(57 articles)

P.O.S - “Audition”

Audition[Album]
31/01/2006
(Rhymesayers/Import)

Il n’est jamais trop tard pour revenir sur un bon album. “Audition”, deuxième album de POS après un “Ipecac Neat” sans prétention, méritait en effet qu’on revienne sur son géniteur, un Mc plutôt atypique au sein de la scène hip hop indépendante d’outre Atlantique. Car cet Américain est un vrai punk qui, après avoir officié dans Cadillac Blindside, s’est progressivement tourné vers le rap, grâce à des groupes comme Company Flow, du fait que la scène rock ne l’ait pas forcément toujours accueilli les bras ouverts du fait de sa couleur de peau. Mais POS a cela dans le sang, persévère au sein de Building Better Bombs, et ne se sert ni de sa carrière parallèle, ni de la crête qu’il arborait adolescent comme d’un élément marketing. Non, ce mec n’est surtout pas un artiste cross over, plutôt un vrai multi instrumentiste aux influences allant de Minor Threat à Dr Dre

Son côté punk, on le retrouve sur ce “Audition” à travers une vraie sincérité, une colère sous-jacente palpable à chacun des morceaux et capable de décupler toute sa force et son inspiration. Alors, forcément, à certains moments, les remontées à la surface se font entendre, comme sur “Half Cocked Concept” ou il pose un flow rappelant Sage Francis et Eminem, parfois quelques hurlements, sur des riffs de guitare tranchants et une basse puisée directement aux sources du hardcore. Une touche personnelle qui ne dénote à aucun moment au sein de ces seize morceaux généralement courts, punks, lourds, abrasifs, sans concession et majoritairement produits par le bonhomme lui-même quand ce n’est pas par Emily Bloodmobile, collaboratrice déjà présente sur “Ipecac Neat”. Et comme pour accentuer tout cela encore un peu plus, il a fait appel à quelques invités de choix tels que Slug (Atmosphere), Craig Finn (The Hold Steady), ou Greg Attonito (Bouncing Souls) amenant quelques refrains chantés pour une digestion plus facile (”De La Souls”). Car c’est aussi là que réside le talent de POS qui sait rendre ses influences de jeunesse plus discrètes bien que toujours présentes

Le sens de la mesure est une qualité que peu d’artistes hip hop ont assimilé. “Audition” révèle un POS plus réfléchi, capable de balancer un riff tranchant (”Yeah Right”), un refrain ou une version très rock (”Safety In Speed”, Living Slightly Larger”), mais aussi d’être purement hip hop quand il le faut, tout en cultivant sa personnalité. C’est le cas sur les très bons “Stand Up”, “Bush League Psyche-Out Stuff (feat Slug)”, “Bleeding Hearts Club (feat Slug)”, et “Paul Kersey To Jack Kimball”. Et quand cet Américain parvient à marier le tout à la perfection, il balance, sûr de lui, un énorme “POS Is Ruining My Life” capable, comme lui, de réduire les barrières musicales en poussière, et ramener de cet éternel débat sectaire au rang de mauvais souvenir. Un argument un peu utopiste, on le concède, mais “Audition” a tout pour qu’on y croit..

Ecoutez un extrait iciVoir le clip Bleeding Hearts Club

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Blueprint - “1988″

1988[Album]
01/01/2005
(Rhymesayers/2 Good)

Producteur et Mc archi-reconnu, Blueprint n’a pas fini de nous surprendre par son immense talent et sa créativité inaltérable. En effet pour son premier album en solo il a décidé de rendre hommage à l’une des années phare du HipHop : 1988. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a nommé son opus. “1988″ donc, année faste, dont on ne citera pas tous les albums sortis à l’époque. Mais rien que de se rappeler que c’est à cette date que Public Enemy, Rakim, Slick Rick, N.W.A, et tant d’autres étaient en pleine activité, nous rend presque nostalgique tant il est vrai que ce fut une date plus que charnière de notre art préféré

