(7 articles)

Common - “The Dreamer / The Believer”

common180Album
(Warner)
20/12/2011
Hip hop usé

Une carrière d’acteur à la progression constante, des mémoires publiées il y a de cela quelques mois, autant d’indices qui laissaient présager un funeste sort pour le hip-hop du rappeur de Chicago dont il a écrit quelques jolies pages durant dix-huit ans de carrière. La gestation de cet album, en préparation depuis deux ans, en était la plus sure des démonstrations. Et pourtant, c’est juste avant les fêtes que ce neuvième long format surgit de nulle part, enfin bouclé par un Common retrouvé. Sous la bannière usée du sempiternel retour au source, ces douze titres illustrent les retrouvailles entre le MC et le producteur No.ID, déjà  garant de la qualité de ses premiers disques.

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Paul Thomas Saunders - “Lilac & Wisteria”

paul180Ep
(Warner Music)
04/07/2011
Folk majestueuse

Il y a six mois à peine, au détour d’une page web, nous tombions par le plus grand des hasards sur une session acoustique de Paul Thomas Saunders (voir ci-dessous), jeune songwritter de Leeds seulement âgé d’une vingtaine d’années. Le genre de clic imprévu qui vous met le crâne sans dessus-dessous, qui chamboule vos émotions. D’apparence introvertie et planqué derrière sa tignasse mal peignée, le gamin, armé d’une voix aussi puissante qu’émouvante, balançait une merveilleuse ballade folk (”Appointment In Samarra”, au tracklisting de ce maxi) chatouillant sadiquement les glandes lacrymales.

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Foals - “Total Life Forever”

foals180Album
(Warner)
07/05/2010
Pop cérébrale

Avec “Antidotes” en 2008, Foals sautait à pieds joints dans la flaque, et éclaboussait le petit monde musical de son math rock tendance cold wave, assez efficace pour faire tâche d’huile et convaincre le plus grand nombre qu’il pouvait être un des grands pontes de l’indie rock façon 21ème siècle. Un statut que le combo se devait de confirmer sur un deuxième opus logiquement annoncé comme un des évènements de cette année 2010.

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Murs - “Murs For President”

Murs For President[Album]
30/09/2008
(Warner/Import)

En cette période où la campagne présidentielle américaine bat son plein, Murs, fort d’une solide réputation au sein de l’underground US notamment via son appartenance aux mythiques Living Legends, est venu se greffer aux prétendants. Aucun doute alors que son discours, à défaut de convaincre, recevra toute l’attention qu’un artiste de cette trempe mérite

Convaincue par son immense talent de lyriciste, c’est plutôt vers l’univers musical que notre attention se tourne logiquement. Et comme un politicien en campagne, l’envie de séduire le plus grand nombre transparaît tout au long de ce “Murs For President”. Ainsi, 9th Wonder pose immédiatement sa patte sur “I’m Innocente” avant de jouer sur plusieurs tableaux: après un titre aux fondations classiques, il compose un “Love And Appréciate II” un brin sirupeux, flirtant avec le R’N'B. Cet hétéroclisme total trouvera d’ailleurs son point d’orgue avec “A Part Of Me”, totalement rock, ou “Everything”, pour lequel le jeune producteur Lt Moe sample le refrain de James Blunt (”I’ll Take Everything”), réussissant le pari de marier le flow du rappeur à la voix frêle du chanteur britannique. Ni plus ni moins l’équivalent radiophonique américain de sa collaboration avec Sinik, en mieux évidemment même si on s’en serait volontiers passé

“Murs For President” n’a pas encore tout dit, le fossé étant souvent large, comme par exemple entre un “The Science”, magnifique avec sa flûte enivrante et un beat parfaitement en symbiose, et un “Lookin’Fly” (produit et en featuring avec Will.I.Am) aux entêtantes trompettes mexicaines dignes d’un cartoon. Si les grands écarts se succèdent, on restera comblé par de vraies réussites, comme le sont “Me And This Jawn” et “Break Up (TheO j Song)”, tous deux emplis d’une chaleur contagieuse. Et, comme en politique, Murs ne pouvait se passer de la bénédiction du “parrain local”, à savoir un Snoop dont on a connu des choix moins judicieux, même si “Time Is Now” restera anecdotique malgré cette collaboration improbable entre deux fortes personnalités issues de deux univers différents

