Jarring Effects

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(55 articles)

Scorn - “Stealth”

Stealth[Album]
29/10/2007
(Jarring Effects/Discograph)

Mick Harris est, avec quelques autres énergumènes de son espèce (John Zorn, Bill Laswell, Justin K. Broadrick, Alec Empire…), considéré comme un électron libre des musiques extrêmes et expérimentales de la fin du XXième siècle. Refusant de s’enfermer dans un genre particulier, l’Anglais abandonnera au tournant des années 90’s les blasts du death metal de Napalm Death, dont il aura maltraité les fûts les premières années, pour explorer la face la plus obscure des musiques électroniques (illbient, drum’n'bass, indus, ambient…) sous le nom de Scorn ou Lull

Si Mick Harris s’amusait à passer d’un style à l’autre au gré des albums, on pouvait quand même compter sur une marque de fabrique commune à toutes ses productions: sa musique était paranoïaque, torturée et balayée par des infrabasses meurtrières. Cette vision de la bass music, somme toute plus européenne que jamaïquaine, a su influencer un paquet de formations en tout genre. Chez nous, on imagine difficilement l’éclosion de groupes comme Hint, Idem, Löbe Radiant Sound System, Lab° ou Uzul Prod, pour n’en citer qu’une poignée, sans les premiers albums de Scorn. De l’autre côté de la Manche, on retrouve aujourd’hui ces mêmes préoccupations, triturées de manières différentes toutefois, dans le récent mouvement dubstep

À l’instar de son homologue Kevin Martin (Techno Animal, The Bug, ICE…), Mick Harris semble d’ailleurs s’être intéressé de très près à cette progéniture illégitime, comme on peut l’entendre sur ce nouveau “Stealth”. Sorti collégialement par trois labels (dont Jarring Effects pour la France et la Suisse), ce treizième album rompt ainsi cinq ans de silence, pendant lesquels Harris a pu se nourrir largement des productions dubstep qui ont envahi les nuits souterraines de la Perfide Albion: le beat est imperturbablement lent, les basses pachydermiques, et l’atmosphère étouffante. Les preuves d’une consanguinité sont indiscutables..

“Stealth” se décompose en huit titres presque arithmétiquement formatés (ils durent tous six minutes à quelques secondes près) qu’on déconseillera aussi bien aux dépressifs chroniques qu’aux bisounours insouciants. Car, on ne va pas vous cacher la vérité, il faut quand même sérieusement s’accrocher pour traverser un album de Scorn sans finir par se noyer dans ces eaux putrides qui vous aspirent par le fond. Harris n’a jamais eu peur de la fange. Il s’y enfonce même jusqu’au cou, continuant néanmoins d’avancer, pas après pas, vers cette étincelle qui brille à l’horizon, prometteuse de meilleurs lendemains. La traversée se fait donc au mental, en serrant les fesses devant ces rythmiques colossales qui vous claquent la gueule à chaque pulsation (”Glugged”, “Snag”, “The Palomar”, “Enough To Hold Bottom”…)

Le morceau d’introduction, “Stripped Back Hinge”, résume presque à lui tout seul le reste du disque: un beat relativement simple, mais borné, des basses rampantes, des samples métallurgiques, et la désagréable sensation d’être dans la chaudronnerie qui forge les fers avec lesquels vous allez être torturés. Si vous avez besoin d’une idée à la seconde pour vous éclater, passez votre chemin. Scorn, c’est plutôt la transe de la répétition, l’éloge de l’inéluctable, la noirceur de la fatalité. Ce qui sous-entend que, après être miraculeusement sortis indemnes de ces 48mn, une irrépressible et paradoxale envie de retenter le diable vous prendra à la gorge et vous replacera au début du tunnel

En revenant sur les lieux de son crime (et un genre qu’il a fortement contribué à créer), Mick Harris retrouve ainsi un niveau qu’on n’espérait plus de lui. C’est bizarre à dire pour le bien de l’humanité, mais c’est pourtant une sacrée bonne nouvelle

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High Tone - “Underground Wobble”

Underground Wobble[Album]
02/10/2007
(Jarring Effects/Discograph)

