(14 articles)

MIA - “Kala”

Kala[Album]
21/08/2007
(XL Recordings/Naive)

MIA, who’s that? Une question qui n’est plus permis de poser pour qui a l’habitude de tuer son temps libre sur la grande toile d’internet. Car depuis son tube “Galang” qui l’a propulsée parmi les révélations les plus médiatisées de ces dernières années, MIA squatte insolemment les playlists et les blogs les plus en vue de ce début de vingt et unième siècle. Pas étonnant, puisqu’à l’image de sa courte vie, Maya Arulpragasam, de son vrai nom, balance un registre dans lequel beaucoup d’assoiffés de succès n’essayent même pas de s’engouffrer. Chasse gardée, elle seule détient incontestablement la matière première de sa musique, inspirée de divers courants venus tout droit d’Angleterre, son pays d’accueil, et de musique traditionnelle sri lankaise, son pays d’origine qu’elle a connu en temps d’une guerre civile qui lui coûta progressivement amis et famille, notamment son père, rebelle séparatiste local. De quoi donner la niaque à la demoiselle, également peintre, une autre activité qui lui ouvrira de manière inattendue les portes de la musique. Car c’est en se penchant sur la pochette du deuxième album d’Elastica qu’elle partira en tournée avec le groupe, rencontrera les Peaches et leur séquenceur Roland MC-505 qu’elle finira par maîtriser sur le bout des doigts

La suite, on la connaît: “Galang” séduira la majorité des Djs, un succès qui la mènera tout droit sur “Arular”, son premier album fièrement accueilli par XL Recordings. La sauce prend, notamment grâce à un répertoire très direct et “physique” (puisant autant dans l’electro, que le baile funk, le hip hop, le dancehall, le garage, ou le grime), aux percussions puissantes, aux sons synthétiques, sur lequel MIA pose des lyrics, essentiellement faites de slang, difficilement compréhensibles, faut-il l’avouer. Beaucoup y voient alors un renouveau de la pop..

Autant dire que, même si MIA est désormais définitivement installée dans le paysage musical mondial, cela n’altérera pas l’enthousiasme du public à la veille d’un second album. MIA est toujours là, continue crânement dans la même voie, et à défaut de proposer quelque chose de radicalement différent, enfonce le clou et peaufine sa patte artistique avec un “Kala” intéressant et frais, créditant encore les producteurs $witch et Diplo, qui ne devrait nullement décevoir. Et que les pressés, qui auront vite conclu que MIA, c’est bien mais à petites doses, ne s’arrêtent pas sur un “Bamboo Banga” d’ouverture qui pourrait les conforter dans cette idée. Car “Kala” démarre véritablement avec “Bird Flu” et “Boyz” (premier single), deux titres forts aux percussions efficaces et habitées, enregistrées avec des musiciens indiens lors de son récent passage au pays. Un exemple d’escale parmi tant d’autres car ce nouvel opus a, comme elle, grandi dans différents pays, différentes villes, qu’il s’agisse de Trinidad, de l’Australie, de la Jamaïque, du Japon ou des Etats Unis, ou elle a enregistré un “The Turn” en demie teinte en compagnie du producteur Blaqstarr

Revenons à nos moutons. “Bird Flu” et “Boyz” ne sont heureusement pas des cas isolés, les déflagrations étant récurrentes sur ce “Kala”, toujours habité d’un fort engagement dans les textes (”World Town” et le très bon “Paper Planes”, au refrain rythmé par les balles, s’attardent eux aussi sur les victimes de la politique internationale). Ainsi, plus proches de la recette “Arular” et marquant pour la première fois la collaboration d’invités, “Hussel” (feat Afrikan Boy, rappeur nigérian), “Mango Pickle Down River” (feat The Wilcannia Mob, groupe d’adolescents aborigènes) et son didgeridoo, ou “Come Around”, final sur lequel apparaît Timbaland et qu’on parierait deuxième single de l’album, sont tous des piliers incontournables de ce “Kala” tant ils sont autant d’invitations à passer outre ses rhumatismes. Et pris à ce point dans l’ambiance, on en viendrait même à être séduit par l’atypique “Jimmy”, sorte de “Daddy Cool” à la sauce sri lankaise qu’on croirait volé à une émission de variétés locale

MIA n’est donc en rien essoufflée, bien qu’elle semble avoir encore tout donné pour faire de ce “Kala” une confirmation incontestable. L’étape est, on le sait, difficile. Mais, une fois encore, le talent parle de lui-même, l’énergie déployée également, et même si on entre peut-être plus difficilement dans ce disque que dans le précédent, que le genre abordé ici débouchera inévitablement sur une sélection naturelle du public auquel il est destiné, la demoiselle finira quoi qu’il arrive par enflammer la majorité des foules. Les autres pourront toujours faire l’impasse, mais même en l’entendant de loin, ils finiront eux aussi par être trahis par de réguliers et involontaires hochements de tête..

