(5 articles)

Get Well Soon - “Vexations”

get180Album
(City Slang / Coopérative Music)
25/01/2010
Pop symphonique

Après un premier album qui fit l’unanimité tant il laissait parler la profondeur de sa musique et son indéniable talent de multi instrumentiste, Konstantin Gropper s’est offert une place de choix au sein de cette cour des grands de la pop, dans laquelle il était entré par la petite porte.

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Calexico - “Carried To Dust”

Carried To Dust[Album]
08/09/2008
(Cooperative Music/City Slang/Pias)

On n’avait plus entendu Calexico aussi riche musicalement depuis “Feast Of Wire”, quatrième album sorti en 2003 qui allait laisser la place au plus épuré “Garden Ruin“, un disque ne laissant d’ailleurs plus que de vagues souvenirs aujourd’hui. “Carried To Dust”, cette fois composé à deux avant d’être soumis aux musiciens, revient donc remettre un peu d’en train et de lumière dans la discographie du groupe de l’Arizona qui convainc définitivement en plus de regonfler pour de bon un capital sympathie quelque peu émietté par sa précédente sortie. Calexico y retrouve ses richesses, ses cuivres et cordes notamment, ses élans cinématographiques aussi, et saisit l’occasion de raconter une nouvelle histoire: celle d’un écrivain qui achète une carte routière marquant en rouge un mystérieux itinéraire qu’il allait suivre, et qui l’emmènera de Valparaiso à la Nouvelle-Orléans en passant par Moscou

Pas étonnant donc que, en tant qu’invitation au voyage, chacun de ses disques emmène systématiquement avec lui quelques musiciens rapportés, valeur ajoutée qui ne se refuse pas quand elle est de cette qualité. Cette fois, ce sont entre autres Sam Beam de Iron & Wine (le doux “House Of Valparaiso” et ses cuivres lointains) et la chanteuse canadienne Pieta Brown (”Slowless”) qui se laissent embarquer et contribuent à deux des plus belles démonstrations mélodiques de cet album, tandis que Douglas McCombs de Tortoise vient fermer la marche sur “Contention City”, ovni de ce disque de par son orchestration et l’ambiance fantôme qu’il dégage. Mais, il serait trop injuste de minimiser ainsi la forme éclatante de Calexico, définitivement responsable de son meilleur opus à ce jour à en croire les nombreuses pépites qu’il contient: celles qui refont sonner les cuivres (l’ouverture enjouée “Victor Java’s Hands”, le cinématographique “El Gatillo” à la Sergio Leone), et donnent la part belle aux accents d’Amérique Centrale et du Sud (”Inspiracion”, avec Amparo Sanchez (Amparanoia) et Jairo Zavala, qui va même jusqu’à ne pas déplaire aux fans du Buena Vista Social Club), si proches de Tucson, berceau de Joey Burns et John Convertino, les deux têtes pensantes de Calexico

Mais plus que tout encore, c’est quand viennent le premier single “Two Silver Trees”, l’écorché “Man Made Lake”, et surtout les délicats “The News About William” et “Red Blooms” - deux des plus beaux titres de l’entière discographie du duo - qu’on prend conscience de son inspiration débordante. Plus que jamais, Calexico montre sa capacité à rebondir à chaque album, plaçant ce “Carried To Dust” sous le signe des collaborations de longue date et longtemps espérées, sans jamais y perdre une once de personnalité, cette force d’identification qui le caractérise. Après un bref passage quelque peu plombé (”Garden Ruin” s’en prenait notamment au régime de Bush fraîchement réélu), le duo a retrouvé toute cette splendeur et cette chaleur qui ne va jamais sans cette classe dont il est seul capable à ce point. Rock, jazz, folk, country et musique latine: on a retrouvé le vrai Calexico, et ce n’est pas la moindre des bonnes nouvelles..

