(USA/New York)
Musicien, acteur, poète, Saul Williams est quasiment la Culture incarnée à lui tout seul. Après son apparition dans Slam qui l’a fait découvrir au grand public, le voici qui débarque dans le monde de la musique avec une orientation incomparable, personnelle, novatrice qui rallie les amateurs de rock et de hip hop.
Album
(Columbia)
18/04/2011
Éruption pop
Bien qu’il déborde de talent au cinéma comme en musique, Saul Williams refuse d’être une star. Pire, il rend sa tâche toujours plus difficile: d’abord, par on ne sait quelle idée saugrenue, en incarnant la frange la plus intelligente du hip hop à l’époque de son premier album “Amethyst Rockstar“. Ensuite, en n’écoutant que ses désirs de liberté qui, sur le fond comme sur la forme, finissent de faire de lui un personnage complexe et imprévisible.

Quelques mois après avoir lâché dans la nature un premier single intitulé “Explain My Heart”, Saul Williams dévoile encore un peu plus le contenu de “Volcanic Sunlight”, son prochain album à sortir très prochainement. Cette fois, c’est “Dance” qui vient y ajouter sa dose de fraîcheur

Silencieux depuis 2007 et la sortie digitale expérimentale de “The Inevitable Rise Of Niggy Stardust“, Saul Williams revient enfin nous abreuver de nouvelles compositions. Certainement dans le but de nous mettre l’eau à la bouche, il propose le téléchargement du single “Explain My Heart”
[Album]
01/11/2007
(Fader/Digital)
Saul Williams n’a jamais caché son admiration pour Radiohead, ce ne fut donc qu’une semi-surprise de le voir emboîter immédiatement le pas au groupe d’Oxford en proposant lui aussi son nouvel album directement sur Internet, sans s’encombrer des intermédiaires de l’industrie du disque. Mais là où Thom Yorke et sa bande laissaient entière liberté aux acheteurs quant à la valeur marchande de leur musique, Saul Williams a amélioré le concept. L’acquéreur peut ici se délester de cinq dollars (environ 3,50 € en ce moment, autant dire une misère…) pour obtenir l’album au niveau de compression de son choix (y compris la qualité CD sans aucune perte sonore), ou télécharger le disque gratuitement à 192 kbps (ce qui est, au passage, déjà de meilleure qualité que l’unique format que proposait Radiohead). A l’heure où le monde est en train d’oublier que le spectre sonore fait partie intégrante de la création musicale, il est important de souligner et d’encourager cette démarche
Si Saul Williams a toujours bénéficié d’un statut d’artiste un peu culte, les ventes de ses deux précédents albums n’ont pourtant pas dû dépasser le stade du confidentiel. Elles sont de toutes façons à des années lumière des chiffres colossaux de Radiohead. D’aucuns se sont donc (à juste titre) interrogés sur la pertinence commerciale de cette nouvelle stratégie… Reste que Saul Williams touche probablement autant (si ce n’est davantage) sur ces 3,50 € que sur les 15 ou 20 qu’on doit habituellement débourser chez un disquaire. L’expérience méritait donc sans doute d’être tentée, au moins du point de vue de l’artiste et du consommateur, même si je suis bien le premier à regretter l’absence d’un objet physique (on risque de se brosser pour le trouver en vinyl celui-ci…)
Découvert par le grand public à la fin des 90’s sur la double compilation “Lyricist’s Lounge Vol.1″ puis dans le film “Slam”, Saul Williams aurait tout à fait pu se contenter de faire carrière en jouant le rôle du rappeur intelligent dans lequel la presse et ses fans l’auraient volontiers cantonné. Il lui aurait suffi de marchander ses featurings auprès d’artistes en mal de crédibilité pour pouvoir ensuite s’offrir des instrumentaux de producteurs en vue dans le milieu hip hop. On en connaît qui continuent de vivre de cette petite combine… Mais Saul Williams fait partie de cette minorité d’artistes qui a fait le choix de la liberté, quitte à désarçonner les fans de la première heure. Ce troisième album risque donc encore de bousculer les certitudes
Après avoir ouvert pour plusieurs concerts des indus-metalleux de Nine Inch Nails, Saul Williams et Trent Reznor (le leader de NIN) se sont trouvés une passion commune pour les productions post-apocalyptiques du Bomb Squad sur les premiers Public Enemy. De fil en aiguille, Saul Williams a atterri l’an dernier sur le remix d’un titre du dernier album de Nine Inch Nails. L’alchimie artistique entre les deux hommes était telle qu’elle les a conduits à poursuivre leur collaboration sur le nouvel opus du poète noir. Chacun a alors harangué ses troupes habituelles… Reznor a fait appel à ses vieux complices Alan Moulder (qui a enregistré le gotha du rock, de The Jesus And Mary Chain aux Smashing Pumpkins, en passant par The Cure ou A Perfect Circle) et le moins connu Atticus Ross (qui a quand même bossé avec Korn, The Dillinger Escape Plan ou The Transplants…), tandis que Saul est retourné débaucher Thavius Beck (moitié de Labwaste, déjà présent sur le précédent album de Williams, et sur ledit remix de NIN) et CX Kidtronik (collaborateur occasionnel de Airborn Audio, qui accompagnait Saul Williams aux machines sur scène lors de sa dernière tournée). L’équipe ainsi au complet a pu s’enrichir des différentes expériences de chacun de ses membres, s’affranchissant autant du politiquement correct que de la bénédiction des élites, comme en témoigne cette surprenante reprise de “Sunday Bloody Sunday” (pourtant déjà samplée en son temps par Dj Shadow) qui risque de faire grincer quelques dents chez les puristes de l’underground..
