(15 articles)

Ghostface Killah - “The Big Doe Rehab”

The Big Doe Rehab[Album]
04/12/2007
(Def Jam/Universal)

En sortant son septième album solo le même jour que celui du Wu Tang Clan, Ghostface Killah ne pouvait éviter une certaine confusion parmi ses fans. Car deux évènements aussi importants auraient pu connaître des difficultés à coexister s’ils n’avaient été tous deux d’excellente qualité

En effet, “The Big Doe Rehab” contient cette désormais marque de fabrique qui séduit un public toujours attentif. Ghostface excelle dans l’art du storytelling, entre fantasmes personnels, imageries cinématographiques, et scènes de la vie quotidienne. Mais toujours avec une prédominance soul dans la production musicale, comme pour brouiller les pistes, chose qu’il affectionne particulièrement. Une dominante mise en valeur par le magnifique “Yolanda’s House”, featuring Method Man et Raekwon, marqué du sceau du clan. Encore plus avec “Walk Around” et un sample superbement orchestré de Little Milton. Et pour compléter la liste de ses emprunts, on notera un morceau du “I Just Want To Celebrate” de Rare Earth pour un “We Celebrate” (feat Kid Capri), ainsi qu’un échantillon de Johnny Guitar Watson sur “Supa GFK”

Mais se contenter de surfer une vague qu’il connaît déjà par coeur n’étant pas dans ses habitudes, “The Ironman” varie toujours son terrain de jeu. Ainsi, “The Barrel Brothers” avec son riff de guitare et en compagnie de Beanie Sigel, ou encore “Killa Lipstick” (clin d’oeil à EPMD), démontreront toujours cette facilité à habiter les instrus, à leurs donner une âme. Encore plus lorsque le tempo se fait plus lent et l’ambiance plus douce: “Shakey Dog Starring Lolita” avec Raekwon et “Slow Down” avec Chrisette Michele concluent avec délicatesse cet opus fidèle aux attentes des inconditionnels

Ce n’est certainement pas le meilleur album de Ghostface, mais “The Bid Doe Rehab” reste dans la lignée de ce qu’il nous propose d’ordinaire. Faisant partie des meilleurs Mc, ses histoires étant toujours captivantes, et faisant en plus preuve de créativité dans sa technique, difficile de faire l’impasse et de ne pas considérer ce disque comme un des meilleurs du moment. Double couronnement, puisque avec le remarquable “8 Diagrams” du Clan, il marque ce début d’année de son empreinte. Le Wu et ses membres sont décidemment omniprésents et prouvent qu’ils sont plus vivants que jamais

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Jay-Z - “American Gangster”

American Gangster[Album]
05/11/2007
(Def Jam/Universal)

Il avait dit qu’il ne ferait plus d’album pour se consacrer au monde des affaires, mais la tentation de reprendre le chemin des studios fut trop forte. Ainsi pourrait être présentée la sortie de “American Gangster”, nouvel opus de Jay-Z, inspiré par le long métrage du même nom, et plus précisement par certaines de ses scènes correspondant toutes à un morceau. Le sujet le touchant forcément (l’histoire du premier parrain black de la drogue à New-York connu à l’époque pour sa discrétion et ses fortes valeurs morales), on se doute que Jay-Z ne pouvait que se sentir proche de l’inspiration du réalisateur, et qu’il a voulu apporter sa contribution au portrait fait d’une partie du New-York qu’il connaît bien. Cela étant dit, cet artiste multi facettes allait-il nous resservir une production mainstream, une compilation de hits radio sans grand intérêt, lui qui semble plus accaparé par l’obtention de sa franchise NBA à Brooklyn que par la musique

Si on a pu regretter le dérive quelque peu commerciale de certains artistes dit “underground”, bien qu’on ne sache plus très bien ce que ce terme signifie vraiment, on est surpris par le chemin inverse que semble avoir entrepris Jay-Z. En partie en tout cas, car il reste bien quelques traces de ses dernières “expérimentations” Rn’B. Mais lui qui, il faut le reconnaître, fut un des meilleurs Mcs new-yorkais, lyricist hors pair et technicien au flow tranchant de surcroit, semble retrouver cette inspiration qui avait conquis tout le monde du hip hop avec ses premiers albums. Bien sûr, le fait que ce travail soit fait dans une optique différente, que ce soit de l’illustration musicale avec un propos déjà établi, change la donne. Mais néanmoins quelle heureuse surprise d’entendre un titre comme “Roc Boys”, avec cette fanfare en fond, un beat plus old school, ce genre d’ambiance presque afro-beat dont on ne l’imaginait plus capable

