(8 articles)

Vampire Weekend - “Contra”

vamp180Album
(XL Recordings)
11/01/2010
Afro-pop de chambre

Faire du neuf avec du vieux, c’est un peu ce que Vampire Weekend aura réussi à faire avec un premier album qui n’aura pas manqué de diviser. Fraîcheur et révolution pour certains, originalité forcée pour d’autres, la musique du combo new yorkais aura longtemps fait débat et n’aura jamais laissé personne indifférent. Il en aura même décomplexé quelques-uns

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The Cool Kids - “The Bake Sale”

The Bake Sale[Album]
05/08/2008
(XL Recordings/Naive)

Alors qu’il ne se passe plus une semaine sans qu’on entende parler de tel ou tel artiste reprenant des influences eighties, les Cool Kids, eux, s’y plongent complètement. Ils puisent leur inspiration dans l’âge d’or du rap, retrouvant ainsi l’énergie et la naïveté des débuts de cette culture aujourd’hui omniprésente. Mikey Rock et Chuck Inglish, respectivement 19 et 22 ans, ne sont pas (encore) de purs produits de l’entertainment comme on a souvent l’habitude d’en voir émerger. Ils buzzent certes, mais ne perdent pas de vue leur ambition: s’éclater en faisant du bon son, tout simplement. Comme un retour aux valeurs originelles du hip hop, même si la plus grande partie de leur auditoire n’a sûrement jamais entendu parler de celles-ci

Car c’est bien au public d’aujourd’hui que s’adressent les dix tracks de “The Bake Sale”, ultra dépouillés, reprenant cette recette beat/sample qui a fait ses preuves. Mais quand leurs aînés se servaient dans la soul, le jazz, et le funk, eux piochent dans le rap, et font ainsi toute la différence. Ainsi, on sent que ces deux gosses de l’Illinois ont digéré toutes les influences du passé afin de servir leur propre interprétation du hip hop. Les kits de batteries de “88″ (petit bijou du genre), ses riffs de guitares, ramèneront certains d’entre nous loin en arrière alors qu’ils ne seront qu’un prolongement de la tendance actuelle pour d’autres. L’occasion, d’ailleurs, de se rappeler que Blueprint avait lui aussi consacré tout un album à cette année particulièrement fertile du hip hop. “Jingling” et “What Up Man” s’impriment dans la même mouvance: une simplicité étudiée, relevée par une qualité du mix irréprochable

Encore, quand sur “Black Mags” ils vantent les BMX aux jantes noires, l’esprit fun des Run-DMC semble ressuscité et, dans le même temps, on se retrouve proche de certaines productions “dirty south”. Dans ce registre “A Little Bit Cooler” semble être le titre le plus contemporain, mais avec un minimalisme qui restera leur marque de fabrique. Ne gâchons pas notre plaisir, cette bouffée d’air frais arrive à point nommé, et “Basement Party”, cette fois résolument old school pour le coup, continue de brouiller les pistes, reprenant le côté purement “ego” des Mcs de cet époque. Quand ils font référence aux Beastie Boys dans “One Two”, ainsi que dans de nombreuses interviews, on ne peut que reconnaître cette même volonté de s’amuser, cette spontanéité qui avait fait de “License to Ill” ou “Paul’s Boutique” des modèles du genre. Et si à ce stade vous doutez encore de la réelle créativité du duo, estimant qu’ils se contentent de copier le “glorieux passé”, “Mikey Rocks” et son dépouillement total, fera taire les sceptiques ou éloignera définitivement les plus réfractaires

Bien sûr, le fait d’avoir été désigné par Rolling Stones comme un des dix groupes à suivre en 2008, l’utilisation de certains de leur titres dans des séries US ou des jeux vidéo, renforcent la rumeur qui fait d’eux les nouveaux princes du cross-over. Ils semblent faire la jonction entre plusieurs époques du rap, gardant en fil conducteur les valeurs de base de cette culture. Réussir à réunir différentes générations de b-boy était un pari osé, une mission remportée avec maestria. Les vendeurs de sneakers ont encore de beaux jours devant eux

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Beck - “Modern Guilt”

Modern Guilt[Album]
07/07/2008
(XL Recordings/Naive)

