(3 articles)

The Rubiks - “Universal Satisfaction”

rub180Album
(Sk Records / Rejuvenation / Boom Boom / R’n'R Masturbation)
10/2009
Tambouille indie rock

Digne descendance de ce que j’appellerais, avec beaucoup de respect, le sous sol de l’underground français, The Rubiks adoptent finalement toute l’attitude et l’approche des groupes à qui ils empruntent les musiciens. Car derrière ce nom, qui avait seulement émergé en 2003 lors d’une première démo et quelques concerts donnés depuis, se cachent quelques éminents représentants d’une scène française toujours prête à bouffer des kilomètres et aller voir si la météo des autres n’est pas plus agréable que la nôtre. Lire la suite…

Doppler - “Songs To Defy”

Songs To Defy[Album]
18/09/2008
(SK Records/Abeille Musique)

Lyon aime le bruit, et le fait une nouvelle fois savoir en envoyant Doppler, son missionnaire du moment qui, avec son nouvel album “Songs To Defy”, va lui aussi pousser toutes les aiguilles dans le rouge. “Ça va saturer… Il faut que ça gueule…”: pas pour rien que ces premiers mots sonnent comme un avertissement avant que se déverse sur nous ce flux électrique, tendu et dissonant que la scène rock de la Capitale des Gaules cultive et entretient depuis de nombreuses années, plus précisément depuis que les Condense, Deity Guns, et Bastard ont su prouver à quel point le bruit pouvait être jouissif. À l’instar des Bananas At The Audience, Ned, et Kabu Ki Buddah, Doppler est de cette génération de dignes héritiers qui permet au patrimoine musical de la ville de traverser les modes et les âges, sans jamais être remis en cause. “Songs To Defy” fait un nouveau pas dans ce sens, enchaîne les moments d’ultime tension, multiplie les rythmiques, fait crier la guitare, martyrise la basse, matraque les peaux, irrite les cordes vocales, fait ressortir les veines, serre les dents, les fesses aussi, glisse quelques riffs mélodiques et brèves accalmies pour détendre un peu l’atmosphère et repartir de plus belle au royaume des décibels. Et comme les meilleures références en termes de noise, il parvient à emmener l’auditeur vers un état de transe où finalement, au sein de cette cacophonie parfois assourdissante mais le plus souvent impeccablement maîtrisée, tout s’éclaircie, devient distinct, et mieux encore, suscite l’émotion: la preuve irréfutable que Doppler est passé maître en la matière. Vérification faite tout au long de ces sept titres où chaos et frénésie se côtoient dans un écrin souvent hypnotique, toujours envoûtant. Comme ses camarades, le groupe est synonyme de surchauffe et d’hypertension. Tout ce qui fait qu’à Lyon, on continue de rugir de plaisir

Ecoutez un extrait ici.

Bananas At The Audience - “Into The House Of Slumber”

Into The House Of Slumber[Album]
01/11/2006
(SK Records/Autoproduit)

Les bonnes choses se font toujours attendre, Bananas At The Audience en est une parmi tant d’autres. Car à chacun de leur disque, qu’ils mettent généralement trois ans à livrer, les lyonnais avancent et confirment systématiquement leur maîtrise d’un rock qui ne connaît pas la facilité. Digne descendant d’At The Drive In, mais pas seulement (l’héritage lyonnais étant indéniable, Condense en tête), le combo fait à chaque album un pas en avant vers une personnalité de plus en plus marquée et atypique. “Into The House Of Slumber” ne sera donc pas un virage radical dans la discographie de Bananas At The Audience, mais la continuité d’une courbe bien maîtrisée, qui fait cette fois étape au sein du jeune label SK Records sortant le groupe d’une totale autoproduction. Juste récompense quand on sait à quel point il ne rechigne jamais à faire trembler les murs de la moindre bourgade désirant l’accueillir. De la borne, BATA en bouffe, comme de la corde et de la peau de fûts. Et ce nouvel album, emboîté au studio Black Box par Peter Deimel, généreux et hors des sentiers battus, laisse penser que cela ne risque pas de changer