A la suite de la sortie en avril 2005 de “Wage Digger“, beaucoup ont certainement cru que le digidub du High Tone des origines, celui du fondateur “Opus Incertum“, n’était plus de ce monde et avait dignement cédé sa place à des sonorités largement plus électroniques, proches du breakbeat, du hip-hop et de la drum n’ bass… Car en effet, après le fracassant “Acid Dub Nucleik” et un album live en demi-teinte, les lyonnais ont éprouvé le besoin de diversifier leurs expériences et d’aller explorer d’autres sentiers musicaux, plus éloignés des influences “ethno-dub” qu’on leur attribue communément. Qui aurait donc pu croire que cette nette bifurcation allait finalement déboucher sur un retour aux bases de départ tant regrettées

Ce n’était pourtant pas les signes avant-coureurs qui manquaient: des deux singles de dub UK enregistrés avec le vétéran Martin Campbell (fondateur de Channel One UK) et Shanti D, au magistral “Zentone” de l’été 2006, les mois qui suivirent la production de “Wage Digger” sentaient à plein nez le retour aux racines. C’est aujourd’hui officiel avec la sortie du tout frais “Underground Wobble”, incarnant une bonne fois pour toutes et sans complexe ce “come back” salvateur

L’album ne tarde d’ailleurs pas à nous le faire comprendre. Le son qui se dégage du premier “Understellar” est reconnaissable les yeux fermés. On ne vous cachera pas le plaisir éprouvé à l’écoute de ce titre d’ouverture, progressif, haletant et mystique, rappelant les bons vieux “Dehli/Katmandou” et “The Orientalist”… La suite n’en est pas moins réjouissante. Dès “Freakency” réapparaissent ces cris sourds et ces voix intemporelles sorties d’un autre monde, participant activement à faire des titres du quintet de véritables scènes de cinéma fantastique qui sont autant de portes ouvertes à l’imagination (on pense par exemple aux excellents “X-Ray”, “Glowing Fire” ou “Do Not Panic”). Aux samples vocaux vient s’ajouter dans les compositions des lyonnais le grand retour des instrumentations aux ambiances orientales, tibétaines et hindoues, qui invitent plus que jamais au voyage dans les déroutants et hypnotiques “Day Break Leaving”, “Depth In The Middle” et “Soundscape”

Le plus fort reste que les High Tone ont su tirer profit de leur expérience marginale de “Wage Digger” (dont on retrouve les traces dans “Speed 110″ ou “Northern Lights”, exaltant les scratches incisifs et affûtés d’un Lionel Dumas aka DJ Twelve toujours au top) pour produire avec “Underground Wobble” une synthèse parfaite de toutes les énergies qui ont traversé leur carrière, des plus roots aux plus digitales et psychédéliques. “Ask The Dust” en est un excellent exemple, débutant calmement sur des touches trip-hop jazzy à la Wax Tailor pour finir sur des envolées drum n’ bass saccadées et électriques, qui ne sont pas sans rappeler au passage les fantômes de l’énormissime “Enter The Dragon”

Finalement, ces quinze titres, qui éveillent les sens autant qu’ils remuent les tripes, enchantent autant qu’ils troublent, résument à eux-seuls tout l’art et le talent d’High Tone. Rares sont en effet les groupes qui mobilisent à ce point les sens de leurs auditeurs pour les projeter dans des univers sombres et mystérieux, d’une richesse inépuisable. Avec “Underground Wobble”, le quintet peaufine et labellise son style en atteignant une maturité sereine, comme si les albums précédents n’étaient que des étapes menant toutes à la réalisation de ce produit final. Cet opus est ainsi bien la preuve que les High Tone, tout comme leurs amis angevins de Zenzile, savent encore secouer énergiquement une scène dub-electro hexagonale qui aurait fâcheusement tendance à se reposer sur ses lauriers. Un véritable coup de maîtres.

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Filastine - “Burn It”

Burn It[Album]
01/10/2007
(Jarring Effects/Discograph)

La soif de découverte du staff de Jarring Effects ne se satisfait plus des simples talents hexagonaux. Après les Suisses de Reverse Engineering, le label assurera à l’automne la sortie française du prochain album de l’Anglais Mick Harris, plus connu des fans de dub expérimental sous le nom mythique de Scorn. Mais leur ouverture sur l’international ne s’arrête pas là puisque les Lyonnais s’associent aujourd’hui à Soot Records, le label fondé par Dj Rupture (auteur du célèbre mix “Gold Teeth Thief” qui a fait plusieurs fois le tour de la Toile), pour sortir l’album de Filastine