Peu enclin à ce genre d’exercice d’habitude, Murs réussit à se sortir grandi d’une diversité souvent casse-gueule. Car si l’ambiance de ce nouvel album est plutôt soulful, les quelques expérimentations qu’il contient y feront certainement adhérer un plus large auditoire qui trouvera dans son inimitable faculté à raconter des histoires, une occasion de s’imprégner d’une facette moins mainstream du hip hop, plus engagée et surtout plus connectée à la réalité. Murs remporte ainsi notre vote

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Talib Kweli - “Eardrum”

Eardrum[Album]
20/08/2007
(Warner/Wea)

Dans le paysage hip hop américain, Talib Kweli est certainement l’un des MCs aussi adulés que controversés. Adulé car tout le monde a encore en tête la belle épopée de Blackstar en compagnie de Mos Def et de Reflection Eternal avec Hi Tek, controversé car il est aussi sûrement un de ceux ayant le plus rapidement évolué vers les sphères d’un hip hop classique qualitativement encore au-dessus du lot, mais voué à toucher un public de plus en plus important. Avec les conséquences qui vont avec ce genre de démarche. Du coup, “The Beautiful Struggle” et “Quality“, ses deux précédents opus, ne resteront pas forcément dans les annales du genre. Et, à vrai dire, ce ne sont pas les louanges affichées par 50 Cent ou JayZ à son égard qui risquent de changer cette estime que l’on a pour lui. Pourtant, difficile de lui adresser des reproches, notamment s’il est question de son flow ou de ses lyrics. Sur ces deux points, Talib Kweli reste encore parmi les plus intéressants du hip hop contemporain. Non, c’est plutôt dans son entourage musical que le bât blesse. D’où cette éternelle frustration une fois l’écoute achevée, cet arrière-goût de gâchis, comme si le new yorkais venait encore une fois de passer à côté d’une occasion qui lui aurait permis de se mettre définitivement en valeur

Mais, finalement, on y croit encore et toujours, et on aborde “Eardrum”, à la fois avec curiosité et méfiance. Ici, Kweli annonce qu’il a clairement voulu conserver le côté intellectuel de ses paroles, mais qu’il a voulu le marier à une musique plus dansante que sur ses précédents disques. Ok, pourquoi pas, mais vous m’expliquerez seulement comment votre corps réagira à la platitude et la monotonie de titres comme “Eat To Live”, “In The Mood (feat Kanye West et Roy Ayers)”, “Give ‘Em Hell”, ou “More Or Less” produit par HiTek. L’intention s’avère en revanche plus efficace sur “Say Something (feat Jean Grae)”, “Holy Moly”, ou “Country Cousins (feat UGK et Raheem DeVaughn)” malgré une couleur nu soul devenant malheureusement trop souvent un automatisme du genre (cf, entre autres “Oh My Stars” particulièrement gâché ainsi). Pas de quoi s’enthousiasmer pour autant

Il faudra alors mettre de côté les bonnes intentions du bonhomme et tenter de retrouver, ici ou là, quelques éclairs de génie, quelques belles réminiscences d’un passé finalement pas si révolu. C’est en tout cas ce que laissent penser les premiers titres de ce “Eardrum”, notamment ce “Everything Man” d’ouverture produit par un Madlib délicieusement soul, exactement ce qu’il faut à Talib Kweli pour se montrer sous son meilleur jour. “NY Weather Report”, bien qu’un ton en dessous, reste dans une même veine, tout comme “Hostile Gospel” (produit par Just Blaze) relevé par un beat plus agressif et quelques choeurs de bonne facture, et “Soon The New Day (feat Norah Jones)” ou la couleur soul presque trop sucrée fait pour une fois son effet