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White Stripes - “Icky Thump”

Icky Thump[Album]
18/06/2007
(XL Recordings/Naive)

Les décus de “Get Behind Me Satan” seront très certainement ravis de réentendre leur duo favori reprendre la voix de ses débuts. “Icky Thump”, enregistré à Nashville durant trois semaines, semble en effet fermement décidé à refaire saigner quelques tympans, lacérer quelques bouts de doigt, et martyriser sans retenue les quelques fûts de la belle Meg. On croirait presque revenir au premier album du duo, lequel serait enrichi de quelques expérimentations surprenantes allant de quelques clins d’oeil hard rock à l’utilisation de cornemuse ou de trompette. Le tout avec assez de goût pour ne pas tourner à l’écoeurement. C’est donc avec un grand sourire niais qu’on se laisse volontiers broyer par ses déluges de riffs

“Icky Thump”, qui s’attarde sur le problème de l’immigration des latinos aux Etats Unis, lance donc les hostilités, laisse réapparaître les fantômes de Black Sabbath mais surtout de Led Zeppelin, et balance quelques riffs de cornemuse (si, si!) parvenant à se faire subtilement une place au sein d’une telle première déflagration. Et elle ne sera pas la seule, l’énergie étant revenue au premier plan (”300 M.P.H. Torrential Outpour Blues”, “Little Cream Soda”), avec quelques jolis tubes sous le bras. C’est le cas des “You Don’t Know What Love Is” et “Rag & Bone” avec leurs riffs entêtants, du “Bone Broke” que n’aurait pas renié Hendrix, de la “ballade” “A Martyr For My Love For You”, mais surtout de cet atypique et sublimissime “Conquest”, lancé par quelques cuivres mariachis, alternant breaks sans concession et d’autres directement hérités du tango. En quelques morceaux, The White Stripes placent donc la barre tellement haute que leurs quelques expérimentations s’en retrouvent ternies. C’est le cas de “Prickly Thorn, But Sweetly Worn” et “St.Andrew (This Battle Is In The Air)”, tous deux aux couleurs écossaises limite barbantes, surtout sur le second

“Icky Thump” opère donc un passage en force avec toute la personnalité qui a fait la réussite des White Stripes. En treize titres, Jack et Meg prouvent que l’essoufflement est passé et qu’ils ont emmagasiné assez d’oxygène pour se lancer corps et âme dans une enfilade de brûlots dévoués à un rock n’roll toujours affublé de couleurs blues, punk et americana. Il se dit, ici ou là, que ce nouvel album pourrait bien être le dernier. Si tel était le cas, on pourrait alors sans gêne crier haut et fort que le duo aura bouclé la boucle en beauté, en sortant là un des opus les plus réussis de sa discographie

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Dizzee Rascal - “Maths + English”

Maths + English[Album]
04/06/2007
(XL/Naive)

Apparu en 2003 du haut de ses dix-huit ans seulement, Dizzee Rascal est un des phénomènes musicaux que l’Angleterre vante avec fierté. Il faut dire qu’il était impossible pour lui d’échapper à un tel destin. Pour preuve, les nombreux renvois d’école dont il a fait l’objet (après des altercations avec ses enseignants) et qui l’auront conduit à se plonger dans la musique, avec le soutien d’un prof qui lui mettra un ordinateur à disposition. Sa voie était alors toute tracée, Dylan Mills (de son vrai nom) ne s’étant pas vraiment fait attendre pour développer également son talent d’écriture, et prendre part un peu plus tard à la scène grime (ce savant mélange de dance et de hip hop), alors naissante en Angleterre

“Boy In Da Corner” sera donc son premier album, rapidement suivi du second “Showtime”, de la création de son propre label Dirtee Stank voué au développement de jeunes talents, puis de son tout dernier album “Maths + English”, creusant son propre sillon pour finalement être son plus cohérent et réussi

En effet, cette dernière livraison joue la diversité, balance quelques titres pointus et de qualité, tout comme d’autres tout aussi réussis mais beaucoup plus formatés pour les radios. C’est là qu’on voit toute la maturité gagnée par Dizzee Rascal, réussissant à ne pas trébucher là ou beaucoup d’autres usent de multiples concessions pour gagner en audience. Quand ceux-là placent leur plus gros tube en début d’album, Mills préfère un “World Outside” à la version minimale rythmée par des coups de sabres, soulignant un effort particulier sur ses textes. Encore, quand les featurings aux allures commerciales sont souvent mis en avant, on les retrouve ici en fin d’album: Alex Turner des Arctic Monkeys est samplé et posé sur la version grime de “Temptation”, et Lily Allen laisse se profiler à l’horizon un prochain single efficace avec “Wanna Be”