On sent également ressurgir le fan de bandes-originales de film des années (”Superfly” de Curtis Mayfield ou le “Shaft” d’Isaac Hayes) grâce à “Sweet” qui ne jurerait pas au milieu des précités, tout comme “American Ganster” d’autant plus que le film se situe vers la fin de cette période. Il s’offre aussi un sample intégral des Beastie Boys pour un “Hello Brooklyn” bien nommé, en featuring avec Lil’Wayne, plus déroutant que réussi, mais qui finalement colle bien à l’objectif fixé

Reste que l’un des grands moments de cet opus est le tant attendu featuring de Nas, preuve que la hache de guerre est enterrée, pour un bon fat hip hop dont seul New-York a le secret. Deux notes de basse réussissent à faire rebondir cette version de façon tellement magistrale que les kinés vont avoir du travail avec le cou des b-boys. On sent également que quand ces deux là se donnent la réplique, ils y mettent le coeur: pas question de faire de la figuration quand on se mesure entre éternels prétendants au trône de la “Grosse Pomme”. Pharrell, prince de la hype hip hop, styliste plus que rappeur, vient donner de la voix mais cela restera anecdotique tant l’intérêt de cette apparition semble réduite a côté du plaisir de redécouvrir, si on peut parler ainsi, un artiste qui saura brouiller les pistes jusqu’au bout

Même si cet “American Ganster” ne restera pas la plus grande oeuvre de Jay-Z, il faut reconnaître qu’elle a le mérite de nous réconcilier en partie avec lui. Alors une question légitime peut se poser. Dans tout ce que l’Amérique peut représenter d’extrême dans ce domaine, peut-on en vouloir à un artiste n’ayant plus rien à prouver d’avoir choisi la voie des affaires, et d’avoir ainsi sacrifié la qualité au profit de la quantité? En tout cas, Jay-Z ne risque pas la faillite, et prouve qu’un sursaut de créativité est toujours possible. Alors que certains se réveillent, avant qu’on ne les perde définitivement

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Kanye West - “Graduation”

Graduation[Album]
10/09/2007
(Def Jam/Universal)

À l’instar de Timbaland, mais dans un genre légèrement différent, Kanye West fait partie des super-producteurs, de ces personnages qui ont depuis longtemps dépassé les limites de la simple sphère hip hop. D’album en album, et par le biais de nombreuses productions pour des Mcs de haut rang, l’Américain fait quasiment partie aujourd’hui de la catégorie des people, ces gens dont la renommée va bien au-delà de leur petit milieu. Aujourd’hui, il est devenu l’ambassadeur d’un hip hop commercial grand public, à la fois innovant et qualitatif, à tel point que l’étiquette pop n’est pas loin de lui coller définitivement au train

En 2007, on cite son nom à tout va, la patte Kanye West existe bel et bien, qu’on apprécie son oeuvre ou non, et le buzz ne cesse de monter. Il faut dire que médiatiquement, le Mc/producteur n’a pas pris de retard, est toujours présent dans les grands rendez vous musicaux et télévisés, bénéficie toujours de clips de haute facture (le prochain est illustré par SoMe et réalisé par les auteurs du “DANCE” de Justice), et n’hésite pas à dénoncer les dysfonctionnements de son pays (rappelez vous l’épisode de la Nouvelle-Orléans). Les raisons de cette affection? Un charisme sans borne, un réel talent, une propension à faire souvent les choses en grand, à toujours repousser ses limites, et à s’ouvrir à des rencontres et expérimentations allant outre les frontières du hip hop. Autant dire que dans ce contexte, son troisième album est on ne peut plus attendu