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Get Well Soon - “Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon”

Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon[Album]
23/06/2008
(Cooperative Music/City Slang/Pias)

A l’heure où beaucoup de musiciens, fatigués d’avoir à faire des concessions, se rabattent sur l’idée de mener leurs projets seuls, certains s’enfoncent dans les méandres de leurs esprits, accouchent d’albums aussi inaccessibles que leurs pensées sont confuses. D’autres, au contraire, parviennent avec brio à laisser penser que toute l’orchestration dont ils sont le cerveau est le résultat d’un travail de groupe bien rôdé. C’est incontestablement à cette deuxième catégorie qu’appartient Konstantin Gropper, l’homme qui se cache derrière Get Well Soon et qui a passé ces trois dernières années à écrire, arranger et produire cette grosse quinzaine de titres qu’il a entièrement joué lui-même. Il faut dire que du haut de ses vingt cinq ans, le Berlinois sera passé par assez de genres musicaux (classique, grunge, gothique, indie, electro) pour pouvoir maîtriser cette pop profonde sur le bout des doigts, et avec une maturité époustouflante. Si certains citent volontiers Damien Rice, Tom Waits, Beirut, Radiohead ou Muse, “Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon” est avant tout un premier album qu’il aurait difficilement pu rendre plus personnel

Avec lui, pas d’arbre cachant la forêt, pas de tube voilant la médiocrité. Gropper est du genre à considérer un album dans son ensemble, et à le défendre avec encore plus d’ardeur sur scène ou il est accompagné de sept musiciens, parmi lesquels des cuivres, cordes et choeurs, témoins de la richesse de sa musique. Comme de ce disque qui, par de malins subterfuges (les breaks de “If This Hat Is Missing I Have Gone Hunting” par exemple), a ce don de transformer la banalité en originalité, mais aussi de multiplier les moments d’extase avec une déconcertante facilité grâce à des titres d’une profondeur inouïe (”Witches! Witches! Rest Now In The Fire”), des mélodies désarmantes, et un souci du détail peu commun qui ne les déshumanise jamais

“Prelude” qui ouvre l’album en atteste dés ses premières notes, et n’est pourtant qu’un léger aperçu de l’incroyable beauté dont est capable l’Allemand, à l’apogée de son talent sur un “I Sold My Hands For Food So Please Feed Me” tout en progression et à rendre autant jaloux Radiohead qu’Arcade Fire. Difficile après cela de relever la barre plus haut encore. Le plus fort de la part de Gropper étant de parvenir à nous faire douter du contraire en jouant la surprise: que ce soit à l’écoute de sa reprise d’Underworld (”Born Slippy Nuxx” et ses dorures electro), des balkaniques “You/Aurora/You/Seaside” et “Your Endless Dream”, ou de la mélancolie terrassante de “Help To Prevent Forest Fires”

Rares sont les disques ou les auteurs, qui y ont porté toute leur attention, n’y ont pas autant perdu en émotion. Pour un premier opus, “Rest Now, Weary Head! You Will Get Well Soon” est une oeuvre accomplie qui fera non seulement date pour l’impact qu’il aura eu sur l’auditeur, mais aussi pour avoir révélé un des véritables petits génies de ce nouveau siècle. Car c’est une certitude: Konstantin Gropper est une figure montante de la musique dont on parlera longtemps, d’autant plus qu’il n’a certainement pas encore dévoilé tous ses talents. Voilà enfin une perle, un vrai disque, un de ces albums qu’on ajoute solennellement à notre discothèque, qu’on prend plaisir à écouter religieusement, et qui ne manque pas de se dévoiler un peu plus à chaque écoute. D’un coup de dé, l’Allemagne revient se placer sur la carte internationale de la pop music. Sublime

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Notwist - “The Devil, You + Me”

The Devil, You + Me[Album]
12/05/2008
(City Slang/Pias)