Beck est une éponge. Un homme imprévisible qui, toute sa vie, aura absorbé de multiples influences. Toujours, il aura su multiplier les ambiances, les humeurs, conserver intacte son intégrité, sa curiosité, sa soif de nouvelles expériences. Qu’on lui parle de hip hop, de folk, de rock, de RnB, de garage, ou même d’electro, n’ayez crainte, le blondinet aura toujours du répondant. Pour son dixième album qui marque un retour vers les labels indépendants, “Modern Guilt” renoue avec un registre plus grave que sur les précédents disques, celui qu’on avait laissé lors de “Sea Change”, une de ses oeuvres références qui n’avait pas encore connu d’équivalent jusqu’ici. Mais Beck n’est pas le seul responsable de ce retour gagnant puisqu’il a trouvé en Dangermouse un acolyte de taille avec qui il forme une belle complémentarité. Tous deux capables de grands écarts entre vieille et nouvelle école, ils parviennent ici à un condensé de sa discographie, assez fin pour que ce nouvel album détienne lui aussi une réelle cohérence. Même lors des relents drum n’bass de “Replica” comme inspirés de Radiohead

Une fois encore, la pochette trahit le contenu en affichant une imagerie qui renvoie vers la sombre pop psyché des sixties, fil rouge de ce “Modern Guilt” et marque de fabrique du producteur qui ne s’en est jamais caché jusqu’ici. Que ce soit au sein de Gnarls Barkley (à qui il aurait mieux fait de léguer l’écoeurant “Gamma Ray”), The Good The Bad And The Queen, Martina Topley Bird, ou avec The Black Keys, la patte de Dangermouse s’entend (”Orphans”, “Youthless”) et fait inévitablement le lien entre tous. Pourtant, on ne serait pas loin de dire que Beck restera peut-être comme sa collaboration la plus fructueuse, tant la majorité de ce disque sonne le plus naturellement du monde. Suivez mon regard: le blues incandescent de “Soul Of Man”, le rugueux “Profanity Prayers” dans le sillage de Queens Of The Stone Age, le single “Chemtrails”, seul titre sur lequel le producteur n’y va pas d’un beat ou d’une boucle… Chose plus évidente qu’auparavant, Beck accouche ici de ses plus belles mélodies vocales, les plus simples et efficaces aussi (”Modern Guilt”, “Walls” et “Volcano”, à jamais un de ses plus beaux titres), pourtant toutes portées par des thèmes lestés de paranoïa et de mal être dans la société actuelle. À plusieurs reprises en effet, il choisit de s’attarder sur l’état du monde dans lequel il vit, celui des guerres, du terrorisme, des préoccupations écologiques, et de toutes ces maladies modernes qui l’aident à dresser un bilan effrayant

Bien qu’il opère un radical changement de cap en revenant à un registre beaucoup plus sombre et concis (dix titres pour une demi-heure environ, on est loin de l’abondance des deux précédents albums), Beck reste Beck, avec son sens de la mélodie à lui, ses guitares surf, ses synthés rétros et ce fun (si, si…) qu’il faudra cette fois plutôt aller chercher dans le fond que dans la forme. Différent de tous ses aînés mais tout aussi indispensable à l’intégralité de son oeuvre, “Modern Guilt” reflète parfaitement son époque. Il est aussi la preuve, en musique, qu’on peut véritablement s’amuser en mélangeant les étiquettes. Et Beck comme Dangermouse ont toujours été des maîtres en la matière

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Vampire Weekend - “s/t 99″

s/t[Album]
25/02/2008
(XL/Naive)

Vampire Weekend, un buzz à double tranchant? Possible, car avec une réputation qui ne cesse de prendre de l’ampleur, sur la toile notamment, on s’attendait à entendre quelque chose d’absolument renversant. Ok, ce jeune groupe new yorkais, formé en 2006, possède incontestablement cette originalité de donner une couleur afro-pop à son indie rock qu’il aime qualifier de “Upper West Side Soweto”, parce que ca aide aussi à se démarquer des récurrentes révélations. Encore faut il que cela sonne, et ne se révèle pas indigeste sur la longueur d’un album, chose à laquelle personne n’avait encore véritablement de réponse. Sauf peut être XL Recordings, label étant parvenu à inclure le combo à son catalogue, et à en faire la nouvelle coqueluche de la presse musicale dont on commence malheureusement à connaître le fonctionnement