Vous l’aurez compris, “The Inevitable Rise And Liberation Of Niggy Tardust!”, malgré le clin d’oeil évident à l’un des chefs d’oeuvre de Bowie, demeure un disque très personnel, qui divisera sans doute les opinions mais qui prouve à nouveau l’intégrité de son auteur
Il suffit de survoler les premières secondes de chaque morceau pour reconnaître la patte de Reznor à la production. Ces batteries saturées et ces guitares trafiquées ne sauraient mentir. Cette première impression nous laisse même penser que ce disque séduira plus facilement les fans de NIN que ceux de Saul Williams (cf. “WTF!” qu’on aurait tout à fait pu trouver sur un disque de Reznor)..
Le disque est divisé en deux parties assez distinctes. La première moitié rassemble les titres les plus agressifs, les plus rock, du répertoire de Williams, et devrait ravir ceux qui s’écoutent les premiers Dälek ou le “The Brotherhood Of The Bomb” de Techno Animal en boucle. La production de Reznor habille idéalement ce hip hop parfois industriel et bruitiste (”Convict Colony”, “Break”, “Niggy Tardust”…), parfois tribal et futuriste comme si The Last Poets revenaient le jour de l’Apocalypse (”Black History Month”, “Tr(n)igger” (et ses samples de Public Enemy), “DNA”…)
La seconde moitié du disque est plus posée, plus chantée aussi. Malheureusement, Saul Williams ne maîtrise pas encore le chant aussi habilement que la scansion des rimes. Du coup, certains titres apparaissent parfois un peu flottants. “Skin Of A Drum” illustre tout à fait ce déséquilibre: le morceau est absolument phénoménal sur les couplets mais retombe sur les refrains trop mielleux pour tenir la comparaison. Idem sur le mitigé “Banged And Blown Through”. Sans être désagréable, le minimaliste “Raw” est un poil anecdotique pour qui ne maîtrise pas les subtilités poétiques de la langue anglaise (d’autant que le texte de ce morceau n’est pas retranscit dans le pdf de l’artwork). Le Saul pleureur s’en sort quand même plutôt bien sur la jolie ballade “No One Ever Does” et revient aux choses sérieuses sur la fin de l’album avec les très bons “Raised To Be Lowered” et “Ritual”, plus proches des délires du début du disque. Il faut aussi mentionner l’étonnant reggae bancal de “Scared Money” qui choque un peu à la première écoute mais qui finit vite par se révéler irremplaçable
Comme son presque homonyme glam-rock, “The Inevitable Rise And Liberation…” est un concept-album dans lequel Saul Williams laisse entendre, au travers du personnage de Niggy Tardust, que le peuple afro-américain ne s’émancipera pleinement que lorsqu’il aura réglé ses propres démons intérieurs et passé outre ses préjugés personnels. Une prise de position peu commune dans le monde du hip hop (mais que partage déjà d’autres fines plumes comme Napoleon Maddox de Iswhat?!). On vous engage donc vivement à aller lire les textes toujours aussi bien ciselés sur le sublime artwork du disque (même s’il aurait autrement plus défoncé sur une pochette de vinyl que sur un pdf, mais je me fais du mal…)
Trois albums en presque dix ans, Saul Williams est davantage un artisan qu’un travailleur à la chaîne. Et si ce nouveau disque ne plaira assurément pas à tout le monde, son indépendance artistique devrait néanmoins lui assurer le respect du plus grand nombre. A ce prix-là, on aimerait se persuader que le public récompensera au moins cette démarche courageuse et originale. Ou alors il ne faudra pas pleurnicher quand les derniers résistants jetteront les armes à l’avenir..
