(33 articles)

Nada Surf - “Lucky”

Lucky[Album]
04/02/2008
(Coopérative/Naive)

Nada Surf nous avait laissé en plan il y a un peu plus de deux ans, entre souvenirs nostalgiques d’une époque truffée de tubes rock et d’autres plus récents sous l’égide d’une pop beaucoup plus apaisée. L’annonce de la sortie de “Lucky”, nouvel album, n’allait donc pas sans quelques interrogations. Le plus Français des groupes américains allait il refaire chauffer les lampes des amplis, ou offrir une suite logique de son précédent album? Le retour au bon vieux rock n’étant pas encore au goût du jour, tout du moins aussi radical que les fans de la première heure l’attendaient, Nada Surf confirme plutôt son statut de groupe pop extrêmement bien rôdé, à la maturité parlante qu’il s’agisse des textes (le politiquement engagé “The Fox”) ou de la musique, et à la capacité insolente d’enchaîner les tubes taillés pour les salles de concert plutôt que pour les ondes

Nada Surf illustre cela tout au long de ce nouvel opus, et plus particulièrement quand il balance quelques titres à l’efficacité immédiate, magnifiés par une des plus belles voix de la scène pop américaine. Caws, frontman du groupe, a toujours ce don d’opter pour la bonne mélodie, celle qui survole et glisse avec une grande facilité sur les harmonies de son trio, qu’elles soient jouées de manière énergique (”I Like What You Say”), ou plus calmement, comme sur “Are You Lightning?”, “The Film Did Not Go Round”, “The Beautiful Beat”, et “Here Goes Something”. Mais, on retiendra plutôt ce “Lucky” pour les quelques hits qui le ponctuent: le “See These Bones” d’ouverture, bénéficiant de la participation de Ben Gibbard (Death Cab For Cutie), s’inscrit dans du Nada Surf pur jus; tout comme “Weightless”, “Whose Authority”, “From Now On” et “Ice On The Wing”, qui aurait cependant pu se passer de son outro cuivrée

Les Américains, comme à leur habitude, dévoilent donc leur quota de titres ultra accrocheurs parvenant à rapidement faire oublier l’aspect souvent trop lisse de leurs compositions. Pourtant, “Lucky” dépassera sans souci “The Weight Is a Gift” dans l’estime des aficionados du groupe qui lui trouveront plutôt quelques accointances avec “Let Go“. Voilà qui prouve une nouvelle fois que Nada Surf en a encore pour longtemps sous la semelle, et que le puit des mélodies est loin de tarir. Bonne nouvelle non

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Les Savy Fav - “Let’s Stay Friends”

Let's Stay Friends[Album]
09/10/2007
(Coopérative Music/Naive)

D’abord partie intégrante d’une scène rock indépendante très crédible mais peu originale, Les Savy Fav a su très vite développer une personnalité qui l’aura vite fait se différencier de la nébuleuse. Ses albums ayant vu son public s’agrandir progressivement, c’est surtout sa compilation de singles enregistrés entre 1998 et 2003 qui servit de déclic à une ribambelle de rockeurs désormais persuadés d’avoir loupé le train. C’est donc au moment ou Dischord (véritable source d’inspiration de ces New Yorkais), touché de plein fouet par le hiatus annoncé par Fugazi, levait le pied, que Les Savy Fav révélait au monde entier son rock convaincant, et créait son propre label (French Kiss Records) pour l’assurance d’une liberté artistique totale

Tout cela fait que six ans seront passés entre ce “Let’s Stay Friends” et son prédécesseur. Le retour aux affaires du combo n’aura donc pas manqué de susciter l’excitation générale, comme quelques envies de collaborations: Eleanor Friedberger (the Fiery Furnaces), Toko Yasuda (Enon), Nick Thorburn (The Unicorns), Emily Haines (Metric), Joe Plummer (The Black Heart Procession) et Fred Armisen sont parmi les chanceux qui auront contribué à la réussite de ce disque. Car, disons le clairement, rarement le post hardcore n’aura connu une telle attention en termes de production, voire même peut être d’inspiration. Et c’est bien la mission réussie par ce nouvel opus: rester fidèle aux fondations tout en ne lésinant pas sur la décoration. Pourtant, le groupe était déjà de ceux qui n’hésitaient pas à intégrer cuivres, piano et effets divers à leurs morceaux, pendant que d’autres s’évertuaient toujours, et parfois en vain, à s’élever à leur meilleur niveau pour ne faire qu’égaler leurs concurrents