Six ans sont passés depuis que The Notwist a accouché de “Neon Golden“, un véritable chef d’oeuvre electro pop vers lequel on retourne encore très régulièrement, bien que ce genre de mariage musical se soit souvent révélé éphémère. Six ans: beaucoup trop, pour qui connaît un peu le parcours des Allemands, pour parier sur une nouvelle salve prévisible, une suite logique de la dernière trace discographique en date. D’autant plus quand on sait, qu’entre temps, ces trois génies se sont, entre autres, laissés séduire par le travail quelque peu marginal de la clique Anticon au sein de 13&God. L’annonce de ce tant attendu “The Devil, You + Me” laissait donc échapper avec elle de nombreuses interrogations, cependant plus dictées par une excitation débordante qu’un scepticisme bien mal venu

The Notwist semble finalement ne pas avoir eu l’intention de brouiller les pistes, mais plutôt de poursuivre un chemin bien tracé depuis “Shrink”, comme si le temps qui passe, les modes et les courants musicaux successifs ne pouvaient en rien influer sur le combo, aussi impénétrable que les troncs centenaires de sa forêt bavaroise. Les Allemands reprennent donc les choses là ou ils les ont laissées en 2002, sans avoir à faire de gros efforts pour conserver leur place parmi l’élite indie-electro. Quant à nous, on retrouve comme nos automatismes, ce terrain devenu familier qu’il est impossible de ne plus vouloir fouler

En effet, difficile de refuser une nouvelle louche de pop à guitare saupoudrée de fines programmations électroniques, ou l’inverse, comme ces trois teutons en ont le secret. “Good Lies”, premier extrait divulgué sur le net, ou “Where In This World”, premier single marqué par la collaboration du Andromeda Mega Express Orchestra venu poser ses cordes à la fois douces et oppressantes (idem sur “Hands On Us”), en disent encore long sur cette capacité à faire mouche quelle que soit l’approche adoptée. Encore plus quand Markus Acher délivre son doux timbre de voix à la mélancolie envoûtante, capable à lui seul de faire de certains titres des tubes aussi solides, bien que moins immédiats, que ceux de “Neon Golden”. Pour preuve, testez “Gloomy Planets”, magnifique chanson d’amour, ou la délicieuse ballade acoustique “The Devil, You + Me”

Une fois n’est pas coutume, The Notwist rappelle son attention toute particulière pour les arrangements, clés indéniables de ce “The Devil, You + Me” cultivant lui aussi ce paradoxe récurent entre la beauté des mélodies, une précision aussi chirurgicale que rassurante, qui font toutes deux cette ambiance générale trop douce pour ne pas nous rendre paranoïaque (à raison sur un titre comme “Alphabet”). Un degré de maîtrise qui rend les Allemands reconnaissables à la première note, et qui les fait rejoindre sans contestation possible le rang des groupes avant-gardistes tels Radiohead (pour ne citer que le plus évident) qui ne sortent jamais leur disque sans avoir la certitude de ne pas y avoir tout mis, comme s’il s’agissait de leur dernier. Après tout, c’est bien la seule et ultime crainte qui puisse persister une fois digéré ce nouvel album, très certainement voué à devenir aussi classique que son prédécesseur

En écouteGood Lies

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Notwist - “On/Off Record”

On/Off Record[DVD]
03/11/2006
(City Slang/Import)

