Talib Kweli

Talib Kweli

(USA)

(23 articles)

Talib Kweli - “Eardrum”

Eardrum[Album]
20/08/2007
(Warner/Wea)

Dans le paysage hip hop américain, Talib Kweli est certainement l’un des MCs aussi adulés que controversés. Adulé car tout le monde a encore en tête la belle épopée de Blackstar en compagnie de Mos Def et de Reflection Eternal avec Hi Tek, controversé car il est aussi sûrement un de ceux ayant le plus rapidement évolué vers les sphères d’un hip hop classique qualitativement encore au-dessus du lot, mais voué à toucher un public de plus en plus important. Avec les conséquences qui vont avec ce genre de démarche. Du coup, “The Beautiful Struggle” et “Quality“, ses deux précédents opus, ne resteront pas forcément dans les annales du genre. Et, à vrai dire, ce ne sont pas les louanges affichées par 50 Cent ou JayZ à son égard qui risquent de changer cette estime que l’on a pour lui. Pourtant, difficile de lui adresser des reproches, notamment s’il est question de son flow ou de ses lyrics. Sur ces deux points, Talib Kweli reste encore parmi les plus intéressants du hip hop contemporain. Non, c’est plutôt dans son entourage musical que le bât blesse. D’où cette éternelle frustration une fois l’écoute achevée, cet arrière-goût de gâchis, comme si le new yorkais venait encore une fois de passer à côté d’une occasion qui lui aurait permis de se mettre définitivement en valeur

Mais, finalement, on y croit encore et toujours, et on aborde “Eardrum”, à la fois avec curiosité et méfiance. Ici, Kweli annonce qu’il a clairement voulu conserver le côté intellectuel de ses paroles, mais qu’il a voulu le marier à une musique plus dansante que sur ses précédents disques. Ok, pourquoi pas, mais vous m’expliquerez seulement comment votre corps réagira à la platitude et la monotonie de titres comme “Eat To Live”, “In The Mood (feat Kanye West et Roy Ayers)”, “Give ‘Em Hell”, ou “More Or Less” produit par HiTek. L’intention s’avère en revanche plus efficace sur “Say Something (feat Jean Grae)”, “Holy Moly”, ou “Country Cousins (feat UGK et Raheem DeVaughn)” malgré une couleur nu soul devenant malheureusement trop souvent un automatisme du genre (cf, entre autres “Oh My Stars” particulièrement gâché ainsi). Pas de quoi s’enthousiasmer pour autant

Il faudra alors mettre de côté les bonnes intentions du bonhomme et tenter de retrouver, ici ou là, quelques éclairs de génie, quelques belles réminiscences d’un passé finalement pas si révolu. C’est en tout cas ce que laissent penser les premiers titres de ce “Eardrum”, notamment ce “Everything Man” d’ouverture produit par un Madlib délicieusement soul, exactement ce qu’il faut à Talib Kweli pour se montrer sous son meilleur jour. “NY Weather Report”, bien qu’un ton en dessous, reste dans une même veine, tout comme “Hostile Gospel” (produit par Just Blaze) relevé par un beat plus agressif et quelques choeurs de bonne facture, et “Soon The New Day (feat Norah Jones)” ou la couleur soul presque trop sucrée fait pour une fois son effet

“Eardrum” ne fait donc pas exception même s’il laisse entrevoir un Talib Kweli un peu mieux dans ses baskets. Encore une fois, le Mc de Brooklyn délivre un album sauvé par quelques titres clairement réussis, certes plus nombreux qu’à l’accoutumée. Il n’empêche qu’il souligne un triste et redondant constat dans le hip hop: cette tendance à préférer l’impact d’une poignée de titres forts à défaut de jouer l’homogénéité. Pas de quoi inciter les fans à se ruer sur cette nouvelle livraison. Mais “Eardrum”, comme les précédents, nous laisse toujours espérer. Pour combien de temps

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Talib Kweli / Madlib - “Liberation”

Liberation[Album]
03/01/2007
(Stones Throw/Téléchargement temporaire)