Vampire Weekend aura mis deux ans à passer au long format, assez pour parfaire sa patte et se lancer dans la bataille non sans une certaine assurance. Surtout qu’il possède cet atout de connaître assez les musiques classiques et du monde pour les utiliser à bon escient. Du coup, quelques titres parviennent à s’extirper du lot, comme “Oxford Comma” et “Mansard Roof” aux mélodies immédiatement addictives si on passe outre quelques riffs flirtant avec le calypso (sic), et des violons déroulant une toile de fond un brin moyen âgeuse. Celle qui devient d’ailleurs totalement indigeste sur les “M79″ et “The Kids Don’t Stand a Chance” pour musiciens de bonne famille, ou un “Bryn” le cul entre les îles et la Bretagne. Pourtant, quand elle se montre plus discrète (”A-Punk”, “Campus”, “I Stand Corrected”) ou définitivement plus franche (”Cape Cod Kwassa Kwassa”), cette orchestration certes originale mais très particulière, parvient à se faire accepter plus facilement. D’autant plus qu’elle souligne l’étonnante maturité du groupe qui, à la différence de la plupart des jeunes formations rock, n’a pas rendu ses guitares omni-présentes, a fait sonner sa rythmique comme des percussions plutôt qu’une vulgaire batterie, et n’a pas eu peur de rendre parfois son indie rock le plus minimaliste possible sans avoir cette peur du vide souvent infondée

Ca ne fait pas de doute, Vampire Weekend est différent, et n’a pas d’équivalent connu sur la scène actuelle. Alors on en voit déjà se servir des “One Blake’s Got a New Face” et “Walcott” pour défendre bec et ongle la personnalité incontestable du groupe, chose que nous ne lui enlèverons même si il la doit en partie au “Graceland” de Paul Simon. Mais après quelques écoutes répétées de ce premier opus éponyme également à mi chemin entre les écoles new yorkaises et anglaises, on ne peut s’empêcher de se poser cette question: ce nouveau phénomène en provenance de Big Apple bénéficie t-il d’un bon travail de promo de la part du label, ou la presse se contenterait-elle finalement de la moindre inventivité dont un groupe de rock puisse être capable? Encore faudrait-il lui rappeler que tout ce qui est nouveau n’est pas forcément bon. Cela restera en tous les cas notre avis..

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MIA - “Kala”

Kala[Album]
21/08/2007
(XL Recordings/Naive)

MIA, who’s that? Une question qui n’est plus permis de poser pour qui a l’habitude de tuer son temps libre sur la grande toile d’internet. Car depuis son tube “Galang” qui l’a propulsée parmi les révélations les plus médiatisées de ces dernières années, MIA squatte insolemment les playlists et les blogs les plus en vue de ce début de vingt et unième siècle. Pas étonnant, puisqu’à l’image de sa courte vie, Maya Arulpragasam, de son vrai nom, balance un registre dans lequel beaucoup d’assoiffés de succès n’essayent même pas de s’engouffrer. Chasse gardée, elle seule détient incontestablement la matière première de sa musique, inspirée de divers courants venus tout droit d’Angleterre, son pays d’accueil, et de musique traditionnelle sri lankaise, son pays d’origine qu’elle a connu en temps d’une guerre civile qui lui coûta progressivement amis et famille, notamment son père, rebelle séparatiste local. De quoi donner la niaque à la demoiselle, également peintre, une autre activité qui lui ouvrira de manière inattendue les portes de la musique. Car c’est en se penchant sur la pochette du deuxième album d’Elastica qu’elle partira en tournée avec le groupe, rencontrera les Peaches et leur séquenceur Roland MC-505 qu’elle finira par maîtriser sur le bout des doigts

La suite, on la connaît: “Galang” séduira la majorité des Djs, un succès qui la mènera tout droit sur “Arular”, son premier album fièrement accueilli par XL Recordings. La sauce prend, notamment grâce à un répertoire très direct et “physique” (puisant autant dans l’electro, que le baile funk, le hip hop, le dancehall, le garage, ou le grime), aux percussions puissantes, aux sons synthétiques, sur lequel MIA pose des lyrics, essentiellement faites de slang, difficilement compréhensibles, faut-il l’avouer. Beaucoup y voient alors un renouveau de la pop..