Un album réussi est celui qu’on réécoute toujours avec le même plaisir, des années après sa sortie. Il y en a peu, il faut l’avouer, mais “Neon Golden”, dernier disque en date des allemands de Notwist, est de ceux-là. Au moment de sa sortie, au début de l’an 2002, il flottait quelque chose dans l’air, laissant penser que le quatuor était en train d’accoucher d’une pièce essentielle de la pop contemporaine. Pourtant, encore aujourd’hui, il n’est pas sans diviser ses fans éternels, les uns ne jurant que par l’époque clairement rock (celle de “12″), les autres par cet ultime effort d’une richesse infinie, mis au monde en quinze mois, et mené sans écart par le souci du détail. Mais, s’il fallait bien un documentaire vidéo revenant sur un opus de Notwist, c’était sans contestation possible sur ce “Neon Golden”. “On/Off Record” trouve donc là tout son intérêt. Il nous plonge dans l’ambiance de l’enregistrement de ce disque, nous invite en studio avec le groupe, là ou chacun des musiciens travaille d’arrache pied, compose, arrange, multiplie les écoutes pour s’assurer que telle prise est meilleure que l’autre, partage ses impressions et ses divergences, et donne ce côté vulnérable, fragile, ce droit à l’erreur à chacun des titres. Mais la visite ne s’arrête pas là. “On/Off Record”, et son souci de l’esthétique, nous fait assister aux moments de détente, aux discussions devant mener sur le choix d’un label, à la rencontre avec la maison de disques (choix des photos, du single…), au mastering au studio Abbey Road (seul passage non sous-titré en anglais, dommage), aux séances photo, au showcase (conceptuel) de sortie de l’album, à la fabrication du disque, et aux interviews avec la presse. C’est d’ailleurs de ce dernier point que la seule touche humoristique de ce DVD viendra: voir avec quel ennui et quel désintérêt The Notwist doivent faire face à quelques questions sans intérêt. Côté bonus par contre, rien de très révolutionnaire: un EPK, quelques images de répétition ou de live, et un aperçu du film “Kanalschwimmer” que les allemands ont mis en musique. Un contenu très spécifique, donc, qui ne cible que les fans du groupe, et qui souligne cette profusion musicale qu’on ne soupçonnait pas alors que nous attendions impatiemment, en ce début 2002, la sortie de ce “Neon Golden”. À l’heure qu’il est, The Notwist ont réinvesti les studios pour nous concocter son successeur. Et à voir avec quelle méticulosité ils travaillent, on peut une nouvelle fois s’attendre à un album grandiose..

Voir le trailer ici

Calexico - “Garden Ruin”

Garden Ruin[Album]
03/04/2006
(City Slang/Naive)

Joey Burns et John Convertino, composant le noyau dur de Calexico, sont de ces artistes imprévisibles jouant régulièrement la carte du changement pour poser ensuite celle de la longévité.De ses quatre précédents albums, les “The Black Light” et “Hot Rail” ont certainement été les plus retentissants, transpirant cette ambiance “soleil de plomb” purement texane, encore plus lorsque les mariachis venaient alors prêter main-forte pour asseoir définitivement Calexico parmi les groupes à part. Déjà, “Feast Of Wire” en 2003 n’était pas parvenu à les égaler. N’en attendez donc pas plus de ce “Garden Ruin” qui laisse entrevoir, si ce n’est une nouvelle direction, un nouveau chapitre dans la discographie du duo

Ayant récemment collaborés, entre autres, avec Nancy Sinatra, Gotan Project ou Iron & Wine, Burns et Convertino semblent s’être laissés imprégner par ces expériences au point d’épurer considérablement leur musique. Sur ce “Garden Ruin”, les cuivres n’apparaissent quasiment plus, à l’exception de “Roka” (feat Amparo Sanchez, chanteuse de Amparanoia), au profit de la recette classique et simplifiée chant / guitare / batterie / choeurs mais aussi des textes plus engagés qu’auparavant et de leur interprétation. Du coup, la personnalité musicale de Calexico n’est conservée que dans le son et les mélodies, et ce nouvel album s’inscrirait presque dans la tendance folk actuelle, même si il lorgne régulièrement vers la pop et le rock (”All Systems Red”, “Letter To Bowie Knife”). D’abord décontenancé par une richesse musicale clairement moins importante, l’auditeur peinera pourtant à ne pas tomber dans la profonde intimité de ce “Garden Ruin” (”Yours And Mine”, “Smash”) dont quelques titres (”Lucky Dime”, Bisbee Blue”) valent un large détour

Calexico a donc choisi d’exploiter désormais des recoins de ses influences jusqu’à maintenant mises au second plan. De ce fait, “Garden Ruin”, même s’il s’inscrit parfaitement dans le décor que le groupe a planté tout au long de ces dernières années, sonne différemment de ses prédécesseurs, au risque de parfois flirter avec le banal. Ce nouvel album n’est donc clairement pas le plus marquant de sa discographie, mais s’avère être une pierre indispensable à l’édifice.

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