Made Out Of Babies

Made Out Of Babies

(USA)

(3 articles)

Made Out Of Babies - “The Ruiner”

The Ruiner[Album]
29/08/2008
(The End/Season Of Mist)

Au cas où il y aurait encore quelques rescapés de ses deux premiers albums, Made Out Of Babies reprend du service après s’être octroyé une pause légèrement plus longue que celle qui espaçait “Trophy” et “Coward”. Peut-être en raison de son départ de chez Neurot pour son nouveau toit The End, un changement qui ne va pas sans se répercuter sur sa musique s’inscrivant pourtant pleinement dans la continuité. Car, inutile de s’attendre ici à une remise en question générale, les Américains restant fermement décidés à vous livrer, comme à leur habitude, cette bonne dose d’acouphènes auxquels ils vous ont habitué depuis leurs débuts. Et le supplice débute dés l’excellent “Cooker” ou les arrangements sur les guitares et sur la voix affichent une volonté de profondeur, de passer la violence des compos du stade brut de décoffrage à un autre plus réfléchi, plus sadique encore. Le chant de Julie Christmas, doublé de ses hurlements lointains, passe un nouveau cap en s’adaptant avec une facilité déconcertante à toutes les différentes phases du morceau. Le ton est donné. En optant plutôt pour la tension à toute épreuve, “Grimace” (tout comme, plus tard, “Bunny Boots”) brouille les pistes, avant que l’excellent “Invisible Ink” ne revienne mettre un peu de féminité piquante via quelques breaks bien sentis et de doux trompes l’oeil. Puis, toujours confortablement installés sur des compositions solides et bien pensées (”Buffalo” et ses allers-retours acoustiques et électriques), la démoniaque new yorkaise se lance, sûre d’elle, dans quelques envolées lyriques contrastant avec la lourdeur musicale, telle une colombe survolant d’interminables ruines encore fumantes (”The Major”). Celles auxquelles on goûte nous aussi une fois atteinte la fin de ce “How To Get Bigger”, titre magistral clôturant ce nouvel opus de la plus belle des manières. Made Out Of Babies s’émancipe, de ses influences mais aussi de lui-même. C’est ce qu’on retiendra avant tout de ce “The Ruiner”, parfait numéro d’équilibriste pendant lequel le groupe, sur son fil, creuse encore l’écart sur ses poursuivants

Ecoutez un extrait ici.

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Made Out Of Babies - “Coward”

Coward[Album]
18/09/2006
(Neurot/Differ Ant)

“Trophy”, le premier album de Made Out Of Babies, avait déjà placé la barre très haut. Du coup, on attendait beaucoup du retour de la belle Julie Christmas et de ses acolytes new yorkais, adeptes de la méthode rouleau compresseur. Fermez les volets, planquez vous, éteignez le sonotone, car “Coward”, dernier album en date, ne déroge pas à la règle et risque encore d’ajouter quelques victimes au palmarès du groupe. En effet, en se lançant dans l’écoute de ces neuf titres d’une tension implacable, on se remémore ces heures d’ennui en classe lorsqu’on jouait au jeu de l’élastique à tendre à l’extrême tout en évitant qu’il vous pète à la tronche. Sauf que là, les rôles s’inversent, et l’élastique, c’est vous

Comme d’habitude, le son est brut comme Steve Albini, ici aux manettes, aime qu’il le soit. Lui qui ne pouvait mieux retranscrire un répertoire devenu légèrement plus mélodique (”Death In April”), tout en conservant cet aspect tranchant encore une fois omniprésent sur ce “Coward” ne souffrant d’aucune superficialité en termes de production. Comme si Julie et sa bande vous ouvraient chaleureusement les portes de son local de répétition. Ça tape, ça dégueule, c’est coupant comme un jet de milliers de lames de rasoir, ça hurle, chantonne parfois tragiquement comme pour faire planer la menace d’une prochaine correction (”Out”). Dés “Silverback” d’ailleurs, titre d’ouverture, le combo affiche la couleur, fait monter la tension dans le rouge, Julie Christmas ne répond plus de rien, capable d’égorger le premier venu, aidée de son compère à la six cordes qui, le sourire en coin, se fait un malin plaisir à aiguiser son arme. L’ambiance est oppressante, le danger très proche (”Proud To Drown”), les moments de répit tellement rares qu’ils en deviennent immanquables (”Fed”, “Lullaby”), plus rares en tout cas que ces ascensions en enfer (”Mandatory Bedrest”, “Mrprisonshanks”) auxquelles le groupe nous invite régulièrement ici

Une rasade de “Coward” revient un peu à se mettre la main dans un broyeur de papier, à s’offrir un moment de violence inouï. On vous aura prévenu. Toi, tu as voulu faire le malin, tu t’es un peu trop approché de la sono. Tu as vu ta tête maintenant? Ta mère te l’avait pourtant bien dit..

En écouteMrprisonshanks

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Made Out Of Babies - “Trophy”

Trophy[Album]
27/06/2005
(Neurot/Differ Ant)

Si on aime tant le rock, c’est notamment pour l’intensité qu’il peut parfois dégager. En recevant “Trophy”, ce premier album des new yorkais de Made Out Of Babies, on ne savait pas à quel point on allait être servis. Jusqu’à l’introduction du disque dans la platine et que résonnent les premières notes de “Herculoid”, morceau d’ouverture s’ouvrant sur la voix de Julie Xmas avant d’exploser et d’annoncer presque quarante minutes de furie claustrophobique. Pas le temps de souffler, les bourrasques électriques se succèdent et gardent l’auditeur acharné sous haute tension (”Ire Fire“, “Swarm“…). Jesus Lizard n’est pas loin, tout comme Unsane, Bjork non plus d’ailleurs quand la belle susurre ses couplets avant de pousser quelques hurlements (”El Morgan”), seule chose que l’on refuserait d’entendre de sa part sur l’oreiller. Mais que ferait Blanche Neige sans ses nains? Les musiciens qui l’accompagnent sur ce premier “Trophy”, comme le couteau sous la gorge devant tant d’énergie déployée, sont d’une efficacité redoutable, bénéficient d’un son brut et intense frôlant la perfection, et font de cette douzaine de titres une machine dévastatrice avançant pas à pas d’une manière pachydermique pour vous raboter le conduit auditif. Priez pour avoir la tête bien attachée, car derrière ce visage d’une beauté diabolique, se cache une violence ne laissant aucun répit, un mur de son rarement atteint. C’est là que réside tout le charme de ce quatuor, tel une plante carnivore qu’il est dangereux de toucher. Bienvenue pour un retour à la grande époque, dans le monde d’une noise sans répit.

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