Et comme pour mieux justifier ce titre, c’est dans un style direct que Blueprint s’exprime, comme à cette époque sans concession où la liberté d’expression n’était pas un vain mot. Et cela tant au niveau des productions que de son flow. Certes, ça ne sonne pas old school mais c’est la démarche et l’intensité proposée qui nous le rappelle. Malgré cette volonté affichée, l’ensemble reste plutôt varié, utilisant à juste dose les samples de guitare électrique comme sur “Trouble In My Mind”, “Tramp” ou “Boom Box” dans un registre beaucoup plus sombre, ou jouant la carte du “bordel organisé” et délirant sur “Lo-Fi Funk” accompagné d’un Aesop Rock toujours aussi percutant pour un des titres phare de l’album. N’oublions pas les fabuleux “1988″, “Fresh” et “Kill Me First” avec Cj the Cynic, autres perles parmi tant d’autres. Mais impossible de pas souligner la pure performance de Mc, car que ce soit le large éventail des sujets abordés, ou cette façon de sembler parfois proche de la rupture, tout est unique et propre à cet artiste qui n’a pas fini de nous en mettre plein les oreilles

Bien plus qu’un hommage à une période bénite de création musicale, ce projet pourrait apparaître, mais on se trompe peut-être, comme un rappel à l’ordre, un manifeste pour un HipHop activiste, engagé, conscient mais aussi léger et frais, comme on pouvait le concevoir en 1988. Epoque où les styles étaient multiples et non pas fabriqués dans un même moule comme aujourd’hui, où les producteurs prenaient des risques et aussi, utilisaient des samples aujourd’hui impensables. Un temps où la création et le risque prévalait en somme. Heureusement, certains suivent le même chemin que Blueprint, et juré les gars, on se retrouvera tous là-bas. En attendant vous savez ce qu’il vous reste à faire, “Real HipHop Can’t Wait”.

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Micranots - “The Emperor & The Assassin”

The Emperor & The Assassin[Album]
01/04/2004
(Rhymesayers Entertainment/2 Good)

Fer de lance du défunt label de Bigg Juss (Subverse), nous désespèrions de retrouver un jour Micranots. Mais grâce à Rhymesayers et au très inspiré distributeur 2 Good, voici le retour du Mc I Self et de son Dj-Producteur Kool Akiem

Et si comme nous, l’aspect expérimental et brut de leur précédent opus “Obelisk Movements” vous avait emballé, alors ce “The Emperor & The Assassin” va vous terrasser. Rien que le premier titre, post intro, “Glorious”, animera votre visage d’un sourire inattendu et votre tête bougera sans commande de votre part, comme répondant à un appel sub-conscient. En clair, saisi à vif, ça cogne, et ce n’est pas fini. Le repertoire de samples utilisés est des plus vastes, puisant dans le jazz, la soul, l’orient, et agrémentant le tout d’extraits de films de toutes origines (français, espagnols,…). Kool Akiem nous invite à un voyage sonore, utilisant mille et un sons à la manière d’un bruitiste. On nous raconte une histoire, et des titres tels que “Steel Toe vs. The Rookie” accompagné de Slug, “Heat”, ou “Eight Days” sont un exemple de la diversité des styles de production ici présents. Quand on nous emmène dans une direction, c’est pour mieux repartir dans une autre, et l’effet produit est proche de celui provoqué à une époque par le “Funcrusher Plus” de Company Flow

Sans atteindre la maestria de l’album produit à l’époque par Bigg Juss, Mr Len et El-P, les Micranots jouent définitivement dans un registre proche de ceux-ci, expérimentant, effectuant des mélanges improbables. Tout en gardant un esprit résolument HipHop, ils osent un style tranchant, aussi bien musicalement que dans les textes, et surtout, apportent une grosse pierre à l’édifice du rap. Continuez votre prospection avec ce diamant brut éclatant.

Eyedea & Abilities - “E&A”

E&A[Album]
22/03/2004
(Rhymesayers/Pias)

