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TTC - “Batards Sensibles”

Batards Sensibles[Album]
25/10/2004
(Big Dada / V2/Sony)

Le phénomène hip hop français ne s’est pas calmé depuis la sortie de “Ceci n’Est Pas Un Disque”. Bien au contraire, puisque la clique s’agrandit, collabore (L’Atelier, L’Armée Des 12) et la scène hip hop electro française prend de l’ampleur. Pour TTC, l’histoire ne se fait plus à trois mais à…six. Orgasmic Le Toxicologue aux platines, Tacteel et Para One (Fuckaloop) à la production viennent se joindre à ces sales gamins parisiens. De quoi faire de ce “Bâtards Sensibles” une confirmation presque espérée, et déjà plus ou moins annoncée par le maxi “Dans Le Club”. Sorti il y a déjà quelques mois, il laissait TTC dans ses délires lyriques mais cette fois sur une production electro de haute facture

En effet, du côté de Paris, on a laissé les influences Def Jux au placard et on se plonge dans la vibration BPitch Control. Si Tido Berman (par deux fois) et Tacteel (par trois fois) participent à la production de ce nouvel opus, c’est bien Para One qui apparaît comme le petit génie du moment. Sur dix productions, pour ne pas dire performances, celui qui est également réalisateur de film nous pond de véritables tueries electro (”Du Sang Sur Le Dancefloor”, “Catalogue”, le génialissime “J’ai Pas Sommeil”) aux influences autant rock (”Le Chant Des Hommes”) qu’electro pop (”Bâtards Sensibles”). La preuve, ce disque propose également une galette instrumentale qui s’écoute comme on boit du petit lait. Une façon de considérer ici le Mc comme facultatif

Même si Tido parait encore au dessus du lot, ils ont fait des efforts dirons nous… Si les textes manquent parfois d’un peu de classe et de maturité (”Du Sang Sur Le Dancefloor”, “Rap Jeu”…), on retiendra leur plus grande variété, le peu d’invités (Busdriver et Radioinactive) et les quelques fois ou TTC apparaît comme plus intime (”Ebisu Rendez Vous”, “Le Chant Des Hommes”, “J’ai Pas Sommeil”, “Bâtards Sensibles”). De ce fait, quelques titres plus légers (”Catalogue”, “Girlfriend”) passent comme de bons délires

Ce nouvel album révèle donc vraiment au grand jour l’immense talent de Para One sans qui cet opus n’aurait pas le même impact, au point de laisser les trois de TTC dans la situation indélicate d’un Aldo Maccione perdu dans un Scorcese. “Bâtards Sensibles” est pourtant une réussite mais dégage toujours ce contraste gênant du rappeur insolent, provocateur déballant de grosses conneries tout en se prenant au sérieux. Dommage. Sans cela, TTC serait plus grand…

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Saul Williams - “Saul Williams”

Saul Williams[Album]
21/09/2004
(V2/Sony)

A la fois poète, écrivain, acteur, et musicien, Saul Williams est le fer de lance d’une nouvelle génération d’artistes spoken word. Son premier album “Amethyst Rock Star”, produit par Rick Rubin et élu meilleur album de l’année 2001 par le Times de Londres, nous a fait découvrir un artiste incarnant à lui seul l’engagement d’un Chuck D et le charisme d’un Jimmy Hendrix. N’ayant rien à perdre en risquant, il utilise sans surprise ce disque éponyme comme le plus puissant moyen artistique qu’il est, et ne se gêne surtout pas pour déverser ses rimes engagées et incisives sur le monde politique actuel

Rien d’exceptionnel si ce n’était sans compter sur une grande palette musicale réservant de multiples surprises, puisque Saul, connu pour ses collaborations avec le monde du hip hop, n’hésite jamais ici à aborder le rock, le punk, l’émo ou même le ragga mais jamais, vous vous en doutez, pour finir par sonner comme un autre. Car Saul Williams est atypique et possède assez de talent pour se rapprocher de Paul Robeson, artiste complet communiste radié des archives culturelles américaines dans les années 50, son éternelle influence. C’est un orateur hors paire, un homme au charisme évident et époustouflant, qui, dés ses premiers mots sur scène, éteint littéralement le brouhaha ambiant d’une salle de concert