Car une fois passé ce “Deep Down” introductif, on entre de plain-pied dans la marque de fabrique du groupe avec un “Trapped” époustouflant et tout en relief, trait d’union entre ce disque et son prédécesseur: une entame tubesque nous emmenant progressivement dans une ambiance torturée où les riffs sont cinglants, les rythmiques acérées, et le chant bien décidé. Cette terrible piqûre de rappel passée, les instruments aussi vite réparés qu’ils ont été détruits, Bananas At The Audience adresse un énième clin d’oeil à At The Drive In (”H.R. Project”, comme le final “In The Dark, The Darkness”) avant de s’aventurer sur des chemins beaucoup plus tordus qu’à l’accoutumée (l’instrumental, noisy, sombre et répétitif “Liars & Fakers”). Comme si les lyonnais étaient fermement décidés à se sortir d’un registre auquel ils étaient fidèles depuis deux albums. Les mélodies sont alors moins évidentes (”Not Physically…”), les rythmiques plus complexes (”122 Days”, “Naked”), mais les morceaux n’en restent pas moins mémorables (le sauvage, varié et jouissif “Into The House Of Slumber” ou les différents plans s’imbriquent à merveille)

Pas de déception donc, si ce n’est un tracklisting un peu trop court. Mais malgré sept véritables morceaux, et comme à chacune des apparitions de Bananas At The Audience, on prend notre claque et on ne peut s’empêcher de s’interroger sur une des plus grandes injustices de l’actuelle scène rock underground hexagonale. Car malgré un talent incontestable, le groupe lyonnais, avec pourtant une décennie au compteur, reste incroyablement méconnus dans ses propres contrées. Il est encore temps que cela change. Pour ça, ruez vous sur ce disque..

En écouteTrappedNakedAlbum disponible sur le site de SK Records

Ned - “Rien, Merci”

Rien, Merci[Album]
08/12/2005
(Sk Records/Autoproduit)

Quoi d’autre que la foi et la passion peut avoir poussé Ned à proposer généreusement son rock déjanté depuis maintenant huit ans? Car ce ne sont pas ses quelques splits, ni son premier album, et encore moins ses nombreuses visites à l’étranger qui lui auront permis de se faire un nom sur notre beau territoire, si doué pour fermer les yeux sur son propre capital artistique lorsque celui-ci ne répond pas aux quotas et formatages en règle. Mais, tout pousse à croire que Ned s’en contre fout, et continue sa route le sourire au coin des lèvres en s’estimant préservé. “Rien, Merci” est donc sûrement le titre de ce nouvel album, tout sauf commercial, qui pouvait le mieux lui aller. Enregistrés à Zagreb, ces onze titres n’ont effectivement rien à voir avec les souhaits des maisons de disque. Sûrement parce que 99% de la population ne sait même pas que ce genre de rock peut exister. Ici, l’énergie, la mélodie, la déstructuration, la cacophonie, la déglingue, la maîtrise et la bidouille se sont données rendez vous, histoire de rendre complètement cardiaque l’auditeur habitué aux chemins musicaux bien établis. Oui, celui-ci pourrait bien succomber aux excellents “44 Percent”, “Il Vaccino”, “Voices In The Sink”, et “Brutal Bikini”, quelques échantillons les plus accessibles de cette recette à chaque fois imprévisible, ou nous envahit cette sensation de marcher un pied sur la terre ferme l’autre sur un fil, avec le précipice qui nous guette. En gros, Condense, Mc Lusky, Fugazi et Shellac sont dans un bateau, le mélomane tombe à l’eau, et Ned fait résonner son rire sadique, bien heureux de sa mission accomplie..

En écouteLe Morceau Du Chat44 Percent