Et, autant l’annoncer tout de go, “Graduation” est à ce jour le disque le plus ouvert et le plus grand public de sa discographie. Certes, Kanye West garde toujours ses deux pieds dans le hip hop, celui qu’il délivre régulièrement à ses petits protégés (Lupe Fiasco, Common…) mais doté d’un penchant incontestable pour le formatage radio. Quelque chose que nous aurions sûrement dénoncé si on avait affaire ici à un artiste de moindre renommée. Car, comme dit précédemment, Kanye West est devenu une star, et on ne pouvait décemment pas attendre de lui qu’il ponde un disque expérimental ou avant-gardiste. Non, lui taille sa musique pour MTV, et une fois cela bien compris et digéré, difficile de remettre en cause ce talent qu’il a à brosser dans le sens du poil un public à la fois novice et mélomane

Et qu’il joue en douceur la carte de la mélancolie (”Good Morning”), une autre plus classique et prévisible (”Barry Bonds (feat Lil Wayne)”, “The Glory”), qu’il mélange quelques bribes de dancehall à une couleur Stevie Wonder contemporaine (”Champion”), quelques-unes des nombreuses couleurs de ce “Graduation”, Kanye West ne laisse pas indifférent. Bien sûr, le public hip hop le plus exigeant lui reprochera quelques volontés commerciales trop évidentes comme ce “Good Life (feat T-Pain)” au refrain effectivement trop sirupeux, cet inoffensif “Flash Lights (feat Dwele)” aux accointances electro; et même quelques loupés comme peuvent l’être “Big Brother” et “I Wonder”, tous deux gâchés par des synthétiseurs indigestes, et “Drunk And Hot Girls” ennuyeux au possible avec un Mos Def peu mis en valeur

Mais on ne peut enlever à cet album quelques titres très réussis (le beau “Everything I Am” marqué par la collaboration de Dj Premier, “Can’t Tell Me Nothing”), ainsi que quelques prises de risque qui auraient pu s’avérer catastrophiques mais qui, au final, illustrent impeccablement l’orientation que Kanye West veut donner à sa musique. Ainsi, et même si le but affiché est clairement l’omniprésence médiatique, “Homecoming” supporte très bien le piano et le refrain popisant de Chris Martin (Coldplay), et “Stronger”, incontestablement le tube de ce disque, parvient parfaitement à prouver que l’electro de Daft Punk (qui ressauce ici son tube “Harder, Better, Faster, Stronger”) peut se marier au hip hop de notre homme

Kanye West passe donc un cap qui ne sera pas sans laisser quelques-uns de ses fans continuer leur route sans lui. En effet, ce producteur semble vouloir toucher un public qui grandit au même rythme que sa renommée, et tourne ainsi sa musique vers des hauteurs que seules les grosses machines très lucratives peuvent atteindre. Clairement, “Graduation” n’est pas du niveau de “Late Registration”, mais fait très bonne figure au sein de la grande famille du hip hop variété que Kanye West vient désormais rejoindre délibérément. Encore une raison supplémentaire de préférer ce “Graduation” au “Curtis” de 50 Cent dont la sortie est prévue le même jour

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Nas - “Hip Hop Is Dead”

Hip Hop Is Dead[Album]
18/12/2006
(Def Jam/Universal)

New-York est autant en émoi que sous les vrombissements de ses ghettoblasters. Car, de l’autre côté de l’Atlantique, l’actualité était plutôt lourde en cette fin d’année 2006. Coup sur coup, les anciens rivaux et aujourd’hui amis que sont Jay-Z et Nas sortaient leurs nouveaux albums respectifs. Le temps des disputes (rappelez vous l’explicite “Fuck Jay-Z”), pour le titre de “King Of NY” notamment, est révolu. A tel point qu’on les retrouve tous les deux en duo sur le premier single de cet album qu’on avait, du coup, hâte de découvrir. Car c’est justement parce que Nas n’a désormais plus rien à prouver que le risque d’un album décevant et déviant planait au-dessus de nos têtes. Son titre aussi vrai qu’il donne des frissons dans le dos y était notamment pour beaucoup. Alors quid de la cuvée 2007 Nasir Jones? Premier constat, premier réconfort, Nas n’a pas cédé aux sirènes de la facilité, un fait devenu récurent sur la scène hip hop actuelle

