Buck 65

Buck 65

(Halifax/Canada)

Membre des Sebutones mais aussi auteur d’une carrière solo irréprochable ayant donné naissance à plusieurs albums d’anthologie, Buck 65 réside désormais chez une major et s’attaque à une Europe désormais friande d’un hip hop marginal dont il est sans contestation un des piliers…

(10 articles)

Bike For Three - “More Heart Than Brains”

bike180Album
(Anticon)
25/05/2009

La technologie inhérente à la musique à d’imbuvable ce qu’elle a aussi de génial, comme en atteste ce nouvel exemple des plus parlants. Séparés par un océan qui les a empêchés de se rencontrer pendant toute la période de gestation de «More Heart Than Brains», le Canadien Buck 65 et la Belge Joelle Phuong Minh Lê (plus connu pour son projet Greetings From Tuskan) ont mis sur pied Bike For Three, un duo virtuel qui appuie lourdement sur la pédale. Lire la suite…

Buck 65 revient chez Anticon

buck65

Le Canadien Buck 65 s’est fait connaître il y a dix ans de cela grâce à ses affinités musicales communes au label Anticon, alors précurseur d’un nouveau hip hop. Depuis en solo chez Warner, et après une petite dizaine d’albums solo, il retourne au monde indépendant pour Bike For Three, le duo qu’il forme avec Minh Lê AKA Greetings From Tuskan. «More Heart Than Brains» est impatiemment attendu pour le 25 mai.

Buck 65 - “Situation”

Situation[Album]
30/11/2007
(Strange Famous/Wea)

Apparu au sein de la troupe Anticon dans le courant des années 90, Buck 65 s’est vite émancipé du crew californien, bien conscient que son approche du hip hop se devait d’être mieux exploitée, et de se débarrasser de toute affiliation trop lourde à porter. Sa personnalité atypique, de plus en plus reconnue, n’a alors pas tardé à intéresser les grandes maisons de disque. “Square“, et surtout “Talkin Honky Blues” auront provoqué un déclic non négligeable chez le Canadien, comme s’il réalisait sa chance, qu’il se sentait soudainement un véritable artiste, et que plus rien ne pouvait désormais l’empêcher de s’épanouir en allant chercher au plus profond de sa vision du hip hop. Il paraissait donc acquis que Buck 65 évoluerait d’album en album, jusqu’à ce qu’il soit presque impossible de qualifier sa musique. Seulement, le garçon n’est pas du genre à céder au prévisible

Secret House Against The World” ayant laissé son public sur une très bonne impression, comme allait-il maintenant pouvoir surprendre? D’une manière à laquelle peu avaient finalement pensé: le retour au hip hop. Une plutôt bonne idée, un léger lifting qui vient même dérider son image de jeune vieux, un peu barbante pour qui n’aura jamais adhéré à ses récentes aspirations. Mais c’est bien évidemment enrichi de ses dernières années qu’il l’aborde, laissant toujours sous-entendre son côté littéraire et sonner son amour pour les musiques aux solides racines folk et blues

Il est donc plutôt revigorant de réentendre un beat hip hop sur les lyrics de Buck 65. C’est en tous les cas le sentiment que laissent des titres comme “1957″, “Liptstick”, “The Beatific” et “Benz” qui, par ailleurs et bien que très réussis, ne font pas preuve d’une grande avancée en s’abandonnant à un old school contemporain. On préfèrera plutôt “Shutter Buggin”, “Spread’Em”, “Way Back When”, ou “White Bread”, à l’âme plus certaine. Mais on connaît aussi la propension du Mc à trancher dans le vif d’un morceau à l’autre. Ainsi, l’ambiance rock n’roll de “Dang”, la profondeur et la mélodie de “Ho-Boys” et “Mr Nobody”, le funky “Cop Shades”, la petite touche indie de “The Rebel”, la chaleur du blues de “Heatwave”, et la beauté légère de “The Outskirts”, s’accapareront à eux seuls tout l’intérêt de ce disque

“Situation”, qui prend pour thème l’année 1957 considérée comme cruciale par l’intéressé dans l’histoire du monde occidental (début de la guerre froide, début du situationnisme…), nécessitera toutefois quelques écoutes avant de semer cette impression de redite, en grande partie amené par la voix et le flow bien marqué de Buck 65. Seulement après, il laissera abondamment couler sa sève, et une bonne certitude: le Canadien, même s’il n’avance pas beaucoup plus vite que ses adversaires, est toujours dans la course. Mais de l’autre côté des glissières de sécurité, pour un peu plus d’adrénaline..