“Eardrum” ne fait donc pas exception même s’il laisse entrevoir un Talib Kweli un peu mieux dans ses baskets. Encore une fois, le Mc de Brooklyn délivre un album sauvé par quelques titres clairement réussis, certes plus nombreux qu’à l’accoutumée. Il n’empêche qu’il souligne un triste et redondant constat dans le hip hop: cette tendance à préférer l’impact d’une poignée de titres forts à défaut de jouer l’homogénéité. Pas de quoi inciter les fans à se ruer sur cette nouvelle livraison. Mais “Eardrum”, comme les précédents, nous laisse toujours espérer. Pour combien de temps

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Buck 65 - “Secret House Against The World”

Secret House Against The World[Album]
28/06/2005
(Warner/Wea)

Puisqu’il se joue des étiquettes, Buck 65 est de ces musiciens inclassables suscitant une grande curiosité à la veille de chaque album. Que va donc nous balancer le canadien après avoir déstabilisé son monde avec un “Talkin Honkie Blues” déjà très personnel? Avec une géniale insolence, il ne fait que pousser le bouchon un peu plus loin, donne une suite logique et croissante en originalité et parvient enfin à ne plus souffrir des quelques longueurs du passé. Plus qu’il ne surprend, Buck 65 épate, bluffe et possède désormais assurément son univers bien à lui. “Secret House Against The World” est un petit chef d’oeuvre multicarte au fond hip hop de moins en moins décelable, beaucoup plus rock dans son ensemble. Ici, avec un talent de comédien palpable tout au long de cet opus, le canadien peut revêtir la veste du crooner, comme celle du punk rocker en passant par le rôle du chanteur texan ramolli ou celui du romantique attentionné. Et si on frôle la schizophrénie autant que la perfection, chaque titre apporte sa pierre à l’homogénéité du disque. Même si on croirait entendre parfois Johnny Cash, Tom Waits ou Iggy Pop se frotter au hip hop. Soulignez la prouesse! Et ce n’est pas fini… Buck 65, majoritairement mélancolique et sombre, a su embarquer dans son aventure les imprévisibles rockeurs de Tortoise, le crooner fou qu’est Gonzales, ou sa partenaire dans la vie qui vient, de par ses contributions vocales, apporter douceur et romantisme à la française sur plusieurs des titres. Buck 65 s’est ici appliqué à prendre une belle longueur d’avance sur ses petits collègues enthousiastes à l’idée de faire évoluer le hip hop. Lui en n’est plus là, et peut se vanter de l’enrichir autant que la country, la folk ou le blues. “Secret House Against The World”, inégalable, est très nettement le meilleur exercice du bonhomme, même s’il y a de fortes chances qu’il reste le plus incompris. Un sort souvent réservé aux génies…

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Head Automatica - “Decadence”

Decadence[Album]
17/08/2004
(Warner/Import)

Il est de ces side-projects dont le simple line-up fait rêver et qu’on attend avec impatience. Généralement, les responsables de ceux-ci semblent d’ailleurs volontairement faire monter la sauce, repoussant les dates de sortie d’année en année. A force de report, on vient encore une fois de nous voir filer Team Sleep sous le nez et c’est donc Head Automatica qui débarque sous nos contrées en pole position. Head Automatica, Head Automatica c’est bien gentil mais c’est qui me direz vous? Eh bien, il s’agit tout simplement de la collaboration de Daryl Pajumbo, leader de Glassjaw, et de Dan The Automator

Sautons directement à l’écoute de cet album sans tenir compte du (chouette) pédigré de ses concepteurs: “Decadence” se propose tout simplement de fusionner le rock et la disco pour essayer d’aboutir à un résultat à la fois saturé et chaloupant. Le pari est en partie réussi puisqu’on se retrouve là face à un album assez homogène, qu’on pourrait décrire plus précisément comme un garage rock 70 pailleté des déhanchements sauvages de l’époque