Dés le premier titre “Money Over Bullshit”, produit par L.E.S et Wyldfyer, on reste dans le Nas que l’on connaît: un beat efficace, une mélodie sombre et dépouillée d’artifice, mais rien de transcendant pour autant. Un constat qui vaudra également pour “You Can’t Kill Me”, plus electro, et “Carry On Tradition” sonnant comme d’anciens titres du Kid du Queens. Influence de toujours chez le new yorkais, James Brown se voit, comme sur le précédent album, samplé sur un “Where Are They Now” produit par Nas lui-même et qui fait office d’hommage posthume depuis la disparition du godfather of soul. Mais c’est après que Will.I.Am produise un “HipHop Is Dead” original et audacieux, et que “Who Killed It” s’inscrive dans la pure tradition d’un hip hop new yorkais dépouillé, qu’arrive enfin le morceau le plus inattendu de l’année: Jay-Z et Nas ensemble sur “Black Republican” dont le principal intérêt est la présence de ces deux monstres du rap plutôt que l’originalité de la version, honorable tout de même et sublimée par les flows démoniaques des anciens rivaux

On ne s’étendra pas sur le titre larmoyant “Not Going Back” featuring Kelis, pour passer directement à l’une des perles de cet opus. Le subtil, léger, mélodique et délicieux “Still Dreaming”, produit par le désormais incontournable Kanye West (donnant également de la voix sur ce titre), et marqué par les choeurs aux allures de sample de Chrisette Michele, annonce un tournant dans ce disque et invite à une deuxième partie plus excitante que la première. En effet, “Hold Down The Block” et “Blunt Ashes” sont plus intéressants que la plupart des titres précédents. Kanye West en profite pour signer un deuxième petit bijou, “Let There Be Light”, où, accompagné de Tre Williams, Nas semble toujours autant maîtriser son sujet. Ce avant de s’essayer à un style plus G-Funk sur un “Play On Playa” envoûtant ou il est accompagné de Snoop Dogg, maître en la matière

“Can’t Forget About You”, avec encore une fois Chrisette Michele dans un style indéfinissable, mélange chanson rétro, variété américaine, le tout associé à un beat “crado”, et prouve que Nas n’a plus peur d’innover et de sortir des chemins qu’il emprunte habituellement. Mais passons directement à l’autre grande surprise de cet opus: “Hustlers” feat The Game et Marsha Ambrosius, sur une production de Dr.Dre d’inspiration asiatique et née de vrais instruments. Et oui, vous avez bien lu, le roi de la côte Ouest signe un titre pour un rappeur de l’Est: pas si fréquent! “Hope” clôture l’ensemble, titre a capella comme ultime preuve du talent de Nas

Ce n’est certes pas un millésime que ce nouvel album, mais on pourra cependant le considérer comme un très bon cru. Le Mc de Queensbridge n’a rien perdu de son talent de lyriciste, son flow est toujours l’un des plus aiguisés du hip hop, et c’est toujours entouré des meilleurs producteurs qu’il nous livre un opus de qualité. Manque peut-être le morceau d’anthologie qui figure d’habitude au tracklisting et généralement produit par celui qui le fait briller, l’incomparable Dj Premier. On se prend parfois à rêver à un album en commun mais n’en demandons pas trop, contentons nous de ce “HipHop Is Dead” qui nous prouve, heureusement, qu’il ne l’est pas

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Method Man - “4:21 The Day After”

4:21 The Day After[Album]
04/09/2006
(Def Jam/Universal)

Quatrième album solo pour Method Man, l’un des Mc les plus talentueux du Wu-tang. “4 :21 the Day After” s’inscrit dans un retour aux sources général pour les membres du crew de New-York. Plus hip hop que jamais, la pochette de l’album en étant une preuve supplémentaire, Method nous livre vingt titres à déguster sans modération

