas forcément approché sans l’étiquette du label.

C’est ainsi que le quintet californien vit cette soudaine reconnaissance et squatte les pages de nombreux magazines musicaux du monde entier allant même jusqu’à jouer les mannequins dans la rubrique mode d’un grand mensuel français. Ce genre de promotion qui ne fera encore que renforcer cette image de poseur que beaucoup d’adeptes de musiques indépendantes ont, ne sera jamais justifié par le groupe dont seul le silence fera office de réponse. Something Corporate va-t-il trop loin ? Ne risque t-il pas de se brûler les ailes à force de sauter trop rapidement les étapes ? Malheureusement, ces questions resteront sans réponse jusqu’au prochain long format du groupe. Eh Andrew, il sonnera comment cet album ? “Je le vois plus contrasté et plus sérieux mais on ne peut pas véritablement dire tant que les arrangements des morceaux ne sont pas terminés. Pour l’instant, on se concentre à tourner aux Etats-Unis, et en Europe en mars. C’est seulement après que l’on s’y mettra…“. Something Corporate est véritablement un groupe dans l’air du temps, un groupe talentueux mais à l’avenir imprévisible…