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Buck 65 - “Secret House Against The World”

Secret House Against The World[Album]
28/06/2005
(Warner/Wea)

Puisqu’il se joue des étiquettes, Buck 65 est de ces musiciens inclassables suscitant une grande curiosité à la veille de chaque album. Que va donc nous balancer le canadien après avoir déstabilisé son monde avec un “Talkin Honkie Blues” déjà très personnel? Avec une géniale insolence, il ne fait que pousser le bouchon un peu plus loin, donne une suite logique et croissante en originalité et parvient enfin à ne plus souffrir des quelques longueurs du passé. Plus qu’il ne surprend, Buck 65 épate, bluffe et possède désormais assurément son univers bien à lui. “Secret House Against The World” est un petit chef d’oeuvre multicarte au fond hip hop de moins en moins décelable, beaucoup plus rock dans son ensemble. Ici, avec un talent de comédien palpable tout au long de cet opus, le canadien peut revêtir la veste du crooner, comme celle du punk rocker en passant par le rôle du chanteur texan ramolli ou celui du romantique attentionné. Et si on frôle la schizophrénie autant que la perfection, chaque titre apporte sa pierre à l’homogénéité du disque. Même si on croirait entendre parfois Johnny Cash, Tom Waits ou Iggy Pop se frotter au hip hop. Soulignez la prouesse! Et ce n’est pas fini… Buck 65, majoritairement mélancolique et sombre, a su embarquer dans son aventure les imprévisibles rockeurs de Tortoise, le crooner fou qu’est Gonzales, ou sa partenaire dans la vie qui vient, de par ses contributions vocales, apporter douceur et romantisme à la française sur plusieurs des titres. Buck 65 s’est ici appliqué à prendre une belle longueur d’avance sur ses petits collègues enthousiastes à l’idée de faire évoluer le hip hop. Lui en n’est plus là, et peut se vanter de l’enrichir autant que la country, la folk ou le blues. “Secret House Against The World”, inégalable, est très nettement le meilleur exercice du bonhomme, même s’il y a de fortes chances qu’il reste le plus incompris. Un sort souvent réservé aux génies…

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Buck 65 - “Wicked And Weird”

Wicked And Weird[Maxi]
01/12/2003
(Wea/Warner)

Pas besoin de rappeler que le dernier album du canadien Buck 65 nous avait vraiment mis le cul par terre. “Talkin Honky Blues” lentement digéré pour plus de plaisir, l’heure est désormais à la course à l’inédit. C’est donc ce premier maxi, “Wicked And Weird”, qui nous amène une eau pure à notre moulin qui n’en demandait pas tant

Souvenez vous. “Wicked And Weird” n’est autre que le premier morceau de l’album, juste après l’intro, qui nous faisait découvrir Buck 65 sur une rythmique bien plus enjouée qu’à l’habitude. C’est donc logiquement avec ce titre que débute le maxi. Mais le mieux reste à venir. Son remix, par Jacknife Lee, nous fait entendre, pour la première fois, l’égérie du nouveau hip hop dans une veine lorgnant sans crainte vers le punk. Et oui, vous avez bien lu! Le flow linéaire de Buck se pose sur une instrumentation intense et saturée pour un résultat des plus originaux. Mais le bonheur continue… “What’s Wrong With That”, inédit, semble joué par un mélange habile de The Strokes et des Rolling Stones, sur lequel le canadien se pose comme à son habitude. Du jamais entendu

Alors que l’on entend déjà les puristes hip hop crier au scandale, ceux qui ne sont pas réfractaires à l’innovation se jèteront sur l’objet, au contenu novateur et brisant les barrières musicales comme un tank dans une boutique de porcelaine. Chez nous, ça passe en boucle, on adore et on attend le prochain…