La plupart du temps, ça swingue, groove, feule et se balance de façon plus qu’éhontée et prodigieusement entraînante (”At The Speed Of a Yellow Bullet”, “Please Please Please”, “The Razor”, “I Shot William H Macy”), mais il faut bien reconnaître que de temps en temps ça manque un peu de folie (”Brooklyn Is Burning” qui traîne en longueur, “King Caesar”), la faute à un lissage de la production parfois trop poussé, ou à la tendance de l’ami Daryl de trop adoucir sa voix sur les refrains, comme il le fait déjà trop souvent au sein de son Glassjaw

Mais bon, “Decadence” reste tout de même plus qu’original et mérite amplement qu’on y jette une oreille festive, éventuellement suivie de pas de danse complices

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Buck 65 - “Talkin’ Honky Blues”

Talkin' Honky Blues[Album]
16/09/2003
(Warner/Warner)

Cela ne fait que six mois que Buck 65 nous a sorti un “Square” conceptuel qui marquait le début d’une nouvelle étape, puisque Warner lui promettait une exposition plus adéquate à son talent. Aujourd’hui, la créativité incessante du canadien s’illustre une nouvelle fois avec “Talkin’ Honky Blues”, un album plus classique, sans concept mais qui sonne le glas de la maturité, et affiche sans pudeur la personnalité artistique plus marquée de Buck 65 autant au sein de la scène hip hop que de la scène musicale toute entière

Si on passera rapidement sur “Leftfielder” qui fait plutôt ici figure d’introduction, “Talkin’ Honky Blues” débute vraiment sur “Wicked & Weird” qui nous fait découvrir un Buck 65 plus énergique qu’à l’accoutumée, déballant ses rimes à un rythme effréné, laissant la version s’exprimer par le biais de quelques passages rappelant que nous n’avons pas ici affaire à un hip hop banal. L’appellation blues de ce nouvel album s’applique plus logiquement ensuite, comme sur “Riverbed Part 1″, “Riverbed Part 2″, ou le canadien semble s’être inspiré des arpèges et des mélodies texanes de Calexico pour alimenter son morceau. Non content de se suffire à une seule influence, Buck 65 ne s’éloigne pas pourtant des ambiances des opus précédents (”Exes”) même si la qualité du son s’est largement améliorée et que les versions semblent bénéficier d’une profondeur sans précédent chez l’artiste (les basses sont plus présentes et plus originales, les versions sont incontestablement plus musicales, peaufinées et cinématographiques)

Jetez par exemple une oreille sur “Sore”, empruntant des penchants reggae avec un riddim discret mais bel et bien là, “Protest”, qui nous laisse penser que Buck n’est pas resté insensible à l’approche d’un RJD2, “Roses And Blue Jays”, mi-dub mi-blues, “Riverbed Part 3″, à l’instrumentation accrocheuse et variée avec notamment ces quelques notes de guitare acoustique aux allures de berceuse, “50 Gallon Drum” et “Riverbed Part 4″ et leurs obscures profondeurs chères à Boom Bip, et bien d’autres joyaux qui sauront vous séduire

Si ce n’est évidemment pas le cas, “Talkin’ Honky Blues”, par son professionnalisme et son perfectionnisme, pourrait laisser penser que les précédents opus sont nés trop rapidement. Ici, on est en présence d’un grand Buck 65 qui prend de cours une grande partie de la scène néo hip hop et affirme un style bien personnel comme pour mieux justifier son statut de “Tom Waits du hip hop” largement entendu dans la presse. Si on pourrait encore reprocher un flow un peu trop linéaire qui semble définitivement faire son style, ce tout petit reproche est largement compensé par la désormais grande qualité de ses versions. Buck 65 a pris son envol, a presque créé son propre style, et rien ne semble maintenant pouvoir l’arrêter..

Ecoutez un titre sur le nouveau site de Buck 65.

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