Mais chambouler les habitudes semble être un grand jeu chez Dizzee Rascal, comme le prouve le choix de “Sirens” en premier single, ce cousin germain du “99 Problems” de Jay Z, à l’ambiance type des productions Def Jux laissant peu à peu la place à des guitares qui auraient pu être héritées de Korn. Cage, manageur de DR et co fondateur avec lui du label Dirty Skank, s’est chargé de la production de celui-là, comme d’une bonne moitié de celles de ce “Maths + English”, seul ou en collaboration avec Rascal lui-même. À n’en pas douter, c’est aussi lui qui contribue à la grande force de “Pussyole”, titre hip hop old school en début d’album reprenant un sample de Lyn Collins, de “Bubbles” et du final “You Can’t Tell Me Nuffin”, trois des moments les plus forts de ce disque. Moins marquantes mais à noter, les contributions de Bun B et Pimp C (légendes du gangsta rap) sur “Where’s Da G’s”, et de Shy Fx (pilier de la drum n’bass anglaise) sur “Da Feelin”

Dizzee Rascal ratisse donc cette fois beaucoup plus large, sans toutefois tomber dans l’incohérence d’un mariage voix-production inadéquat. Encore, il n’a jamais été aussi accessible, et sonne toujours définitivement anglais tout en piochant dans de multiples influences américaines (Outkast, Young Jeezy, D4L…). Quelques paradoxes qui ne font que contribuer à la richesse de ce troisième album, celui-là même qui propulse Dizzee Rascal vers des sphères beaucoup plus ambitieuses mais sincères. Tiens, en voilà encore un

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Rjd2 - “The Third Hand”

The Third Hand[Album]
05/03/2007
(XL/Naive)

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe quand elle tombée il y a quelques mois. Rjd2 partant de Def Jux alors qu’il en était un des piliers, et plus secondairement une des plus belles sources de ventes, ne laissait rien présager de bon. À entendre le nouvel album de El P à sortir, on peut vous certifier que le label va plutôt bien et a encore de belles années devant lui. Quant à Rjd2, l’histoire n’est pas la même. “Deadringer” est toujours aujourd’hui un des albums instrumentaux les plus incontournables, pas si loin de “The Endtroducing” de Dj Shadow notamment, “Since We Last Spoke” lui courait après en vain et laissait déjà entrevoir une orientation pop qui se concrétise aujourd’hui. A tel point qu’El P, qui fut un des premiers intéressés à tendre l’oreille sur ce “The Third Hand”, a dû se faire à l’évidence que lui et Def Jux étaient incapables de défendre un tel projet. Car, si l’approche mélodique du new yorkais est encore clairement reconnaissable, la manière de les mettre au monde est en de nombreux points différente. D’une, parce que ce nouvel effort a été enregistré avec de véritables instruments à l’appui d’un sampler encore présent; de deux, parce que Rjd2 s’est ici sérieusement lancé dans l’exercice du chant, chose qu’il n’avait fait qu’en de rares occasions lors de sa dernière sortie officielle. D’où cette couleur pop à côté de laquelle personne ne pourra passer. Le souci est que la retranscription de sa musique, habituellement chaude et très influencées soul/funk, perd énormément en efficacité ici (”Reality”, “Beyond”), sans compter qu’il ne se montre pas non plus comme un chanteur des plus doués (”Laws Of The Gods”, ainsi0 les instrumentaux “Get It” et “The Bad Penny” allant dans ce sens). Alors, même si on ressort décontenancé de l’écoute de ce “The Third Hand” auquel il manque encore trop d’assurance pour qu’il reste dans les annales (”Work It Out”), on admettra que quelques titres peuvent laisser présager un meilleur avenir à Rjd2 (”You Never Had It”, “Have Mercy”, “Sweet Piece”), courageux cependant d’opérer un tel virage. N’empêche qu’avec ce “The Third Hand”, à l’instar du “The Outsider” de Dj Shadow dans un autre registre, la déception est de mise. Si, cette année, les deux producteurs américains ont décidé de se passer le mot, on aurait bien aimé être au courant avant… Histoire de maintenir le sampler allumé, et de lui couper le micro..

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Thom Yorke - “The Eraser”

The Eraser[Album]
10/07/2006
(XL/Beggars/Naive)

Il a toujours été assez difficile de “suivre” cet artiste hors pair qu’est Thom Yorke. Aussi incompris qu’incompréhensible, ce petit bonhomme d’Oxford aura quand même définitivement incarné le meilleur et le plus intéressant de la scène britannique. Loin des courants éphémères qui balayent régulièrement la scène rock, loin des mains tendues de la presse, lui et son groupe Radiohead ont toujours joué d’imprévisibilité, d’expérimentations et d’avant-gardisme pour se démarquer de la masse, ne représenter rien d’autre que sa musique, et ainsi déchaîner les passions. Des passions qui restent pourtant floues, car on en sait finalement peu sur les auteurs d’un rock repoussant constamment ses barrières, et se mettant régulièrement en danger. Cela fait quelques années maintenant qu’il nous prend par surprise. Alors qu’on entend simultanément parler d’un nouvel album de Radiohead, mais aussi d’un proche arrêt définitif du combo, son leader prend tout le monde à contre-pied et part en solo sur ce “The Eraser” que personne n’a entendu venir Lire la suite…