Après “First Born”, premier album moyennement accueilli, le duo Eyeadea & Abilities suit le chemin de leurs potes d’Atmosphere avec un “E&A”, nouvelle production Rhymesayers. Dans un genre assez classique, ce nouvel opus retranscrit sans faute le talent de ces deux puristes qui ont construit leur réputation à force de battles et autres compétitions du genre. Sans pour autant être absolument incontournable, Eyedea & Abilities accouchent de très bons titres (”Exhausted Love”, “Paradise”) notamment lorsqu’ils osent un peu plus et sortent ainsi des sentiers battus (le rouleau compresseur “Man Vs Ape” ou le plus planant “Glass”). Les deux hommes maîtrisent leur art à merveille. Eyedea, lyriciste reconnu, laisse une empreinte très freestyle sur un morceau comme “One Twenty” alors qu’Abilities prouve tout son talent sur un “Two Men And a Lady” qui ravira les adeptes de deejaying. “E&A” n’est certainement pas l’album hip hop de l’année (il souffre quand même de pas mal de passages peu accrocheurs) mais a la chance de varier les plaisirs comme la qualité au fil de l’écoute. Il laisse ainsi une impression moyennement mitigée. Pour les puristes

Ecoutez un extrait sur le site Epitaph

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Soul Position - “8 Million Stories”

8 Million Stories[Album]
07/10/2003
(Rhymesayers/Import)

Le buzz engendré par “Deadringer” nous avait amené aux productions parallèles de RJD2 et sur le “Unlimited Ep”, maxi de Soul Position, duo qu’il forme avec le Mc Blueprint. L’heure de l’album est enfin arrivée, une bonne occasion de voir si l’efficacité poignante des précédentes productions pouvait se répéter sur un plus long format

Si on retrouve tout de suite l’ambiance habituelle des productions RJD2 de par cette orientation un peu soul/funk, il faut bien avouer que “8 Million Stories” met un certain temps à décoller, malgré les appréciables “Just Think” et le reggaeisant “Look Of Pain”. Car la première moitié de cet opus, même si de qualité, souffre d’un manque de relief évident qui nous pousserait à le classer parmi les bons albums. Pas plus. C’est seulement sur “Survival” que les choses sérieuses commencent. Le duo semble trouver alors son rythme de croisière et la musicalité des morceaux fait son effet. Dés lors, Soul Position enfile des perles telles que “Run”, mais surtout “Right Place Wrong Time”, “Candyland Part 3″, “No Excuse For Lovin” et “One Love” qui clôturent magnifiquement un album que l’on n’espérait plus aussi mémorable

Dommage donc que ces “8 Million Stories” se racontent en deux temps. A défaut d’une histoire homogène, on retiendra ce somptueux épilogue qui laisse espérer une suite qui, on ose y croire, rentrera directement dans le sujet. Sans échauffement.

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Eyedea - “The Many Faces Of Oliver Hart Or How Eye One The Write Too Think”

The Many Faces Of Oliver Hart Or How Eye One The Write Too Think[Album]
06/11/2002
(Rhymesayers/Import)

Eyedea est le comparse de Slug, tous deux rappeurs peu connus par défaut de promotion et surtout par insoumission au hip-hop mainstream. L’argument paraît être simple et bien compréhensible: faire sa musique sans aucun compromis, poser sur support phonographique le plus sincère de soi-même

Ici, Eyedea se camoufle sous le nom de Oliver Hart. Il nous soumet à un exercice assez simple en-soi, comprendre dans quelle direction musicale il a réalisé cet album. Exercice qui se révèle finalement difficile. Après plusieurs écoutes, je ne peux m’empêcher de penser que ce disque a vraiment le cul entre deux chaises, argument autant positif que négatif. C’est hip-hop, dans le sens où Eyedea est un rappeur et qu’il rappe. Il fait parfois penser à notre ami Josh Martinez, s’énèrve par moment pour laisser ensuite la place à un flow pratiquement chanté. Les instrus sont pour la plupart vides d’émotion, se contentent de laisser une large place au rappeur, mis à part “Step By Step” (non non, pas celle à laquelle vous pensez) avec sa guitare acoustique et son beat sévère en vibration, “Just A Reminder” et sa basse funky, le morceau “The Many Faces Of Oliver Hart” avec son rhodes baigné dans l’echo et sa basse hargneuse, “Here For You” avec sa guitare tristounette, ses violons enjôleurs et ses samples rock. Le reste semble mélanger hip-hop, electro, trip-hop sans se placer et sans accrocher, vacillant entre boucles trop simples et beats identiques. On a le droit à des démonstrations vocales, certes intéressantes notamment sur l’impressionnant slam “Prelude To Coach”, “My Day At The Brain Factory”, puis les morceaux ennuyeux reprennent le dessus