Citoyen du monde, originaire de Seattle, résidant aujourd’hui à Barcelone, associé au producteur brésilien Maga Bo pour former Sonar Calibrado (cf. la chronique de “Made In Brasil“), Filastine n’est jamais plus à l’endroit où on le cherche. Cet altermondialiste convaincu n’a de cesse de faire le plus de boucan possible dès que les puissants de la planète se réunissent pour mieux protéger leurs intérêts communs

A l’opposé d’une world music aseptisée par le business occidental, Filastine s’inspire de la sono mondiale, comme ont pu le faire certains artistes sur Wordsound (Badawi, Qaballah Steppers…) ou encore Transglobal Underground, pour donner naissance à un son suburbain et métissé, à la croisée du dubstep, de la batucada et du hip hop

Sur le papier, ce maître percussionniste a donc tout pour obtenir notre adhésion inconditionnelle: une éthique, un éclectisme et un engagement indiscutables. Pourtant, on doit bien avouer que son “Burn It” a un peu de mal à faire sa place sur notre platine. Sans doute à cause de son caractère décousu qui peut facilement perdre l’auditeur… On passe un peu du coq à l’âne sans prévenir, parfois au milieu même des morceaux. Soyons positifs, l’avantage, c’est qu’il est difficile de ne rien trouver à son goût. Les fans de Fun-Da-Mental pourraient ainsi onduler du bassin en levant le majeur sur “Splinter Faction Delight”, “Judas Goat” ou “Crescent Occupation”. Les amateurs des Tambours Du Bronx sueront sur la batucada industrielle de “Dance Of The Garbageman”. Les fondus de hip hop hispanophone façon Psycho Realm ou Control Machete (cf. la BO de “Amours Chiennes”) devraient jeter une oreille sur “The Last Redoubt” ou “Quémalo Ya”. Ceux qui ont aimé l’illbient oriental de Fedayi Pacha zapperont jusqu’à “Autology”, “Ja Helo” ou “Dreams From Wounded Mouth”. Mais beaucoup risquent quand même d’écouter ce disque en diagonale..

Ces onze titres (+ cinq interludes) ne sont pourtant pas nécessairement mauvais (seul “Palmarès” et son chant en français ne passent décidemment pas de mon côté), mais il manque à l’album une poignée de tubes qui nous donneraient envie d’y revenir plus souvent. La preuve, c’est que notre oreille se lève dès l’intro de “Boca De Ouro”, très bon track hip hop dont le formatage tout relatif n’enlève rien à l’originalité. Dommage qu’il soit si seul..

Si ces prestations scéniques sont probablement impressionnantes de furie, Filastine est pour l’instant un artiste qu’on respecte davantage que l’on ne l’écoute… Pour l’instant

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Reverse Engineering - “DTTR”

DTTR[Maxi]
01/10/2007
(Jarring Effects/Discograph)

La Suisse n’est heureusement pas qu’un paradis fiscal où s’en vont se réfugier nos stars françaises favorites (Johnny Hallyday, Alain Delon, Yannick Noah, Patricia Kaas…), c’est aussi une pépinière de musiciens audacieux qui ont souvent été à l’avant-garde de leur mouvement (Young Gods, Favez, Nostromo, Knut, Honey For Petzi, Stade, Houston Swing Engine…). Bizarrement, ça fait moins souvent les gros titres des journaux… Comprends pas

Après un très bon premier album sorti l’an dernier sur Jarring Effects, le trio helvète Reverse Engineering pourrait bien rejoindre le gotha susnommé. En attendant leur prochain opus annoncé au printemps 2008, le label lyonnais lâche aujourd’hui dans les bacs ce maxi vinyl de très bonne augure

Les trois hommes y retrouvent le MC Blu Rum 13 (One Self) pour un “DTTR” qui sonne comme un morceau de Kraftwerk updaté. L’intro donne le ton d’entrée de jeu: ambiance glaciale d’un monde post-apocalyptique où les machines auraient pris le pas sur les humains. On nage en pleine anticipation paranoïaque, digne de “Blade Runner” ou “Terminator”. Notez qu’on lui préfère peut-être encore davantage son “Total Horror Mix” qui mérite amplement son nom. En plus de ces deux versions (accompagnées de leur instrumental respectif), le titre “Stupid Planet” pourrait bien résumer la vision qu’a Reverse Engineering d’un monde que nous avons laissé créer. Cette rythmique martiale et ses choeurs épiques ne laissent en effet malheureusement que peu d’espoir sur l’issue de l’histoire..

