Dj Shadow

Dj Shadow

(USA/San Francisco)

(15 articles)

Deux nouveaux titres de Dj Shadow en écoute

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Alors qu’il arrive au terme de la composition de son nouvel album, Dj Shadow fait monter le buzz en lâchant deux nouveaux titres dont la difficile tâche sera d’effacer ses loupés de ces derniers mois, pour ne pas dire de ces dernières années.

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Dj Shadow - “The Outsider”

The Outsider[Album]
18/09/2006
(AZ/Universal)

On attendait ça comme le Saint Graal. Dix ans après avoir marqué d’une empreinte indélébile le monde de la musique avec son premier album “Endtroducing”, Josh Davis a.k.a Dj Shadow redonne enfin de ses nouvelles, après quatre années de (plus ou moins) silence, avec un troisième album officiel dans son bac à vinyls. L’homme a toujours pris son temps, on le savait, mais le résultat récompensait généralement notre patience. Autant briser le suspense tout de suite, ce n’est plus vraiment le cas avec “The Outsider”

Tout commence par une introduction assez basique dans laquelle une voix qui se voudrait angoissante nous narre l’histoire de “The Outsider”… Mouais. Dans le genre, on n’est encore loin de la flipante intro du “Liquid Swords” de Genius GZA (”It was a baaad time for the Empire…”)… Bref. On nous prévient que ça ne va pas rigoler, qu’on va avoir du dark au kilo, etc

On est donc légèrement décontenancé d’enchaîner sur une perle soul à l’ancienne, avec l’excellent “This Time (I’m Gonna Try It My Way)” (un avertissement?). Le Dj le plus célèbre de la Bay Area nous la joue ici Curtis Mayfield, et le moins qu’on puisse dire est qu’il crée l’illusion sans problème. On jurerait le morceau tiré d’une vieille BO de la Blaxpoitation… Sans conteste le meilleur titre de l’album

C’est après que les choses se gâtent. Des rumeurs couraient déjà sur le Net comme quoi Shadow s’était mis à surfer sur la vague hyphy (pour ceux qui pensent que j’ai dû faire une faute de frappe, le hyphy est grosso modo la réponse de la Bay Area au crunk sudiste, et se retrouve donc être, par conséquent, un cousin plus au moins éloigné du grime anglais et de la booty bass de Miami. Rien de bien grave, donc, vous pouvez reprendre une activité normale!). Une litanie de MC’s parmi les plus renommés de la discipline (E-40, Keak Da Sneak & Turf Talk, The Federation & Animaniaks, Nump, David Banner…) se succède ainsi sur la première moitié de l’album (et un peu sur la fin) pour poser leur flow nasillard et interchangeable sur des beats digitaux dénués de toute inventivité. Tant qu’à écouter des choses dans ce domaine-là, on ne saurait trop vous conseiller de passer par les cases Puppetmastaz ou Dizzee Rascal, autrement plus efficaces et personnelles

Après un court interlude bluesy (”Broken Levee Blues”) en milieu de parcours, le disque prend subitement une toute autre direction, alignant les morceaux sans réelle cohérence, rappelant plus une compilation de b-sides qu’un vrai long format réfléchi en tant que tel

Le punk-rock digital pas bien dangereux (”Artifact”) côtoie ainsi le très long blues-rap de “Backstage Girl (feat. Phonte Coleman)”, lequel n’est pas sans rappeler l’intervention de Jon Spencer et Mike Ladd sur le dernier Coldcut. En moins percutant… “Triplicate / Something Happened That Day” est un joli instrumental qui fait le lien vers une série de quatre titres electro-pop qu’on imagine inspirés de la superbe collaboration entre Thom Yorke (Radiohead) et Shadow sur le “Psyence Fiction” de U.N.K.L.E en 1999. Malheureusement, les chanteurs Sergio Pizzorno & Christopher Karloff (Kazabian), Chris James ou Christina Carter n’ont ni la voix ni le talent du chanteur de Radiohead, et le rendu fait plus sûrement penser à du Coldplay légèrement remixé qu’au très bon “The Eraser” récemment délivré par Thom Yorke

Même l’incursion plus classiquement hip hop de la fin (”Enuff”) n’est pas renversante. Et la verve de killers comme Q-Tip et Lateef The Truth Speaker ne changera malheureusement rien à l’affaire. On réécoutera plutôt les brûlots sortis jadis sur Quannum..

Comprenons-nous bien, on ne reproche pas un instant à Shadow d’avoir voulu bifurqué (il se serait de toute façon fait taper sur les doigts s’il avait tenté de refaire un “Endtroducing”…). Nous sommes au contraire les premiers à applaudir des deux mains les virages artistiques quand ils sont maîtrisés (cf. Radiohead, Why?, Zenzile, Fink, Four Tet, Katerine, Saul Williams…). On sait aussi qu’il faut appréhender ce “The Outsider” sans forcément vouloir le comparer à ses productions précédentes. Mais on a quand même du mal à comprendre comment l’homme qui a signé il y a dix ans un chef d’oeuvre toujours inégalé peut bien aujourd’hui sortir un disque déjà maintes fois entendu –et en bien meilleur- depuis deux ou trois ans. On a beau retrouver de ci de là les beats si personnels du Maître, il faudra néanmoins une sacrée dose d’auto-persuasion pour défendre ce nouvel effort. On ne prendrait qui plus est pas autant de pincettes avec un quelconque autre artiste…. Enooorme déception. La suite, vite !