Buck 65 - “Talkin’ Honky Blues”

Talkin' Honky Blues[Album]
16/09/2003
(Warner/Warner)

Cela ne fait que six mois que Buck 65 nous a sorti un “Square” conceptuel qui marquait le début d’une nouvelle étape, puisque Warner lui promettait une exposition plus adéquate à son talent. Aujourd’hui, la créativité incessante du canadien s’illustre une nouvelle fois avec “Talkin’ Honky Blues”, un album plus classique, sans concept mais qui sonne le glas de la maturité, et affiche sans pudeur la personnalité artistique plus marquée de Buck 65 autant au sein de la scène hip hop que de la scène musicale toute entière

Si on passera rapidement sur “Leftfielder” qui fait plutôt ici figure d’introduction, “Talkin’ Honky Blues” débute vraiment sur “Wicked & Weird” qui nous fait découvrir un Buck 65 plus énergique qu’à l’accoutumée, déballant ses rimes à un rythme effréné, laissant la version s’exprimer par le biais de quelques passages rappelant que nous n’avons pas ici affaire à un hip hop banal. L’appellation blues de ce nouvel album s’applique plus logiquement ensuite, comme sur “Riverbed Part 1″, “Riverbed Part 2″, ou le canadien semble s’être inspiré des arpèges et des mélodies texanes de Calexico pour alimenter son morceau. Non content de se suffire à une seule influence, Buck 65 ne s’éloigne pas pourtant des ambiances des opus précédents (”Exes”) même si la qualité du son s’est largement améliorée et que les versions semblent bénéficier d’une profondeur sans précédent chez l’artiste (les basses sont plus présentes et plus originales, les versions sont incontestablement plus musicales, peaufinées et cinématographiques)

Jetez par exemple une oreille sur “Sore”, empruntant des penchants reggae avec un riddim discret mais bel et bien là, “Protest”, qui nous laisse penser que Buck n’est pas resté insensible à l’approche d’un RJD2, “Roses And Blue Jays”, mi-dub mi-blues, “Riverbed Part 3″, à l’instrumentation accrocheuse et variée avec notamment ces quelques notes de guitare acoustique aux allures de berceuse, “50 Gallon Drum” et “Riverbed Part 4″ et leurs obscures profondeurs chères à Boom Bip, et bien d’autres joyaux qui sauront vous séduire

Si ce n’est évidemment pas le cas, “Talkin’ Honky Blues”, par son professionnalisme et son perfectionnisme, pourrait laisser penser que les précédents opus sont nés trop rapidement. Ici, on est en présence d’un grand Buck 65 qui prend de cours une grande partie de la scène néo hip hop et affirme un style bien personnel comme pour mieux justifier son statut de “Tom Waits du hip hop” largement entendu dans la presse. Si on pourrait encore reprocher un flow un peu trop linéaire qui semble définitivement faire son style, ce tout petit reproche est largement compensé par la désormais grande qualité de ses versions. Buck 65 a pris son envol, a presque créé son propre style, et rien ne semble maintenant pouvoir l’arrêter..

Ecoutez un titre sur le nouveau site de Buck 65.

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Interview : Buck 65 (04-2003)

Interview : Buck 65 (04-2003)

Avec son dernier album “Square” paru chez une major, Buck 65 est le premier Mc de cette scène hip hop avant gardiste à se tirer de l’anonymat même partiel. Quelques questions par mail et le tour est joué…

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Buck 65 - “Square”

Square[Album]
18/02/2003
(Autoproduit/Wea)

Alors que la vague hip hop avant gardiste, poussée par des activistes tels que Anticon, Mush ou Lex, semble de plus en plus rencontrer un franc succès chez les adeptes de hip hop mais aussi chez les médias, Buck 65 voit son dernier album signé chez une major canadienne comme pour sonner l’heure d’une consécration bien méritée. Pourtant, l’homme n’accouche pas par le biais de ce “Square” d’un album facile à travailler par une major. En effet, quatre morceaux d’un quart d’heure composent ce dernier long format, tous se présentant comme un condensé de productions lui donnant l’allure de mix tape