Une rencontre au sommet. Celle d’un des plus fameux producteurs du moment, Madlib (déjà auteur de “Jaylib” avec JDilla et de “Madvillain” avec Mf Doom), avec un des plus grands Mc-lyricist, Talib Kweli. À noter que c’est en dehors de toute volonté commerciale que se sont associés ces deux artistes, puisque cet album était proposé en téléchargement gratuit au début de l’année. Le titre “Liberation” n’est d’ailleurs pas innocent, puisqu’il met en avant la volonté de produire un disque en dehors de toutes contraintes, dans un but artistique uniquement

Cet esprit de “liberté” est tout de suite à l’oeuvre puisque le premier titre est un freestyle de deux minutes de Kweli sur une instru classique, servant plus à chauffer l’ambiance. On entrevoit seulement le vrai concept à partir de “Funny Money” où, sur une instru hypnotique de pur jus madlibien, T.K lance une diatribe contre les promoteurs, labels et autres acteurs peu scrupuleux du monde du HipHop. “Time Is Right” est un autre freestyle, au travers d’un talkie-walkie, sur une production d’influence Rza-Wu-Tang, efficace et tranchante. Petit ratage sur cet opus: le titre “Over The Counter” où l’on voit ce qui arrive quand Madlib essaye de faire un “Bounce Track”, un titre contre-nature dont arrive à difficilement s’extirper Kweli. Heureusement, suit directement le puissant “The Function” featuring Strong Arm Steady, puis le fabuleux “Happy Home”, featuring Candice Anderson, où notre Mc parle avec respect et amour de sa famille et notamment de ses grands-parents, pour un hommage émouvant à ses racines et sa culture. Toute la fin de cet opus s’enchaîne bien avec “Soul Music”, léger et doux, sorte d’aparté expérimental, avant de finir avec la petite bombe “What Can I Do”, morceau dans l’esprit “Reflection Eternal” mais avec la patte peut-être plus jazzy de Madlib

On ne peut d’ailleurs pas comparer l’impact de cet opus avec celui du “Reflection Eternal” de Kweli et Hi-Tek. Tout d’abord parce que “Liberation” est bien plus court, et ressemble plus à une succession de maxis qu’à un véritable projet, pensé et mis en oeuvre de longue date. Néanmoins, il met en avant la facilité de ces deux artistes à produire un HipHop de très grande qualité, même si on retiendra seulement certains titres plutôt que sa globalité. Mais pensons à tous ces groupes actuels, incapables de sortir un titre comparable, qui doivent être écoeurés par l’écart flagrant qui existe entre deux mondes: celui de l’entertainment et celui de l’art. Car ce “Libération” n’en demeure pas moins une belle oeuvre

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Talib Kweli - “The Beautiful Struggle”

The Beautiful Struggle[Album]
28/09/2004
(Geffen/Universal)

Que ceux qui ont eu La révélation en découvrant “BlackStar”, qui ont écouté en boucle “Reflection Eternal”, qui ont trouvé un certain charme à “Quality”, son premier album solo, soient avertis: “Beautiful Struggle”, le second opus du MC de Brooklyn, Talib Kweli, peut laisser dubitatif

Comme il n’a jamais été dans nos habitudes de pratiquer la “critique assassine”, séparons le fond de la forme et soyons modérés. Pour ceux qui ne connaissent pas encore “L’étudiant de la vérité” (la signification de Talib Kweli en arabe) sachez que sa force vient de la justesse de ses propos, de la sincérité de ses thèmes, du refus constant de tomber dans la facilité de la “gangsta attitude”. Talib Kweli pense et pousse à la réflexion. Très attentif aux questions sociales, défenseur invétéré des thèses du pasteur Martin Luther King, il ne manque pas à son devoir dans ce nouvel album. Pour exemple, la condition de la femme noire, qui est plus souvent reléguée au bord de la piscine en bikini dans cette culture, est ici envisagée sous l’angle des difficultés qu’elles peuvent connaître à s’imposer dans nos sociétés modernes (”Black Girl Pain”). Mais même cette caractéristique est, dans cet album, atténuée. Chacune de ses apparitions étaient auparavant un moyen d’envisager des problèmes selon un point de vue éclairé, ici c’est relativement limité