Il faut bien dire que depuis “Tical”, son premier album solo, Method man nous avait un peu déçu, à l’exception peut-être de son duo légendaire avec Redman qui déboucha sur un album plutôt réussi. Il retrouve d’ailleurs son blunt brother pour un “Walk On” ultra efficace où un sample de guitare et un beat bien lourd portent le flow des deux compères. Il faut dire que dans cette volonté d’un retour au “vrai” hip hop, le fait d’avoir choisi Erick Sermon comme principal producteur de cet opus semble être un excellent choix. On retrouve également Rza qui accompagne toujours son ami, ainsi que Havoc de Mobb Deep, Kwame, Allah Mathematics, bref que du lourd. Du côté des featurings, on retrouve également quelques pointures puisque Ginuwine est présent, pour le titre le moins réussi de l’album soit dit en passant, Raekwon et L.A The Darkman sur “The Glide”, Fat Joe et Styles P sur “Ya’Meen”, Inspectah Deck et Streetlife sur “Everything” dans un style purement Wu-Tang. Signalons aussi le titre “Dirty Mef” accompagné de ODB pour un titre hommage. Une chose qui ne change pas, c’est son flow toujours aussi précis, unique, grâce auquel il semble à l’aise sur tous les styles, et son grain de voix décidément inimitable

Même si cet album n’atteint pas les sommets d’un “Tical”, il reste néanmoins le meilleur qu’il ait fait depuis. Plus simple dans sa conception, plus efficace et surtout plus purement hip hop. Un retour aux valeurs qui ont forgé la légende Wu-Tang dont il est l’un des acteurs les plus importants. Un retour gagnant et rassurant à la fois, car quelques doutes sur la pérennité de ces artistes commençaient à apparaître. Ouf on respire

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The Roots - “Game Theory”

Game Theory[Album]
28/08/2006
(Def Jam/Universal)

Depuis leur excellent “Things Fall Apart”, The Roots courent plus ou moins derrière la confirmation de cet opus devenu un des classiques du hip hop. La cause? Les albums plus récents, “Phrenology et “The Tipping Point”, bien que de qualité, semblaient s’appliquer à ne plus jamais dissocier musique de qualité et potentiel commercial. Au risque parfois que le dernier nuise au premier. Comme beaucoup, on s’est évidemment régalé sur leurs titres de la trempe de “Break You Off”, mais il faut le dire, le matraquage aura eu raison de notre enthousiasme. Quand The Roots, à l’apogée de leur productivité, balancent donc “Game Theory” dans les bacs, on parierait pas mal que la recette soit quasiment similaire

C’était sans compter sur l’intégrité et l’éternelle générosité du crew de Philadelphie. Cette fois, il semble lassé de faire de l’oeil aux radios, et a clairement tiré la carte de la cohérence d’un véritable album hip hop, ou chacun des morceaux apporte sa pierre indispensable à l’édifice. Une nouvelle fois impeccablement produit, “Game Theory”, aux quelques featurings loin de faire office de vitrine, revêt pourtant un voile beaucoup plus sombre et froid (”In The Music”) que ses prédécesseurs. Un voile cependant loin d’être embarrassant puisque l’ambiance captive, et incite l’auditeur au flair aiguisé à porter plus d’attention sur la richesse des compositions et les subtilités d’arrangements. Sur les textes aussi, Black Thought ne s’étant pas montré si remonté et engagé depuis bien longtemps. Une rythmique solide qui groove, donc, un clavier discret mais inspiré, quelques choeurs féminins chaleureux évidemment plus soul que RnB (”Atonement” au sample emprunté à Radiohead), quelques banderilles dans le dos des politiciens, moins de guitares à outrance, moins de facilité en général, on a bien retrouvé le vrai The Roots. Une évidence quand on se penche sur les excellents “False Media”, “Don’t Feel Right”, “Take It There”, “Clock With No Hands” (frôlant le “You Got Me”), ou sur les plus étonnants “Baby”, “Long Time”, et “Livin In a New World”

La signature des Roots chez le Def Jam de Jay Z, qu’ils accompagnèrent sur son “Unplugged” il y a quelques années, marque donc un léger et rassurant retour en arrière. N’en concluez pas pour autant que le crew n’avance et n’innove plus. C’est la toute sa force: redonner vie aux valeurs du hip hop tout en le passant au plumeau. A ses acteurs aussi, car avec le final “Can’t Stop This”, il rend un vibrant hommage au défunt Jay Dee. Un Roots remonté à bloc en vaut bien deux, “Game Theory” s’écoutera sûrement bien plus longtemps que les précédents…

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