Quatrième partie de la série “Language Arts”, “Square” ne souffre pourtant d’aucune longueur et se compose de productions reconnaissables de par leur approche simple mais efficace, à l’image du personnage, née de beats épurés et de samples simples. Se présentant comme ces albums de Odd Nosdam ou de Reaching Quiet n’étant que des successions d’idées, le canadien ne tombe cependant pas dans les mêmes travers puisqu’il prend le temps de faire évoluer ses boucles et donne au tout une cohérence dont on aurait pu douter avant l’écoute. Ainsi, les éclairs de créativité de Buck 65 s’enchaînent sans véritablement se ressembler mais dégagent un fil conducteur renforcé par le flow confession de l’artiste (rappelant parfois Tom Waits) l’éloignant de tout ce que l’on peut d’habitude entendre dans le hip hop y compris dans celui se vantant d’une certaine originalité. Les enchaînements subtiles prennent l’allure de breaks et on se laisse doucement transporter par les samples, éléments indissociables de la cohérence et de la diversité de cet album aux multiples rebondissements, et l’émotion se dégageant de chacune des interventions du Mc

Le hip hop de Buck 65 détient le non négligeable avantage de transpirer la différence et le détachement de tous ces stéréotypes du genre. Certes, seul le concept différencie ce “Square” des albums précédents même s’il marque une certaine évolution due à une maturité gagnée à force de travail. Inutile de vous conseiller cet opus qui marque à n’en pas douter le début d’une ère hip hop, déjà bien installée dans le milieu underground, et qui ne demande que l’attention d’un public de plus en plus large. Ayant longtemps souffert de sa différence, Buck 65 voit aujourd’hui les portes du monde s’ouvrir à lui. Alors, oubliez tout ce que vous avez pu entendre auparavant et appréciez ce “Square” à l’allure d’une confirmation et d’un electro choc..

Ecoutez un extrait sur le site de l’album Square

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Buck 65 - “Man Overboard”

Man Overboard[Album]
01/03/2001
(Anticon/Import)

Ce n’est bien sûr pas parce qu’il est sorti sur Anticon que nous pensons que ce “Man Overboard” reste parmi les meilleures productions du Mc Canadien. Passé outre une pochette qui n’est pas des plus vendeuses mais qui, en fin de compte, colle bien à la personnalité du personnage, nous nous plongeons dans ce long format qui ne nous laisse que très peu d’information à son sujet. 15 titres le composent, tous non titrés

Dés le début, on reconnaît la patte de Buck 65 sur des beats ralentis et des sonorités très personnelles car synthétiques et brutes. Il y pose un flow toujours bien appliqué et mis en avant par une certaine monotonie des versions s’avérant efficace, ce qui reste rare dans les productions hip hop. La vision artistique du Mc ressort à chaque seconde de ce disque dont les ambiances ne sont pas des plus joyeuses, alternant entre différentes influences comme la pop (piste 3 avec des guitares simples et mélancoliques appuyées par une rythmique intense et massive), l’esprit série B (marqué par les samples décalés de la piste 5), la chanson (la piste 6 nous présente un Buck limite crooner sur une version chaude et jazzie) ou la drum n’bass (piste 11). A noter que Buck 65 n’hésite pas non plus à faire évoluer chacun de ses titres jusqu’au point ou ils peuvent se terminer à l’opposé de la manière dont ils ont commencé, les conclusions servant souvent de transition aux morceau suivant. Un des grands moments de ce “Man Overboard” reste la piste 14 avec ce sample de guitare bourré d’effets donnant une ambiance si particulière au morceau et sur lequel le Mc pose un texte dont se dégagent de multiples émotions

La qualité de ce “Man Overboard” aura sûrement joué sur son intégration au monde des grandes maisons de disques pour l’album suivant. Il met lui même ici en lumière tous ses talents de compositeur et d’interprète qui, depuis “Vertex”, ne font plus aucun doute. Buck 65 fait partie intégrante de cette scène hip hop avant gardiste fascinante et se paye même le culot d’en être un des plus puissants représentants