La même chose se produit sur ce deuxième album, faisant suite à un dernier maxi chez Ninja Tune (”Not In Our Name”), dégueulant sa haine sur la politique de George W Bush. Saul Williams continue sur la lancée du premier album en expérimentant, repoussant encore plus loin les limites de sa fusion et pulvérisant les étiquettes et catégories adorées des journalistes. Si la base reste toujours nettement ancrée dans le hip hop (on appréciera notamment le très bon “Act III Scene 2″ en compagnie de Zach De La Rocha), on a cette fois droit à de véritables morceaux rock (”Telegram”, “List Of Demands”, “Surrender”) qui ne manqueront pas de donner toute leur ampleur sur scène, si on a autant de chance qu’il y a trois ans

Cet album éponyme est donc certes moins accessible que son prédécesseur, et nécessitera une première écoute d’adaptation. Mais, l’effet de surprise passé, et en flirtant seulement avec l’impact de la révélation “Amethyst Rock Star”, Saul Williams reste encore largement au dessus de tout le monde et sert encore d’exemple en matière de créativité. Le genre d’artiste locomotive capable de pousser un art encore plus haut.

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Bloc Party - “Eps”

Eps[Maxi]
01/09/2004
(V2/Chronowax)

Quatre anglais, influencés autant par Talking Heads, David Bowie ou Bjork que Kraftwerk, Radiohead, Sonic Youth ou The Smiths, forment Bloc Party. Annoncé comme la grande révélation rock de l’année prochaine, le groupe nous a pondu en 2004 trois maxis plutôt prometteurs, rendant fondés tous les espoirs placés en ces quatre britons

C’est bien le premier maxi éponyme du groupe qui lança ce buzz et permettra à Bloc Party de mettre, entre autres, le public du festival des Inrockuptibles sur le cul. “Banquet”, le tube incontestable, marque par sa rythmique, ses guitares new wave et son sens de la mélodie entêtante et ce côté rock qu’il peut parfois manquer à The Rapture ou même LCD Sounsystem, autre révélation annoncée. Cependant, si Bloc Party ne démérite pas cette réputation, rares sont les morceaux, utilisant cette même recette, égalant l’efficacité de “Banquet”. On retiendra seulement “The Answer“, “She’s Hearing Voices” et ce remix de “Banquet” plus technoïde que son original et paré à enflammer les dancefloors

Cette remarque vaut pour les galettes suivantes qui, mieux produites, semblent quand même plus homogènes et captivantes. C’est le cas de “Little Thoughts”, titre phare du maxi répondant au même nom, qui n’est pas sans intérêt même si on se serait passé d’un énième remix de “Banquet”. “Helicopter” est le troisième tube de Bloc Party et ouvre le troisième maxi dans une veine définitivement rock qui s’effritera progressivement jusqu’à sa fin et le remix de “Tulips” par Minotaur Shock

Il aura donc fallu très peu de temps à Bloc Party pour convaincre son petit monde qu’il faudra définitivement compter sur lui en 2005. La mayonnaise est plutôt bien montée mais les anglais doivent déjà sentir une certaine pression à l’approche de la sortie de leur premier album le 14 février prochain. En effet, il ne faudrait pas qu’un faux pas les fasse redescendre en bas de l’échelle. Ce serait dommage, car l’énorme potentiel est bel et bien là..