Un cd qui sera probablement maltraité par ses auditeurs tant la touche ‘avance’ sera utilisée (paraît que ça abîme pas…). Un disque sans intérêt particulier, dont on ne sait pas à quoi il fait penser mais qui n’apporte rien de plus à la musique en général. A écouter éventuellement en fond sonore

Soul Position - “Unlimited Ep”

Unlimited Ep[Album]
19/09/2002
(Rhymesayers/Import)

Alors qu’il est en pleine ascension depuis la sortie de son album “Deadringer”, Rjd2 ne se repose pas sur ses lauriers et s’atèle désormais à un nouveau projet intitulé “Soul Position” en compagnie de son collègue Blueprint. Avant qu’un album voie le jour courant 2003, c’est à un maxi dont on a pour l’instant seulement accès

Impossible de ne pas reconnaître la patte artistique du producteur en vogue de chez Def Jux dés les premières notes de l’intro fortement influencée soul. Cette caractéristique musicale de Rjd2 est d’ailleurs présente tout au long de ce “Unlimited” même si les six pistes qui le composent restent avant tout du très bon hip hop à la couleur originale comparée à tout ce que l’on peut entendre de la part des scènes mainstream et indépendantes. Le morceau “Unlimited” illustre cela à merveille avec son approche classique mais originale grâce à ses nombreux samples de vents bien brutes au milieu de ce beat massif. C’est sur “Mic Control” que Blueprint s’avère le plus convaincant, son flow se posant de la plus belle manière sur les sonorités de piano de la version. “Night To Remember” opte pour des influences plus old school avec son beat accéléré propre à l’époque. Pour finir, Rjd2 ne cache définitivement plus son amour pour la soul music sur “Take Your Time”, morceau très calme ou Blueprint s’efface lorsque les samples de voix s’emparent du morceau pour donner une touche finale très sensuelle et lancinante, et “Oxford You Really Owe Me”, conclusion instrumentale typique au producteur

Voilà une bonne introduction à ce qui sera un des albums les plus intéressants et les plus agréables de l’année 2003. Rjd2 peut dorénavant se vanter d’avoir son propre style puisque l’on ne met pas de temps à le reconnaître et Blueprint s’impose comme un des Mcs les plus appropriés à ce genre de hip hop. Les plus passionnés pourront tenter d’acquérir ce maxi ne courant pas les bacs, les autres attendront le long format au risque de se prendre une bonne claque à laquelle ils ne seront pas préparés. Qu’on se le dise..

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Atmosphere - “God Loves Ugly”

God Loves Ugly[Album]
01/07/2002
(Rhymesayers/Import)

Atmosphere réunit le producteur Ant et le Mc Slug. Les présentations étant faites, vous pourrez avoir la chance d’apprécier ce “God Loves Ugly”. Hip hop classique certes, mais avec des versions à la production impeccable même si on peut regretter les rébarbatifs piano, violon, guitare

Slug se pose superbement sur ces instrumentaux de qualité et fait une nouvelle fois référence à cette fameuse relation avec Lucy que nous avions déjà pu découvrir sur les précédentes productions. Ce “God Loves Ugly” à l’allure de thérapie pour Slug démarre sur un “Onemosphere” au beat ultra efficace, “The Bass And The Movement” marque les qualités de Slug, “God Loves Ugly” et “Fuck You Lucy” se démarquent par un choix de sample judicieux même s’ils manquent d’originalité. Plus tard, “Flesh” fait figure de morceau old school, “Saves The Day” est dans les incontournables de cet opus de par son sample pianoté s’épanouissant dans la quiètude. “Vampires” s’inscrit dans la même catégorie, tout comme “A Girl Named Hope” avec sa voix samplée touchante et sa basse massive, ainsi que “Modern Man’s Hustle” au refrain empruntant à la soul ou des flows en coeur nous rappele un tantinet Jurassic 5. Pour finir, “Blamegame” vire au dub-hiphop pur et dur avec sa ligne de basse envoutante et ses contretemps guitaristiques

Bref, en faisant abstraction du thème récurrent concernant les lyrics de Slug, ce “God Loves Ugly” laissera des traces dans les mémoires grâce surtout, à une production impeccable et un mix parfait. Pour les classiques curieux…

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