Selon ses propres dires, il aurait cherché à privilégier l’aspect musical pour sa seconde sortie en solo. Et là, c’est une affaire de goût. Pour tenter de rester le plus objectif possible (ambition insensée puisqu’il s’agit d’une affaire de goût) disons que les amateurs de Kayne West, et des productions à “gros budget - petite personnalité” en auront pour leur argent. Ne cessant d’entrecouper ses sons par des refrains à l’eau de rose chantés par des “black divas” plus ou moins talentueuses, Talib Kweli présente un album plus qu’inégal, avec notamment des reprises de Sting ou de Beatles qui pourront vous laisser songeur ou désespéré, selon votre force de caractère. Certains titres valent quand même la peine d’être écoutés, comme, par exemple, le “Back Up Off Me” produit par Hi-Tek, ou “Ghetto Show” en featuring avec Common et Anthony Hamilton

En conclusion, faisons preuve d’un jugement nuancé. En soit, cet album n’est pas mauvais, mais de la part d’un artiste qui nous avait tant habitué a la qualité, il risque de décevoir.

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Talib Kweli - “Quality”

Quality[Album]
19/11/2002
(Rawkus/Universal)

Alors que son compère de toujours Mos Def se fait sérieusement attendre, Talib Kweli ne chôme pas et s’est attelé à ce successeur du récent Reflection Eternal. Rawkus ne semblant pas dans une bonne voie, nous étions inquiets sur le rendu de cette nouvelle production ne sachant même pas si elle allait voir le jour. Intitulé “Quality”, l’artiste semble sûr de son coup..

Tout commence comme lors de son précédent opus sur une intro “mandelienne” ou Dave Chappelle récite les droits civiques sur un air des plus solennels. Ce “Quality” débute donc vraiment sur un très bon “Rush” sur lequel apparaît XZibit dans une version très rock, appuyée par des guitares électriques et un beat bien appuyé, ou le flow de Talib Kweli, reconnaissable entre mille, nous remémore les bons moments passés à l’écouter. “Get By” offre une version plus musicale ou le chant se fait plus soul comme souvent sur ce nouveau long format, “Shock Body” propose une version faisant irrémédiablement penser aux ambiances de super héros et “Gun Music” bénéficie de la contribution de Cocoa Brovaz. Bilal amène ensuite ses sonorités soul sur “Waitin’ For The Dj” (comme sur “Talk To You”) à la version pourtant tranchante sur laquelle Talib Kweli laisse éclater tout son talent de Mc. Vient alors le moment tant attendu puisque “Joy” réunit les deux membres de Blackstar. Ces deux flows très personnels se complètent toujours à merveille et promettent encore de belles sonorités puisqu’on parle toujours d’un deuxième album du duo. On reste dans le qualitatif avec “Guerrilla Monsoon Rap” ou Kweli est accompagné de Black Thought (The Roots) et Pharoahe Monch sur une version prenante et lancinante sur laquelle les trois Mcs s’allient à merveille. “Put It In The Air” auquel contribue Dj Quick est sûrement un des tubes de cet album puisque sa version transpire la bonne humeur même si les intrusions de claviers peuvent parfois paraître lourdes à l’écoute. Nous passerons ensuite rapidement sur la fin de ce “Quality” ou seuls “Where Do We Go” et “Stand To The Side” semblent sortir du lot grâce à des versions différentes du reste et des ambiances contribuant énormément à la qualité des morceaux

Au final, un album qu’il est évidemment très agréable d’écouter. La qualité des versions et les invités de marque aidant, ce “Quality” reste une belle représentation du hip hop d’aujourd’hui même s’il n’arrive pas au niveau des productions précédentes de l’artiste. Talib Kweli faisant désormais partie des Mcs accomplis, il nous propose une quinzaine de morceaux auxquels on s’attendait. Et cela, c’est un peu dommage pour un artiste de cette trempe..

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