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The Icarus Line - “Penance Soiree”

Penance Soiree[Album]
24/05/2004
(V2/Sony)

Avec “Mono”, leur précédent album, sorti sur leur propre label Buddyhead, qui les a pourtant révélés, The Icarus Line sont passés presque inaperçus. Cela cachait alors l’histoire captivante d’un groupe incarnant le rock n’roll à 100%, capable de virer tout son environnement voire même sa section rythmique à la veille de ce second opus. Approchés par les maisons de disque, ces californiens leur ont balancé une démo conceptuelle, décourageante pour n’importe quelle structure espérant faire profit de leur musique. V2 aura pourtant été le plus persévérant

Tout était donc propice à l’éclosion définitive de The Icarus Line. Même le tempérament ravageur et imprévisible du groupe. Dés la découverte de la pochette de ce “Penance Soiree”, on sait que le rock qu’il contient laissera des traces. Que The Icarus Line soit violent, ingérable, irrévérencieux, voire violent, peu importe. Du moment que sa musique nous scotche quelques neurones en fond de salle. “Penance Soiree” déborde d’énergie, de substances illicites, au point de se révéler parfois brouillon. Et alors? Dans un état d’esprit à la The Bronx, le quatuor d’Hollywood, dans un genre différent, conjugue le rock n’roll à tous les temps. Si quelques titres restent passables, d’autres, à mi chemin entre At The Drive In et le rock des années 70, nous touchent par leur furie et l’intégrité qu’ils transpirent

Loin des tendances, The Icarus Line pourrait bien finir par en être une à lui tout seul. “Penance Soiree” ne fait que le confirmer même si le public qu’il cible est certainement plus restreint qu’il n’y parait. Car ce ne sont pas les accents garage de sa musique qui les feront poser dans des magazines de mode. Si il y a parfois des lignes à ne pas franchir, celle ci cèdera à la tentation d’une délicieuse dangerosité. Brûlant.

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Toots & The Maytals - “True Love”

True Love[Album]
06/04/2004
(V2/Sony)

Une star parmi les stars. C’est une phrase qui pourrait aisément qualifier le nouvel album de Toots. Car si les grandes figures du reggae sont rarement du genre à copiner avec des artistes d’horizons divers, et bien ce génie jamaïcain brise les frontières de la musique et s’offre un pur moment de plaisir avec toute une palette de musiciens reconnus. Les rumeurs laissent donc place à la réalité. “True Love” sonne comme un hommage de toute une entreprise à un de ses meilleurs ouvriers

Si “True Love” ne contient pas de nouveaux titres, le seul intérêt de l’opus réside donc dans les multiples collaborations du bonhomme. Si certaines, bien qu’imparables, ne sont pas forcément des suprises (”Reggae Got Soul” feat Ken Boothe et Marcia Griffiths; “Never Grow Old” feat Terry Hall, U Roy And The Skatalites; “Take a Trip” feat Bunny Wailer…), d’autres font presque figure d’évènements (”Pressure Drop” feat Eric Clapton, “Time Tuff” feat Ryan Adams, “5446″ feat Jeff Beck, “Funky Kingston” feat Bootsy Collins et The Roots, “Love Gonna Walk Out On Me” feat Ben Harper, “Careless Ethipians” feat Keith Richards…)

Même si quelques titres dénotent un peu et donnent une image un tantinet commerciale à ce projet (”Monkey Man” feat No Doubt et “Bam Bam” feat Rahzel & Shaggy), même si cet opus ne restera pas une pièce maîtresse de la discographie de l’artiste, “True Love” reste un bel et vibrant hommage au reggae tout entier et à un de ses plus solides représentants. Dommage simplement que le tout soit un peu surproduit et que le son roots ait été abandonné en route..

Ecoutez un extrait sur le site de l’artiste

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Josh Martinez - “Buck Up Princess”

Buck Up Princess[Album]
01/04/2004
(V2/Chronowax)

Lors de son passage aux Transmusicales de Rennes 2002, le canadien Josh Martinez, après un excellent concert (un des meilleurs) nous donna l’occasion de se jeter sur son nouveau disque. Vendu par ses propres soins, “Buck Up Princess” fût vite ouvert et écouté. Et quel bonheur! 16 titres pour la plupart inconnus au bataillon, mis à part les 4 parus sur le maxi “Rumble Pie” (”Rip Rap… A Rap Song”, “Nightmares”, “Deep End” et “Women Loving Women”). Et c’est seulement aujourd’hui qu’il sort en France par le biais de V2