On trouve aussi au tracklisting deux interludes, “Superior Weaponry I & II”, qui finissent d’octroyer à ce maxi une couleur très cinématographique (et qui devraient également offrir une jolie matière aux scratcheurs en herbe). Pas grand-chose en terme de quantité donc, mais une qualité indiscutable qui, à défaut d’envisager l’avenir à long terme avec optimisme, donne au moins envie de faire un petit saut dans le temps de quelques mois, d’autant plus qu’on nous promet M Sayyid (Antipop Consortium, Airborn Audio) au générique..

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Ez3kiel - “Naphtaline”

Naphtaline[Album]
23/04/2007
(Jarring Effects/Pias)

Il y a des oeuvres qui demandent du temps et de l’investissement. Les premières fondations de ce “Naphtaline” remontent à plus de quatre ans, alors que le trio tourangeau s’apprêtait à sortir son excellent “Barb4ry“. A l’origine, il n’était encore question que d’un travail autour du thème de la berceuse, puis le projet s’est doucement émancipé en corrélation avec leur maîtrise toujours plus approfondie de l’outil multimédia Lire la suite…

Picore - “L’Hélium Du Peuple”

L'Hélium Du Peuple[Album]
06/11/2006
(Jarring Effects/Pias)

Il y a deux ans, l’oisillon Picore donnait ses premiers battements d’ailes desquels se dégageaient un bruit inquiétant, crispant, strident et dissonant, fait de dub, de noise et d’indus. On sentait là un groupe intéressant, presque victime de l’injustice de ne pas se retrouver logiquement au catalogue Jarring Effects autour duquel il rodait depuis un temps déjà. La logique a depuis repris ses droits et “L’Hélium Du Peuple” frappe désormais à la porte de chacun

Une occasion rêvée pour ces illuminés d’assombrir le quotidien du mélomane, chose à laquelle certains s’emploient déjà au sein de side project, comme le remarqué Spade & Archer. Ces deux-là ont en commun un goût prononcé pour les ambiances pesantes, glauques même, froides et métalliques, emprisonnant l’auditeur, qui s’y échouerait par chance, dans un tourbillon de lames tranchantes provoquant une véritable effusion de sang, de sueur et de salive, les trois éléments fondamentaux de la musique de Picore

Car les lyonnais n’ont pas vraiment changé d’orientation musicale depuis leur premier essai. Ils l’ont plutôt approfondie, renforcée, ont pris des galons en termes de production, pour faire de ce deuxième album une pièce à part dans le paysage musical français comme au sein du label connu pour ses multiples déclinaisons du dub

Brulez ce texte et changez de disque“. C’est par ces mots que le combo nous laisse encore une porte de sortie dés l’introductif “France”. Qui s’aventurera plus loin, entrera dans un monde inconnu, imprévisible et hostile. “La Teigne” déroule alors ses lignes de basse à la façon du Général Dub, laisse entendre ses bruits de fond encadrés par quelques sonorités de cuivre, jusqu’à ce que l’issue du jeu ne résonne d’un ton interrogatif et autoritaire: “Vous, vous pariez que demain matin à neuf heures vous serez vivants, et nous, on parie que vous serez morts. D’accord?

Picore nous emmène alors dans une course effrénée, progressive et profonde vers la survie. “7 Rue De La Brevenne”, ses accents plus trip hop/downtempo, et ces paroles humanisantes laissent encore percer quelques rayons de soleil, et rappellent ces étiquettes que l’on pose sur les vêtements des enfants quand ceux-ci sont encore peu familiers du domaine extra domestique. Puis tout devient noir, on entre de plein fouet dans un univers sans concession, avançant à vue sans pouvoir discerner la menace. “3 Euros”, c’est le prix à payer, c’est le prix du danger, celui de se faire aplatir tel un “Cocoboy Caramel” par ces rythmiques pachydermiques et apocalyptiques vous traînant, comme mort vivant, vers ce “Sauvage Central” électrique ou “L’Homme Moderne” connaîtra enfin sa sentence, assis sur son “Final Fauteuil”