On n’avait donc logiquement plus qu’à s’attendre à un bel exercice de style de la part de Les Savy Fav. Ce qu’il n’a pas manqué de nous servir ici, balançant avec assurance quelques titres qui ne font que confirmer le passage au rang supérieur, de la même manière que The Trail Of Dead il y a quelques années. Des titres comme “Pots & Pans”, “Scotchguard The Credit Card” et “Slugs In The Shrubs” en sont d’ailleurs une belle illustration quand ils se montrent accessibles tout en ne tombant pas dans la facilité. Mais ces rockeurs de Big Apple ne s’en contentent pas seulement. Ils pondent aussi de véritables tubes énergiques, exécutés toutes guitares en avant (”The Equestrian”), lorgnent parfois de près ou de loin vers des recettes qui ont déjà fait leurs preuves (”The Year Before Year 2000″, “What Wolves Would Do” devraient ravir le public des Strokes), ou tentent d’attirer à eux les accrocs du rock dansant (”Patty Lee”)

Les Savy Fav a changé de tenue, mais tient son rôle. La force déployée autrefois par une énergie revigorante se retrouve désormais dans l’attention toute particulière portée à la qualité des compositions. Le combo est désormais capable de pondre de véritables tubes pop (”Comes & Goes”, “The Lowest Bitter”) tout en se vantant de sonner original. Comme une manière d’opérer un retour bien réfléchi et définitivement mature, mais aussi de souligner ce qui devient une évidence à l’écoute de ce disque: Les Savy Fav est loin de tout avoir dévoilé…

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The Go! Team - “Proof Of Youth”

Proof Of Youth[Album]
10/09/2007
(Coopérative/Naive)

Évelyne Dheliat aurait quand même pu prendre le temps de nous prévenir qu’un grand coup de frais allait s’abattre sur le monde de la musique, plutôt que de nous réciter son sempiternel éphéméride quotidien. Pourtant, un premier vent d’été tel que celui-ci avait déjà soufflé il y a deux ans. Les spécialistes l’avaient surnommé “Thunder, Lightning, Strike” mais, bien qu’assez marquant, celui-ci n’avait pas fait suffisamment parler de lui pour qu’on se méfie à ce point d’un tel come-back. Qu’on se le dise, ce combo de six musiciens en provenance directe de Brighton (Angleterre) assène ce petit vent tiède toujours agréable quelle que soit la saison. “Proof Of Youth” remet le sujet au goût du jour, armé d’une recette similaire mais encore plus efficace, aussi difficile que cela puisse paraître

The Go! Team est tout simplement de ces groupes qui ne vous disent rien tant que vous n’y avez pas prêté une oreille attentive. Pourtant, il s’agit bien là d’un des acteurs les plus originaux et rafraîchissants du circuit. Pour reprendre les grandes lignes de son registre, il faut s’attendre ici à un savant mélange d’un groupe féminin des sixties (”Doing It Right”), de musiques de séries télévisées des seventies (”Patricia’s Moving Picture”), de Mcs féminines influencées par le hip hop des années 80 (”Grip Like a Vice”), d’excellents musiciens, d’une énergie extrêmement positive et réellement communicatrice, d’un remède capable de vous faire oublier tous vos soucis et de vous plonger corps et âmes dans le fun et la légèreté

Ainsi, on reste bouche bée devant tant de mélodies pêchues, tant de musicalité baignée dans une production volontairement cheap, comme pour accentuer encore un peu plus cette impression de groupe des temps modernes qui refuse finalement d’en être. Pour preuve, quelques collaborations de bon goût allant en ce sens, puisque Chuck D de Public Enemy (dont la grande époque est quoi qu’on en dise révolue malgré une très bonne intervention ici) ou Marina de Bonde Do Role (autre groupe aux influences d’antan) ne se sont pas fait prier pour participer à cette grande fête

Et pour cause, rarement un tel mélange ne se sera avéré aussi efficace qu’imprévisible. Il faut s’attendre à tout de la part de The Go! Team, de ses musiciens inspirés, et de ses chanteuses aussi intenables que charismatiques: de la pop qui renvoie n’importe quel artiste des yéyés au placard (”Doing It Right”, “Fake ID”, “I Never Needed It Now So Much”), à quelques ballades à la sensibilité exacerbée (”My World”), en passant par de furieuses envolées de cuivres servant de tapis doré à un flow hip hop remonté (”Flashlight Fight”, “The Wrath Of Marcie”)

Rock, soul, garage, hip hop, pop… Pas la peine d’en rajouter. The Go! Team met incontestablement du soleil dans la vie, rend aussi joyeux que stupide, donne envie de danser et de taper des mains aussi longtemps qu’un lapin Duracell, et procure finalement tout ce qu’il est possible de demander à un groupe: de fabuleux hymnes très personnels auxquels le public accroche en moins de temps qu’il en faut pour le dire, et capables d’inspirer n’importe quel réalisateur de films ou de publicités de bon ton. “Proof Of Youth” fait tout simplement partie des cinq meilleurs disques qu’il faudra retenir de cette année 2007. Et cette fois, on campera sur notre position tant on recharge nous aussi nos batteries à chacune des écoutes..