Autant dire que, même si MIA est désormais définitivement installée dans le paysage musical mondial, cela n’altérera pas l’enthousiasme du public à la veille d’un second album. MIA est toujours là, continue crânement dans la même voie, et à défaut de proposer quelque chose de radicalement différent, enfonce le clou et peaufine sa patte artistique avec un “Kala” intéressant et frais, créditant encore les producteurs $witch et Diplo, qui ne devrait nullement décevoir. Et que les pressés, qui auront vite conclu que MIA, c’est bien mais à petites doses, ne s’arrêtent pas sur un “Bamboo Banga” d’ouverture qui pourrait les conforter dans cette idée. Car “Kala” démarre véritablement avec “Bird Flu” et “Boyz” (premier single), deux titres forts aux percussions efficaces et habitées, enregistrées avec des musiciens indiens lors de son récent passage au pays. Un exemple d’escale parmi tant d’autres car ce nouvel opus a, comme elle, grandi dans différents pays, différentes villes, qu’il s’agisse de Trinidad, de l’Australie, de la Jamaïque, du Japon ou des Etats Unis, ou elle a enregistré un “The Turn” en demie teinte en compagnie du producteur Blaqstarr

Revenons à nos moutons. “Bird Flu” et “Boyz” ne sont heureusement pas des cas isolés, les déflagrations étant récurrentes sur ce “Kala”, toujours habité d’un fort engagement dans les textes (”World Town” et le très bon “Paper Planes”, au refrain rythmé par les balles, s’attardent eux aussi sur les victimes de la politique internationale). Ainsi, plus proches de la recette “Arular” et marquant pour la première fois la collaboration d’invités, “Hussel” (feat Afrikan Boy, rappeur nigérian), “Mango Pickle Down River” (feat The Wilcannia Mob, groupe d’adolescents aborigènes) et son didgeridoo, ou “Come Around”, final sur lequel apparaît Timbaland et qu’on parierait deuxième single de l’album, sont tous des piliers incontournables de ce “Kala” tant ils sont autant d’invitations à passer outre ses rhumatismes. Et pris à ce point dans l’ambiance, on en viendrait même à être séduit par l’atypique “Jimmy”, sorte de “Daddy Cool” à la sauce sri lankaise qu’on croirait volé à une émission de variétés locale

MIA n’est donc en rien essoufflée, bien qu’elle semble avoir encore tout donné pour faire de ce “Kala” une confirmation incontestable. L’étape est, on le sait, difficile. Mais, une fois encore, le talent parle de lui-même, l’énergie déployée également, et même si on entre peut-être plus difficilement dans ce disque que dans le précédent, que le genre abordé ici débouchera inévitablement sur une sélection naturelle du public auquel il est destiné, la demoiselle finira quoi qu’il arrive par enflammer la majorité des foules. Les autres pourront toujours faire l’impasse, mais même en l’entendant de loin, ils finiront eux aussi par être trahis par de réguliers et involontaires hochements de tête..

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White Stripes - “Icky Thump”

Icky Thump[Album]
18/06/2007
(XL Recordings/Naive)

Les décus de “Get Behind Me Satan” seront très certainement ravis de réentendre leur duo favori reprendre la voix de ses débuts. “Icky Thump”, enregistré à Nashville durant trois semaines, semble en effet fermement décidé à refaire saigner quelques tympans, lacérer quelques bouts de doigt, et martyriser sans retenue les quelques fûts de la belle Meg. On croirait presque revenir au premier album du duo, lequel serait enrichi de quelques expérimentations surprenantes allant de quelques clins d’oeil hard rock à l’utilisation de cornemuse ou de trompette. Le tout avec assez de goût pour ne pas tourner à l’écoeurement. C’est donc avec un grand sourire niais qu’on se laisse volontiers broyer par ses déluges de riffs