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Dj Shadow - “In Tune And On Time”

In Tune And On Time[DVD]
06/07/2004
(Island/Universal)

Les concerts de Dj Shadow en Europe se font rares et leurs places s’arrachent à prix d’or. C’était bien évidemment le cas lors de sa dernière venue à l’occasion de la sortie de “Private Press”, il y a maintenant deux ans. Voilà sûrement une des raisons expliquant la sortie de ce DVD/CD en live à la Brixton Academy de Londres, concert complet inutile de le préciser

“In Tune And On Time” nous refait donc vivre l’évènement. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une prestation un peu ennuyeuse sur DVD (Shadow étant seul avec ses platines), c’était sans compter sur tout le travail de vidéo en fond de scène venant parfaitement illustrer sa musique. Des vidéos faisant l’objet d’un montage intéressant, les images venant souvent s’incruster en premier plan pour donner plus de variété visuelle à un concert qui en aurait manqué s’il avait été filmé tel quel. Parlons musique maintenant. Le californien nous pond un mix de toutes ses productions, qu’elles soient issues de Unkle comme de “Private Press” en passant par Quannum, “Endtroducing”, “Preemptive Strike” et j’en passe… Bien sûr, Dj Shadow ne fait pas que pousser ses disques mais les superpose les uns aux autres pour des versions inédites et un mix qui, au final, s’avère inédit, varié, rythmé et toujours source de surprise

“In Tune And On Time”, n’ayant rien à voir avec ses précédents DVD en compagnie de Cut Chemist, est sans conteste un objet à acquérir pour tous les adeptes de deejaying. La version CD de ce live (incluse au DVD) est vraiment incontournable. En ce qui nous concerne, on considèrera le DVD comme un superbe bonus qui, à l’occasion, se regardera d’un oeil entre amis. Vivement conseillé.

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Dj Shadow - “The Private Repress”

The Private Repress[Album]
01/05/2003
(Island/Import)

Le marché japonais réserve toujours quelques bonnes surprises. Alors que “The Private Press” va bientôt fêter son premier anniversaire, Dj Shadow se voit enrichi de nouvelles versions pour ce “The Private Repress” plutôt aguicheur..

Une fois l’intro passée, on rentre dans le vif du sujet puisque c’est Soulwax (plus connu récemment sous le nom de 2 Many Djs) qui se fend d’un remix de “Six Days” aux consonances pop auxquelles ils nous avaient habitués lors de leurs précédents albums. Unkle reprend le flambeau accompagné de Roots Manuva pour un “GDMFSOB” placé sous le signe de l’electro hip hop et dont l’intérêt réside surtout dans la prestation du Mc anglais. Nous passerons ensuite sur la version rallongée de “Walkie Talkie”, les quelques inédits bien pâlots et les bonus vidéo de cet album, pour plutôt nous attarder sur cette nouvelle version de “Six Days” ou cette fois Mos Def fait une apparition remarquée, d’autant plus qu’elles sont de plus en plus rares, sa voix aidant à redonner une toute autre couleur au titre

Bien qu’il s’agisse de l’incontournable Dj Shadow, “The Private Repress” cible avant tout les inconditionnels du Dj car la moitié du contenu de cet opus est bien loin d’être indispensable. Le peu de nouveauté n’étant pas un monument, l’intérêt réside plutôt dans les remixes et les interventions de Mcs confirmés. Pour les riches ou les fans, car quand on aime on ne compte pas…

Dj Shadow - “The Private Press”

The Private Press[Album]
01/06/2002
(MCA/Universal)

On l’attendait depuis un certain temps, des rumeurs l’annonçaient comme une vaste blague, ce “Private Press” n’est autre que fabuleux. Si elle n’arrive pas à la hauteur de l’incontournable “Endtroducing”, cette nouvelle apparition du Dj de légende reste néanmoins indispensable

Nous sommes soufflés par ce talent de composition: des beats simples mais dévastateurs, parfaitement maitrisés et entrainants (”Giving Up The Ghost”), des samples hypnotiques (comme cette superbe guitare sur “Mongrel…Meets His Maker”, arabisante et parfois relancée par quelques notes de piano judicieuses ou sur “Fixed Income” épaulée par quelques apparitions de percus), des ajouts de voix tout simplement frissonnants et mélancoliques (”Six Days”, “Blood on the Motorway”) dignes du meilleur trip hop. Nous tiquerons juste sur le passage purement électro de l’album ou se mêlent breakbeat (”Right Thing/Gdmfsob”) et sorte de jungle assez soft (”Mashin’ on the Motorway”, “You Can’t Go Home Again”). Mais rassurez-vous, rien qui puisse gâcher l’ensemble de cet album qui ravira autant les fans de hip hop expérimental que les adeptes de musique éléctronique grand public. Car bien que l’homme pousse assez loin ses compositions, le tout reste largement audible pour les oreilles neuves

La diversité des morceaux est l’atout majeur de ce “Private Press” qui n’ennuie jamais, captive constamment l’attention et vous fait hocher la tête pendant une heure. Il était bon de parier que Dj Shadow ne reviendrait pas pour faire les choses à moitié. C’était prévisible, il y a des noms qui ne trompent pas.

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