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Simian Mobile Disco - “Attack, Decay, Sustain, Release”

Attack, Decay, Sustain, Release[Album]
19/06/2007
(Cooperative Music/Naive)

La musique électronique aide à la reconversion… Cela, James Ford (également producteur des récents albums de Mystery Jets, Klaxons, Arctic Monkeys) et Jas Shaw ne pourront pas le renier, eux qui commencèrent à se faire connaître avec Simian à la fin des années 90, ce groupe de pop aux intonations électroniques qui parvint à se faire signer en major. Une expérience peu concluante puisque nos deux Anglais se sont laissés emporter, en compagnie de deux autres musiciens, dans un projet qui ne les motivait pas plus que cela. Eux étaient déjà nettement plus inspirés par la musique électronique, celle qu’ils prenaient systématiquement l’habitude de balancer dans les clubs de la ville après chaque passage de Simian sur scène, avec un accueil du public beaucoup plus chaleureux de surcroît, jusqu’à définitivement abandonner le groupe qui splitta en pleine tournée américaine

Entre temps, Simian aura eu le temps de composer un morceau qui alla ouvrir bien des portes: “Never Be Alone”, aujourd’hui internationalement connu et chanté grâce au remix de Justice qui fit les yeux doux aux plus grands résidents de clubs de la planète pour encore résonner sans limites aujourd’hui. C’est celui-ci qui promit une grande carrière aux deux Parisiens, et qui motiva Ford et Shaw à se lancer définitivement dans le deejaying, les remixes et la production, trois disciplines qui, bien mariées, sont actuellement synonymes de succès. Simian Mobile Disco est donc définitivement né, pond quelques titres à sortir chez Kitsuné et Click Click Bang, deux labels sensibles à ce mélange d’indie rock et de techno désireux de ne pas se prendre au sérieux pour conserver une spontanéité indispensable. La sauce prend, les plus grands clubs leur ouvrent leurs portes, et le label Wichita (Bloc Party, Clap Your Hands Say Yeah) leur propose un premier album transformant leur side project en travail à plein temps

Pas étonnant donc que “Attack, Decay, Sustain, Release” soit un des albums les plus attendus du moment, au même titre que ceux de Justice et de Digitalism, lui offrant une concurrence des plus rudes. Trop rude même, car des trois révélations électroniques de ce printemps, Simian Mobile Disco ferme la marche. Non pas que ce premier album soit un faux-pas, loin de là. Il est tout simplement moins efficace, et moins cohérent que ceux de ses collègues Français et Allemands. Cependant, Simian Mobile Disco a le mérite de jouer plus ouvertement la carte de la diversité qui intéressera aussi certainement un public plus large. Ainsi, les incendiaires de dancefloors apprécieront très certainement le “Sleep Deprivation” d’ouverture, “I Got This Town”, “Tits & Acid”, ou les plus disco “Hotdog” et “Love (feat Barry Dobbin de Clor)”, tous représentant la face la plus réussie de ce premier album, contrebalancée par quelques titres peu enthousiasmants. C’est le cas de “It’s The Beat” (emmené par Ninja, chanteuse de The Go! Team) pour un exercice hip house piochant autant dans New Order que Kraftwerk et Technotronic (sic), “Hustler” (feat Char Johnson, chanteuse-rappeuse new yorkaise), “I Believe” (feat Simon Lord de Simian) se rapprochant dangereusement du pire de Depeche Mode et de Erasure

Toutes les cartes d’un été à passer en club sont couchées. Simian Mobile Disco vient donc compléter le trio gagnant sans lequel il ne faudra certainement pas partir. De tous, les Anglais sont ceux qui bénéficieront le moins d’un impact immédiat. Ce qui peut aussi vouloir dire que “Attack, Decay, Sustain, Release”, à la qualité néanmoins certaine, est celui qui dévoilera seulement peu à peu toutes ses richesses et s’écoutera sur la longueur. Cela, seul l’avenir nous le dira. Mais incontestablement, on assiste là à l’éclosion d’une génération électronique qui n’a pas fini de nous faire suer… Entendez par là, de nous faire danser, évidemment

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