“Icky Thump”, qui s’attarde sur le problème de l’immigration des latinos aux Etats Unis, lance donc les hostilités, laisse réapparaître les fantômes de Black Sabbath mais surtout de Led Zeppelin, et balance quelques riffs de cornemuse (si, si!) parvenant à se faire subtilement une place au sein d’une telle première déflagration. Et elle ne sera pas la seule, l’énergie étant revenue au premier plan (”300 M.P.H. Torrential Outpour Blues”, “Little Cream Soda”), avec quelques jolis tubes sous le bras. C’est le cas des “You Don’t Know What Love Is” et “Rag & Bone” avec leurs riffs entêtants, du “Bone Broke” que n’aurait pas renié Hendrix, de la “ballade” “A Martyr For My Love For You”, mais surtout de cet atypique et sublimissime “Conquest”, lancé par quelques cuivres mariachis, alternant breaks sans concession et d’autres directement hérités du tango. En quelques morceaux, The White Stripes placent donc la barre tellement haute que leurs quelques expérimentations s’en retrouvent ternies. C’est le cas de “Prickly Thorn, But Sweetly Worn” et “St.Andrew (This Battle Is In The Air)”, tous deux aux couleurs écossaises limite barbantes, surtout sur le second

“Icky Thump” opère donc un passage en force avec toute la personnalité qui a fait la réussite des White Stripes. En treize titres, Jack et Meg prouvent que l’essoufflement est passé et qu’ils ont emmagasiné assez d’oxygène pour se lancer corps et âme dans une enfilade de brûlots dévoués à un rock n’roll toujours affublé de couleurs blues, punk et americana. Il se dit, ici ou là, que ce nouvel album pourrait bien être le dernier. Si tel était le cas, on pourrait alors sans gêne crier haut et fort que le duo aura bouclé la boucle en beauté, en sortant là un des opus les plus réussis de sa discographie

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Dizzee Rascal - “Maths + English”

Maths + English[Album]
04/06/2007
(XL/Naive)

Apparu en 2003 du haut de ses dix-huit ans seulement, Dizzee Rascal est un des phénomènes musicaux que l’Angleterre vante avec fierté. Il faut dire qu’il était impossible pour lui d’échapper à un tel destin. Pour preuve, les nombreux renvois d’école dont il a fait l’objet (après des altercations avec ses enseignants) et qui l’auront conduit à se plonger dans la musique, avec le soutien d’un prof qui lui mettra un ordinateur à disposition. Sa voie était alors toute tracée, Dylan Mills (de son vrai nom) ne s’étant pas vraiment fait attendre pour développer également son talent d’écriture, et prendre part un peu plus tard à la scène grime (ce savant mélange de dance et de hip hop), alors naissante en Angleterre

“Boy In Da Corner” sera donc son premier album, rapidement suivi du second “Showtime”, de la création de son propre label Dirtee Stank voué au développement de jeunes talents, puis de son tout dernier album “Maths + English”, creusant son propre sillon pour finalement être son plus cohérent et réussi

En effet, cette dernière livraison joue la diversité, balance quelques titres pointus et de qualité, tout comme d’autres tout aussi réussis mais beaucoup plus formatés pour les radios. C’est là qu’on voit toute la maturité gagnée par Dizzee Rascal, réussissant à ne pas trébucher là ou beaucoup d’autres usent de multiples concessions pour gagner en audience. Quand ceux-là placent leur plus gros tube en début d’album, Mills préfère un “World Outside” à la version minimale rythmée par des coups de sabres, soulignant un effort particulier sur ses textes. Encore, quand les featurings aux allures commerciales sont souvent mis en avant, on les retrouve ici en fin d’album: Alex Turner des Arctic Monkeys est samplé et posé sur la version grime de “Temptation”, et Lily Allen laisse se profiler à l’horizon un prochain single efficace avec “Wanna Be”

Mais chambouler les habitudes semble être un grand jeu chez Dizzee Rascal, comme le prouve le choix de “Sirens” en premier single, ce cousin germain du “99 Problems” de Jay Z, à l’ambiance type des productions Def Jux laissant peu à peu la place à des guitares qui auraient pu être héritées de Korn. Cage, manageur de DR et co fondateur avec lui du label Dirty Skank, s’est chargé de la production de celui-là, comme d’une bonne moitié de celles de ce “Maths + English”, seul ou en collaboration avec Rascal lui-même. À n’en pas douter, c’est aussi lui qui contribue à la grande force de “Pussyole”, titre hip hop old school en début d’album reprenant un sample de Lyn Collins, de “Bubbles” et du final “You Can’t Tell Me Nuffin”, trois des moments les plus forts de ce disque. Moins marquantes mais à noter, les contributions de Bun B et Pimp C (légendes du gangsta rap) sur “Where’s Da G’s”, et de Shy Fx (pilier de la drum n’bass anglaise) sur “Da Feelin”