On le sait désormais, c’est de chair humaine dont se rassasie Picore depuis toujours. À tel point qu’il en est devenu vautour, et qu’on a jamais autant eu envie de se faire dévorer. À table…

En écouteLa Teigne

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Mei Tei Sho - “Dance & Reflexion”

Dance & Reflexion[DVD]
16/10/2006
(Jarring Effects/Discograph)

Ce n’est pas sans une certaine tristesse qu’on apprenait au printemps dernier la fin programmée de Mei Tei Sho, c’est ovni musical que la France a vu naître en 1998 et qui, au fil des ans, n’a cessé de renforcer son empreinte au point qu’il a toujours été impossible de vraiment qualifier sa musique. Jazz, funk, electro, dub, afro rock, hip hop, soul sont savamment mélangés dans cette marmite dont le seul mot d’ordre est l’émotion. Car qu’on aime Mei Tei Sho ou non, on s’en souvient, surtout si on a déjà eu l’occasion de les voir sur scène, là ou la transe s’installe à condition qu’on y soit réceptif. Ce fut le cas pour nous et pour d’autres. Quel bonheur donc d’avoir droit aujourd’hui à un document saisissant, sorte de point final d’une carrière conduite avec une certaine atypie

“Dance & Reflexion” ne pouvait être plus complet. Un CD proposant plus d’une heure de ces titres interprétés au Transbordeur de Lyon reprend les meilleurs morceaux de la discographie des lyonnais. Ceux-là qu’on retrouve encore plus nombreux sur le DVD qui l’accompagne, réalisé par Stéphane Bloch (également auteur de “L’Opéra Des Loups” de Bérurier Noir), et qui fait tout l’intérêt de cette nouvelle sortie estampillée Jarring Effects. Car Mei Tei Sho avait déjà sorti un live il y a quelques années, mais jamais il ne s’était invité dans le salon des Français qui, enfin, pourront déguster ces treize titres, ces prestations scéniques ou la finesse, le groove, et l’énergie sont mariées comme rarement, et durant lesquelles on appréciera tout particulièrement le travail de lumière et l’imposante présence de Jean Gomis, chanteur de la formation

Mais, cerise sur le gâteau, Mei Tei Sho, qui revient lui-même sur sa carrière lors d’un sujet d’un quart d’heure, ne pouvait pas occulter deux des principaux souvenirs de sa courte vie. Le Lyon Calling Tour d’abord, tournée européenne de 23 dates sur 17 pays, qu’il partagea avec High Tone et le Peuple De l’Herbe, retracé ici durant vingt minutes à coups d’interviews, d’images live, d’anecdotes, de souvenirs et d’émotions partagées. Sandaleya ensuite: cette collaboration avec les Égyptiens de Ganoub, jusqu’à maintenant jamais diffusée auprès d’un large public, et qui se révèle aussi instructive qu’émouvante. Pendant près d’une heure, ces acteurs de deux générations différentes reviennent sur leur rencontre, leurs parcours à travers la France et l’Egypte, leurs difficultés de trouver une vraie osmose musicale entre deux mondes, deux cultures, et deux modes de fonctionnement particulièrement opposés. À ne manquer sous aucun prétexte

“Dance & Reflexion”, incontournable faut-il le préciser, se veut donc la marque indélébile d’une carrière de huit ans qui prend fin, et qui annonce le début d’une nouvelle ère pour ces musiciens surdoués. En effet, Germain Samba (batterie) et Boris Kulenovic (basse), noyau dur originel, continueront sous le nom de Mei Tei Sho, mais avec d’autres musiciens, tandis que Sir Jean prépare son album solo, et que Kostia (guitare) et Eric Prost (sax) s’envolent vers de nouveaux projets. La vie continue, donc…

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Zentone - “Zenzile Meets High Tone”

Zenzile Meets High Tone[Album]
28/08/2006
(Jarring Effects/Pias)

De la scène dub française, un peu plus posée que par le passé, Zenzile et High Tone en sont sans contestation les deux meilleurs représentants. Angevins et lyonnais se partagent ce règne qu’ils ont construit, chacun, tout au long de leur carrière et discographie, à coups d’albums toujours incontournables et de fructueuses collaborations (”-tone” pour High Tone”, “+1″ pour Zenzile). Cette ouverture d’esprit, ce respect mutuel préféré à une compétition malsaine, ne pouvait mieux proposer: un Zentone faisant suite à une tournée commune, et bien à la hauteur des plus folles espérances

