Gnarls Barkley

Gnarls Barkley

(USA)

(2 articles)

Gnarls Barkley - “The Odd Couple”

The Odd Couple[Album]
31/03/2008
(Atlantic/Warner)

On n’avait pas forcément tort quand, en 2006 et à la sortie de son premier album, on clamait sans trop de retenue que Gnarls Barkley ne squatterait pas nos platines disque très longtemps. Certes, CeeLo et Dangermouse affichaient clairement une originalité et une personnalité musicales à part, restées encore intactes deux ans plus tard Et pour cause, seul le producteur touche à tout est capable de concrétiser un tel mélange d’influences, et d’en faire quelque chose de cohérent. Ce qui ne veut pas dire digeste, car il faut bien avouer que “St.Elsewhere“, emmené par son imparable et indiscutable tube “Crazy”, nous a conduit droit à l’écoeurement, à cette satisfaction bizarre de compter un tel disque dans sa discothèque sans pourtant avoir envie de l’écouter. Des fois qu’elle nous prendrait à l’avenir, sait-on jamais..

Ayant fait trembler la terre entière, notamment un public peu exigeant qui trouvait là l’occasion d’écouter quelque chose qui change de ses habituelles grosses productions formatées le caressant dans le sens du poil, Gnarls Barkley n’est pas pour autant tombé aux oubliettes. Cela dit, “The Odd Couple” est bien loin de susciter le même engouement que son prédécesseur, la faute peut être à un premier single (”Run”) incapable d’égaler son précédent tube interplanétaire. Un manque dans lequel certains y verront peut être le signe d’un nouvel opus cohérent. Seulement, Dangermouse et CeeLo ont trouvé la parade, resservant une suite logique de “St.Elsewhere” sans vraiment tenter de l’emmener plus loin et de l’améliorer, optant pour les mêmes sonorités, les mêmes gimmicks, toutes ces petites recettes rendues clichés à coups de “Crazy” asséné à outrance (”Surprise”). Une fois cette nouvelle livraison digérée, c’est d’ailleurs le principal reproche qu’on leur adressera, même si “The Odd Couple” se révèle attentionné, abouti dans le cadre restreint de la suffisance, et armé de quelques titres qui, s’ils ne seront en aucun cas surprenants, rempliront de satisfaction un public venu chercher ce qu’il avait déjà trouvé il y a deux ans. Ainsi, et une fois ce point de vue bien adopté, difficile de nier l’efficacité de “Going On” et son approche gospel, les mélodies pop de “Blind Mary” et “Whatever”, la rythmique décousue de “Open Book”, la puissance émotionnelle de “Who’s Gonna Save My Soul”, ou la finesse instrumentale à la fois downtempo et vintage de “Little Better”

D’autres, par contre, beaucoup moins inspirés, condamneront certainement ce nouvel album à la même destinée que son prédécesseur, allant même jusqu’à rendre la voix de CeeLo insupportable (”Neighbors”, “Would Be Killer”, “No Time Soon”). Question de goût. Reste que Gnarls Barkley reste un de ces ovnis dont la planète musique a réellement besoin d’entretenir, notamment parce qu’il reviendra certainement encore livrer quelques salves groovies totalement inoffensives, taillées pour un large public alors conforté dans son illusion de ne pas être totalement dévoré par les monstres de la variété. Car quoi qu’on vienne y chercher, Gnarls Barkley nous le sert d’un coup de dé magique, et la foule s’extasie, la conscience volontairement mise en veille

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Gnarls Barkley - “St.Elsewhere”

St.Elsewhere[Album]
02/05/2006
(Lex/Warner)

Dangermouse est devenu, en très peu de temps et grâce notamment à Dangerdoom et Gorillaz, un des producteurs dont on surveille désormais le moindre fait et geste. Alors, quand l’annonce a été faite de sa collaboration avec Cee Lo sous le nom de Gnarls Barkley, le buzz est monté aussi vite que leur premier single “Crazy” au classement des téléchargements. Car, mine de rien, ce fabuleux premier aperçu peut aujourd’hui se vanter d’être parmi les titres les plus téléchargés de l’histoire de la musique. Pourtant, on le sait, un single ne fait pas forcément un album, bien au contraire dans la majeure partie des cas. “St.Elsewhere” ne fera malheureusement pas exception, Dangermouse ou non..

Cet album détient cependant le pouvoir de déstabiliser son auditoire, comme Gorillaz a toujours su le faire, un petit degré en dessous. Ici, la soul, la funk, le gospel, le flamenco, la drum n’ bass et la pop tentent de faire bon ménage, mais poussent plutôt ce disque sur le terrain de l’écoute éphémère tant il est riche au point d’en devenir presque indigeste. À vrai dire, Dangermouse déçoit. Certes, ses productions jouent la carte de l’originalité tout en restant très accessibles, mais le bonhomme va trop loin dans ses influences au risque d’ôter une spontanéité essentielle à ce genre d’album, ici du coup trop calculé. Non, la satisfaction viendrait plutôt du côté de Cee Lo, membre de Goodie Mob ayant collaboré avec des artistes aussi variés que Common, Outkast, Carlos Santana, Timbaland ou les Pussycat Dolls. Lui vit là sa première expérience mainstream, malgré pas mal d’années de carrière, et en profite pour dévoiler, grâce à Dangermouse, ses talents de chanteur, ici beaucoup plus récurrents que le registre hip hop dans lequel on le connaît. Mais qu’il s’agisse de “Go Go Gadget Gospel” qui lance les hostilités avec son mélange de chorale et de fanfare, de “Boogie Monster” proche de Gorillaz, de “St.Elsewhere” façon RnB old school, du dansant “The Last Time”, ou de “Gone Daddy Gone” (reprise des Violent Femmes), aucun arrive véritablement à égaler l’efficacité et la qualité de “Crazy”, tube indiscutable et mur porteur de cet opus. Peut-être, en poussant un peu, le très fun “Smiley Faces”, le mélancolique “Just a Thought”, ou “Feng Shui”, titre le plus hip hop du disque

Gnarls Barkley n’est donc clairement pas la révélation attendue, ni la preuve supplémentaire et définitive de l’incroyable talent de Dangermouse. “St.Elsewhere” avance beaucoup trop en dents-de-scie pour provoquer l’effet escompté, rester ancré dans les mémoires, et ne pas ennuyer un auditeur pourtant enthousiaste au bout de quelques écoutes seulement. On craint même, alors, que la suractivité de ce producteur en vogue ne finisse par lui desservir. Et ce n’est pas sa collaboration annoncée avec The Rapture qui va nous rassurer..

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