(USA)
[Album]
05/11/2007
(Def Jam/Universal)
Il avait dit qu’il ne ferait plus d’album pour se consacrer au monde des affaires, mais la tentation de reprendre le chemin des studios fut trop forte. Ainsi pourrait être présentée la sortie de “American Gangster”, nouvel opus de Jay-Z, inspiré par le long métrage du même nom, et plus précisement par certaines de ses scènes correspondant toutes à un morceau. Le sujet le touchant forcément (l’histoire du premier parrain black de la drogue à New-York connu à l’époque pour sa discrétion et ses fortes valeurs morales), on se doute que Jay-Z ne pouvait que se sentir proche de l’inspiration du réalisateur, et qu’il a voulu apporter sa contribution au portrait fait d’une partie du New-York qu’il connaît bien. Cela étant dit, cet artiste multi facettes allait-il nous resservir une production mainstream, une compilation de hits radio sans grand intérêt, lui qui semble plus accaparé par l’obtention de sa franchise NBA à Brooklyn que par la musique
Si on a pu regretter le dérive quelque peu commerciale de certains artistes dit “underground”, bien qu’on ne sache plus très bien ce que ce terme signifie vraiment, on est surpris par le chemin inverse que semble avoir entrepris Jay-Z. En partie en tout cas, car il reste bien quelques traces de ses dernières “expérimentations” Rn’B. Mais lui qui, il faut le reconnaître, fut un des meilleurs Mcs new-yorkais, lyricist hors pair et technicien au flow tranchant de surcroit, semble retrouver cette inspiration qui avait conquis tout le monde du hip hop avec ses premiers albums. Bien sûr, le fait que ce travail soit fait dans une optique différente, que ce soit de l’illustration musicale avec un propos déjà établi, change la donne. Mais néanmoins quelle heureuse surprise d’entendre un titre comme “Roc Boys”, avec cette fanfare en fond, un beat plus old school, ce genre d’ambiance presque afro-beat dont on ne l’imaginait plus capable
On sent également ressurgir le fan de bandes-originales de film des années (”Superfly” de Curtis Mayfield ou le “Shaft” d’Isaac Hayes) grâce à “Sweet” qui ne jurerait pas au milieu des précités, tout comme “American Ganster” d’autant plus que le film se situe vers la fin de cette période. Il s’offre aussi un sample intégral des Beastie Boys pour un “Hello Brooklyn” bien nommé, en featuring avec Lil’Wayne, plus déroutant que réussi, mais qui finalement colle bien à l’objectif fixé
Reste que l’un des grands moments de cet opus est le tant attendu featuring de Nas, preuve que la hache de guerre est enterrée, pour un bon fat hip hop dont seul New-York a le secret. Deux notes de basse réussissent à faire rebondir cette version de façon tellement magistrale que les kinés vont avoir du travail avec le cou des b-boys. On sent également que quand ces deux là se donnent la réplique, ils y mettent le coeur: pas question de faire de la figuration quand on se mesure entre éternels prétendants au trône de la “Grosse Pomme”. Pharrell, prince de la hype hip hop, styliste plus que rappeur, vient donner de la voix mais cela restera anecdotique tant l’intérêt de cette apparition semble réduite a côté du plaisir de redécouvrir, si on peut parler ainsi, un artiste qui saura brouiller les pistes jusqu’au bout
Même si cet “American Ganster” ne restera pas la plus grande oeuvre de Jay-Z, il faut reconnaître qu’elle a le mérite de nous réconcilier en partie avec lui. Alors une question légitime peut se poser. Dans tout ce que l’Amérique peut représenter d’extrême dans ce domaine, peut-on en vouloir à un artiste n’ayant plus rien à prouver d’avoir choisi la voie des affaires, et d’avoir ainsi sacrifié la qualité au profit de la quantité? En tout cas, Jay-Z ne risque pas la faillite, et prouve qu’un sursaut de créativité est toujours possible. Alors que certains se réveillent, avant qu’on ne les perde définitivement
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[Album]
01/01/2004
(EMI/Import)
“The Black Album” est un chef-d’oeuvre, parce qu’il “pue” la musique noire, parce que la sueur de l’acte est telle qu’il n’a de reflet que dans “Sweet Sweetback’s BadAssss Song” de Melvin Van Peebles. “The White Album” est un chef-d’oeuvre, parce que l’incertitude de son époque demeure
“The Grey Album” est un disque culte. L’histoire d’une expérimentation douloureuse, dans l’instant prohibé, une fécondation in vitro entre les a capella de Jay-Z et la musique des Beatles. Dans ce disque tout est proprement incroyable, la fluidité de l’oeuvre éblouie, “Rockey Racoon” travaille “Justify my Thug” avec éclat, “While my guitar gently sleeps” sur “What More can I say” est d’une finesse admirable. Le moment de grâce de l’album se trouve sur le monumental “Interlude” où Danger Mouse pose des voix inversées de Jay-Z sur les samples de Revolution 9; titre qui était déjà lui-même réalisé à base de collages de samples d’instruments passés à l’envers
Mais Danger Mouse, conscient du refus que provoquerait une demande d’exploitation des droits des Beatles, décide de réaliser son disque dans l’illégalité. Son disque est interdit. Cette interdiction laisse derrière elle un questionnement important sur la création artistique, surtout quand l’utilisation totale de samples, (comme sur ce disque) apparaît comme l’exigence nécessaire à la volonté de création
Un disque intense, stupéfiant, en mutation permanente. En ne réunissant que ces deux disques qui n’ont en commun que le symbolisme de leurs titres, Danger Mouse réalise un disque envers et contre tous, au-delà de tout traditionalisme et de toute commercialisation. Un disque ouvert, engagé, militant pour une musique libre, en perpétuelle renaissance.