Dizzee Rascal ratisse donc cette fois beaucoup plus large, sans toutefois tomber dans l’incohérence d’un mariage voix-production inadéquat. Encore, il n’a jamais été aussi accessible, et sonne toujours définitivement anglais tout en piochant dans de multiples influences américaines (Outkast, Young Jeezy, D4L…). Quelques paradoxes qui ne font que contribuer à la richesse de ce troisième album, celui-là même qui propulse Dizzee Rascal vers des sphères beaucoup plus ambitieuses mais sincères. Tiens, en voilà encore un

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Rjd2 - “The Third Hand”

The Third Hand[Album]
05/03/2007
(XL/Naive)

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe quand elle tombée il y a quelques mois. Rjd2 partant de Def Jux alors qu’il en était un des piliers, et plus secondairement une des plus belles sources de ventes, ne laissait rien présager de bon. À entendre le nouvel album de El P à sortir, on peut vous certifier que le label va plutôt bien et a encore de belles années devant lui. Quant à Rjd2, l’histoire n’est pas la même. “Deadringer” est toujours aujourd’hui un des albums instrumentaux les plus incontournables, pas si loin de “The Endtroducing” de Dj Shadow notamment, “Since We Last Spoke” lui courait après en vain et laissait déjà entrevoir une orientation pop qui se concrétise aujourd’hui. A tel point qu’El P, qui fut un des premiers intéressés à tendre l’oreille sur ce “The Third Hand”, a dû se faire à l’évidence que lui et Def Jux étaient incapables de défendre un tel projet. Car, si l’approche mélodique du new yorkais est encore clairement reconnaissable, la manière de les mettre au monde est en de nombreux points différente. D’une, parce que ce nouvel effort a été enregistré avec de véritables instruments à l’appui d’un sampler encore présent; de deux, parce que Rjd2 s’est ici sérieusement lancé dans l’exercice du chant, chose qu’il n’avait fait qu’en de rares occasions lors de sa dernière sortie officielle. D’où cette couleur pop à côté de laquelle personne ne pourra passer. Le souci est que la retranscription de sa musique, habituellement chaude et très influencées soul/funk, perd énormément en efficacité ici (”Reality”, “Beyond”), sans compter qu’il ne se montre pas non plus comme un chanteur des plus doués (”Laws Of The Gods”, ainsi0 les instrumentaux “Get It” et “The Bad Penny” allant dans ce sens). Alors, même si on ressort décontenancé de l’écoute de ce “The Third Hand” auquel il manque encore trop d’assurance pour qu’il reste dans les annales (”Work It Out”), on admettra que quelques titres peuvent laisser présager un meilleur avenir à Rjd2 (”You Never Had It”, “Have Mercy”, “Sweet Piece”), courageux cependant d’opérer un tel virage. N’empêche qu’avec ce “The Third Hand”, à l’instar du “The Outsider” de Dj Shadow dans un autre registre, la déception est de mise. Si, cette année, les deux producteurs américains ont décidé de se passer le mot, on aurait bien aimé être au courant avant… Histoire de maintenir le sampler allumé, et de lui couper le micro..

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Thom Yorke - “The Eraser”

The Eraser[Album]
10/07/2006
(XL/Beggars/Naive)

Il a toujours été assez difficile de “suivre” cet artiste hors pair qu’est Thom Yorke. Aussi incompris qu’incompréhensible, ce petit bonhomme d’Oxford aura quand même définitivement incarné le meilleur et le plus intéressant de la scène britannique. Loin des courants éphémères qui balayent régulièrement la scène rock, loin des mains tendues de la presse, lui et son groupe Radiohead ont toujours joué d’imprévisibilité, d’expérimentations et d’avant-gardisme pour se démarquer de la masse, ne représenter rien d’autre que sa musique, et ainsi déchaîner les passions. Des passions qui restent pourtant floues, car on en sait finalement peu sur les auteurs d’un rock repoussant constamment ses barrières, et se mettant régulièrement en danger. Cela fait quelques années maintenant qu’il nous prend par surprise. Alors qu’on entend simultanément parler d’un nouvel album de Radiohead, mais aussi d’un proche arrêt définitif du combo, son leader prend tout le monde à contre-pied et part en solo sur ce “The Eraser” que personne n’a entendu venir Lire la suite…