Le concept est simple: les deux formations s’accordent et donnent naissance à dix titres composés collectivement, mixés séparément, dix lourds brûlot dub comme rarement il en a résonné en France, soulignant une maturité respective finalement indispensable à ce genre de projet. Car il ne fait pas de doute que les Zenzile et High Tone, enrichis de toutes les expériences que peut offrir une décennie de musique, n’auraient pu proposer mieux avant. C’est en tous les cas l’impression qui se dégage quand vrombissent les excellentissimes “The Source”, “Zentown”, et “Crash Test” faisant progressivement monter la pression et se rapprochant plutôt de la patte angevine. Mais High Tone n’en est pas pour autant discret: le steppa “Pulse Weed”, l’oriental “The Drop”, mais surtout “Dub Invaders”, outre ce mélodica imprégné de Zenzile, rétablit la balance avec ces samples et notes de guitare bien encrés dans le Rhône. Puis soudain, avec l’expérimental ambiant “Breathe”, le plus vindicatif “Deeper”, ou ce “Wide Screen” final rappelant le downtempo des premiers Amon Tobin, ces insolents génies brouillent les pistes en s’aventurant sur un terrain jusque-là inconnu. C’est toute la force de ce Zentone, équilibré, cohérent, et fier de son identité si forte

Il faudra en revanche faire une double acquisition si vous en voulez l’intégralité. Chaque titre a en effet fait l’objet d’un mix différent réalisé par chacun des deux groupes, l’un trouvant sa place sur le CD tandis que sa réciproque se retrouve sur le vinyl… Et que ceux qui préfèrent faire le choix de l’économie se préparent à s’arracher quelques cheveux, car les deux disques sont aussi différents qu’intéressants. On frôle même l’exercice de style! Comment les groupes ont-il pu parvenir à des résultats parfois si éloignés avec la même matière de base? On revient donc là à la source même du dub où la déconstruction et l’imagination du producteur permettent une infinie possibilité de versions. High Tone et Zenzile en font ici la preuve avec maestria, s’octroyant même le luxe d’être immédiatement reconnaissable… Quiconque connaît un minimum l’univers des deux groupes ne peut en effet guère se tromper sur l’origine de tel ou tel morceau. Du travail d’orfèvre

En écouteThe SourceOrgan GiftVisiter le site Zentone ici

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High Tone - “Re-Processed #1″

Re-Processed #1[Album]
19/06/2006
(Jarring Effects/Pias)

L’ouverture musicale des lyonnais de High Tone a l’avantage de déboucher sur des initiatives telles que “Re-Processed #1″. Arrosant leur musique de dub, de hip hop, d’electro, de drum n’bass, de jungle et de breakbeat sans jamais faire de radicales préférences, ils s’offrent ainsi quelques opportunités de rencontre faites d’affinités musicales et humaines. Plutôt qu’asséner un nouvel album, toujours le bienvenu cependant, le groupe a cette fois laissé ses potes se servir de ses titres pour une bonne salve de remixes inédits. Reverse Engineering, Le Peuple de l’Herbe, L’Oeuf Raide, Hybrid Sound System, Interlope sont donc de la partie et mettent sérieusement la main à la pâte

Ce sont les Suisses de Reverse Engineering qui débutent avec “Liquid Surfaces”, remix de “Musical Bonzeye”, et leur electro hip hop sombre, minimal, au doigt martelant furieusement le pad. Évidemment, BluRum 13 (One Self) répond présent lui aussi. Le Peuple de l’Herbe prend, lui, “Echo-Logik” par l’épaule et le transforme en “Echo-PH” pour un dub hip hop progressivement breakbeat. Au tour de l’Oeuf Raide qui s’attaque à “Bad Weather” (également pris à partie plus tard dans l’ambiance drum n’bass de Hybrid Sound System), electro hip hop tendance jungle. Mais l’invité d’honneur est incontestablement Interlope, qui s’est montré généreux en proposant cinq remixes. De ceux-là, on soulignera surtout les deux plus calmes (”Manipulated Reality” et “Mental Reaction” dans la lignée du dernier album), le duo lorgnant vers la fin plus volontiers vers une drum n’bass affichant 180 bpm au compteur, qui daignera laisser le mot de la fin à l’Oeuf Raide pour un très bon medley (”High Stone”) poussant plus loin que les dix minutes