16 moins 4, voici 12 nouveaux ovnis à savourer à toutes heures. Toujours entouré d’une armada de producteurs de choc tels Moves, Maker, J.E.L, WSP, Sichuan, Logic et Wes Bonifay, Josh paraît s’être encore bonifié avec le temps! De plus en plus, les incursions chantées font de ce rappeur une perle unique, sachant appliquer sa recette rap hardcore aux meilleurs moments

Ce nouvel album s’avère être un condensé d’émotions, nous passons d’univers pleins de tensions à d’autres plus détendus, révélant la diversité de goûts de l’artiste ainsi que ses inspirations musicales pour le moins variées (toute la musique reggae, pop, rock)… Bien loin des stéréotypes, Josh Martinez nous porte sur un plateau un disque qui risque fort de devenir une référence dans sa carrière, tant son niveau semble être arrivé à un point que peu de rappeurs underground ont encore atteint

Je retiens particulièrement les morceaux suivants : “Hard Fall” accompagné d’un arpège de guitare happy et d’une syncope d’harmonica; “Another Day” hip-hop aux réminiscences rock-indé avec son beat lointain et sa nappe de cuivres, cordes et autres percus aux ambiances deep hip-hop; “One More Coffee”, hip-hop drum and bass saupoudré d’un sample mafiosi-darkos; “Blaze Of Grey” et “Rainy Day”, dignes d’une production de Sole (superbement tristes); “Women Loving Women” avec Awol One, le plus hip-hop “classique” de tout cet album. Ce choix, évidemment difficile, est une question de goûts personnels, le mieux étant de se faire son avis soi-même, d’autant que cet opus est indispensable dans sa totalité

Parlons aussi des invités (Bolts et Sarcasm, Mc Enroe, Inkops, et Awolone) qui apportent tous leur touche personnelle au monde si particulier de J.M, s’immiscent parfaitement dans l’univers partagé entre bonheur et tristesse de leur hôte. Il est vrai que nous sommes toujours tenté de penser aux précédentes productions d’Anticon à l’écoute de ce “Buck Up Princess”, bien que l’artiste signe ici un album qui ne ressemble à aucun autre

Il est donc fort conseillé de se procurer cette nouvelle perle forte en émotions, en nouveautées et en surprises. Un disque qui tombe encore à pic ! Big Up Josh ! A quand la suite???

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The Bronx - “s/t 43″

s/t[Album]
27/01/2004
(V2/Chronowax)

Si The Bronx n’a donné son premier concert que fin 2002, il ne lui aura fallu que très peu de temps pour créer un énorme buzz dans la scène rock indépendante et devenir un des chouchous de la presse spécialisée et des maisons de disque. Faisant parler d’eux également avec une attitude plus qu’en phase avec leur musique, ces californiens transpirent le punk rock et le prouve avec les onze titres de cet album ravageur, ne laissant que très peu de répit à des oreilles non averties. Pour faire simple, prenez l’état d’esprit de Rancid, le côté sans concession des Distillers et mixez le tout avec la furie et l’intensité d’un Refused. Là, tout de suite, on comprend mieux… Partageant la scène avec des combos tels que Rocket From The Crypt, Turbonegro, ou The Explosion, vous comprendrez également aisément que The Bronx ne cible pas les djeunes à roulettes ou les évènements sponsorisés par des marques de pompes mais bien les amateurs de violents décoiffages. Les californiens ne lâchent rien, vont jusqu’à oser la spontanéité, puisque ce premier opus a été enregistré en prise directe par Gilby Clarke (Guns n’Roses), ceci expliquant les quelques, voire très peu nombreux, petits pains par ci par là. Les amoureux de musique à l’état brut et de rock n’ roll pur et dur ne regretteront pas de s’être arrêtés sur leur cas. On aura prévenu les têtus..

Ecoutez un extrait sur le site du groupe

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