Ecoutez un extrait iciAlbum disponible sur le site de l’artiste
[Album]
21/09/2004
(V2/Sony)
A la fois poète, écrivain, acteur, et musicien, Saul Williams est le fer de lance d’une nouvelle génération d’artistes spoken word. Son premier album “Amethyst Rock Star”, produit par Rick Rubin et élu meilleur album de l’année 2001 par le Times de Londres, nous a fait découvrir un artiste incarnant à lui seul l’engagement d’un Chuck D et le charisme d’un Jimmy Hendrix. N’ayant rien à perdre en risquant, il utilise sans surprise ce disque éponyme comme le plus puissant moyen artistique qu’il est, et ne se gêne surtout pas pour déverser ses rimes engagées et incisives sur le monde politique actuel
Rien d’exceptionnel si ce n’était sans compter sur une grande palette musicale réservant de multiples surprises, puisque Saul, connu pour ses collaborations avec le monde du hip hop, n’hésite jamais ici à aborder le rock, le punk, l’émo ou même le ragga mais jamais, vous vous en doutez, pour finir par sonner comme un autre. Car Saul Williams est atypique et possède assez de talent pour se rapprocher de Paul Robeson, artiste complet communiste radié des archives culturelles américaines dans les années 50, son éternelle influence. C’est un orateur hors paire, un homme au charisme évident et époustouflant, qui, dés ses premiers mots sur scène, éteint littéralement le brouhaha ambiant d’une salle de concert
La même chose se produit sur ce deuxième album, faisant suite à un dernier maxi chez Ninja Tune (”Not In Our Name”), dégueulant sa haine sur la politique de George W Bush. Saul Williams continue sur la lancée du premier album en expérimentant, repoussant encore plus loin les limites de sa fusion et pulvérisant les étiquettes et catégories adorées des journalistes. Si la base reste toujours nettement ancrée dans le hip hop (on appréciera notamment le très bon “Act III Scene 2″ en compagnie de Zach De La Rocha), on a cette fois droit à de véritables morceaux rock (”Telegram”, “List Of Demands”, “Surrender”) qui ne manqueront pas de donner toute leur ampleur sur scène, si on a autant de chance qu’il y a trois ans
Cet album éponyme est donc certes moins accessible que son prédécesseur, et nécessitera une première écoute d’adaptation. Mais, l’effet de surprise passé, et en flirtant seulement avec l’impact de la révélation “Amethyst Rock Star”, Saul Williams reste encore largement au dessus de tout le monde et sert encore d’exemple en matière de créativité. Le genre d’artiste locomotive capable de pousser un art encore plus haut.
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[Album]
01/01/2001
(Columbia/Sony)
On avait hâte d’entendre le premier album de l’acteur et co-scénariste du film Slam, qui aura marqué les amateurs d’improvisation et de poésie. Après ses diverses participations à des compilations et albums en tous genres, on s’attendait à une grande ouverture musicale et c’est bien le cas.
Loin de rester enfermé dans un genre, Saul Williams surfe sur les styles, innove constamment sans jamais perdre le fil de son génie lyrical. Car il s’agit encore une fois de poésie déclamée ici et on regrette le peu de temps passé à réviser son anglais dans le passé. On rêve d’être bilingue pour ne rien perdre de ses propos, tant la conscience et l’intelligence se dégagent de ses mots. Le support musical est diversifié, on passe d’un morceau rock (parfois proche de Lenny Kravitz) à un morceau drum n’bass (comme il avait pu le faire avec Krush) par le biais du hip hop (sa principale influence et toujours présent quel que soit les ambiances), les instruments sont à l’honneur sur l’album comme sur scène (batterie, basse, guitare, violon, violoncelle, clavier).
Bref, tant d’originalité et de virtuosité au service de cet art en perpetuelle mutation valait plus qu’un coup de chapeau. Saul a gagné le respect éternel, son genie a rallié les genres. Tant d’artistes, de Gill Scott Heron à Mos Def en passant par Erykah Badu, avouent leur grande reconnaissance envers cet artiste qui mérite bien tout l’intérêt porté sur lui ces dernier temps. Une star!
Ecoutez un extrait sur le site de l’artiste
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Musicien, acteur, poète, Saul Williams est quasiment la Culture incarnée à lui tout seul. Après son apparition dans Slam qui l’a fait découvrir au grand public, le voici qui débarque avec un premier album incomparable, personnel, novateur qui rallie les amateurs de rock et de hip hop. Signé chez Sony, après quelques maxis sur le label Ozone, Saul était de passage à Nantes après son passage révélation aux Transmusicales de Rennes. Voici en quelques mots une de nos plus mémorables rencontres. Entrevue avec le messie…