Ce “Re-Processed #1″ n’est pas une surprise puisqu’en général, quand la matière première est bonne le reste suit. Du High Tone revisité ne peut donc pas être mauvais. Ici, la cohérence règne en maître et garde un oeil constant sur son petit cercle de géniteurs. Petit, oui, car la fête aurait encore été plus folle si le cercle des remixeurs avait été plus grand. Exemple peu original, mais on aurait bien aimé y voir Ez3kiel, ou même Zenzile histoire de donner un avant-goût du très prometteur Zentone à sortir à la rentrée. Mais n’allez pourtant pas sous-estimer l’intérêt de ce disque. C’est bien connu, c’est toujours en petit comité que les gens partagent leurs plus beaux secrets..

Tracklisting01. Reverse engineering - Liquid surfaces (rx musical bonzeye)02. Le Peuple De L’Herbe - Echo-ph (rx echo-logik)03. L’oeuf raide - Œuf bad 2 fat (rx bad weather)04. Interlope - Manipulated reality (rx VCF ramble)05. Interlope - Mental reaction (rx headline)06. Hybrid Sound System - Heavy weather (rx bad weather)07. Hybrid Sound System - Oriental hysterie (rx the orientalist)08. Interlope - 180 heads (rx headline)09. Interlope - Dragonkat (rx dehli katmandou)10. Interlope - Wazabi shot (rx sushit)11. L’oeuf raide - High stone (medley)

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Brain Damage - “Spoken Dub Manifesto”

Spoken Dub Manifesto[Album]
03/04/2006
(Jarring Effects/Pias)

La scène dub française se court après. Entendez par là que les jeunes recrues suivent le chemin tracé par les références françaises du genre qui, elles, recherchent, parfois en vain, une innovation constante. Brain Damage y officie depuis des lustres et surprend une nouvelle fois avec “Spoken Dub Manifesto”, un troisième album presque conceptuel puisque s’inscrivant dans la lignée “Dub Poetry”, genre que Prince Far I ou LKJ ont étendu dans les années 70. Car si le terme “Spoken Word”, poésie récitée et parlée, est souvent affilié à la scène hip hop, il s’adapte aussi parfaitement à l’univers musical du dub. Brain Damage en fait la parfaite démonstration en collaborant ici avec plus d’une dizaine de poètes, écrivains et vocalistes tous bien différents les uns des autres, et s’impliquant dans ce projet de manière toujours personnelle et variée

Parmi eux, Mark Stewart (un des principaux acteurs du rapprochement entre une certaine black music et le punk rock anglais des années 80, fondateur du Pop Group et collaborateur d’Adrian Sherwood), Subtitle (moitié de Labwaste, membre du Project Blowed), Dylan Bendall (guitariste de Lab°, membre de General Dub, et poète/vocaliste surprenant), Hakim Bey (controversé et provocateur, il est à l’origine d’une redéfinition de l’Islam hérétique et reste une des influences philosophiques et virtuelles du réseau internet), Black Sifichi (déjà entendu chez Brain Damage et Ez3kiel entre autres), Suzanne Thoma (compositrice, productrice et chanteuse au sein d’Octet), ou Ted Milton (chanteur de Blurt, groupe no wave/post punk légendaire). Mais la richesse et l’innovation de ce “Spoken Dub Manifesto” ne se résument pas uniquement à sa longue liste de vocalistes invités. Musicalement aussi, le groupe a fait appel à de multiples instrumentalistes qui ont permis au groupe de n’utiliser que des samples composés et interprétés. D’où, l’utilisation de percussions, vibraphone, flûtes orientales et expérimentations electro acoustiques par exemple qui ne viennent qu’amplifier l’impact musical de ce nouvel opus

Brain Damage semble avoir ouvert en grand les portes de son univers, se laissant la grande liberté de devenir un projet artistique avec un grand A avant de n’être qu’un simple duo musical. Du coup, l’originalité est plus que jamais de mise et ce “Spoken Dub Manifesto” bénéficie amplement de l’ouverture d’esprit de ses géniteurs. Du coup, Brain Damage passe du stade de l’éventuelle surprise, à celle de la surprise évidente. Un signe de maturité, incontestablement..

En écouteSterileFenêtres

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