Black Milk

Black Milk

(USA)

(12 articles)

Black Milk - “Tronic”

Tronic[Album]
27/10/2008
(Fat Beats/Import)

Au sein de la suprématie hip hop, Detroit a encore beaucoup de mal à venir jouer des coudes au milieu des Los Angeles, New York ou Atlanta. Pourtant, ce ne sont pas les dignes représentants qui lui auront manqué ces dernières années. Jay Dee parti malheureusement trop tôt, Eminem s’apprêtant à faire son “grand” retour, il ne reste véritablement que Black Milk pour venir égayer le constat. Pas étonnant donc que, bien défendu par un “Popular Demand” ayant fait l’unanimité l’an passé, le producteur se soit montré très présent depuis, en multipliant les collaborations, comme en mettant ses talents au service des autres, de Slum Village à Guilty Simpson. Mais, plus ou moins mis en bouche par ses apparitions en dents-de-scie aux côtés de Fat Ray ou Bishop Lamont, le public hip hop attendait beaucoup plus de “Tronic”, cap crucial du nouvel album d’un homme dans le viseur des spécialistes, prêts à l’encenser comme à le déboulonner

La pression sur ses épaules était lourde, et cela se ressent presque sur la fébrile ouverture autobiographique qu’est “Long Story Short”. Non pas que Black Milk manque son entrée, juste qu’on y entend presque l’enjeu. Mais ça ne durera pas longtemps, car l’Américain surprend ensuite avec l’approche futuriste de “Bounce”, héritée du mélange de sonorités vintage et plus modernes, qui s’en va bousculer Kanye West sur son propre terrain: un choix d’abord judicieux dans la demi-mesure (lui, comme le très bon “Overdose” auraient suffi), donc quelque peu fané dans la répétition (”Hold It Down”, “Losing Out”, “Tronic Summer”). On lui préfèrera ainsi ses escapades plus chaleureuses, à coups de cuivres et de rythmique efficace sur “Give The Drummer Sum”, ou ses quelques accents soul/funk attendus sur “Try” et le final “Elec”

Mais “Tronic”, qui ne cesse de monter en puissance, n’a pas encore dévoilé son plus beau profil, celui qui fait bouger les têtes sur le beat fédérateur de “Without U”, et balance quelques bombes parmi lesquelles l’imparable “Hell Yeah”, et le monumental “The Matrix” sur lequel Dj Premier vient même s’inviter. Et cette force n’est pas la seule marque de caractère de ce jeune homme de 25 ans qui, tout du long, persévère aussi dans le Mcing alors que beaucoup ne manquaient pas de l’allumer à ce sujet: couillu de sa part de ne pas faire appel à d’autres que la nouvelle coqueluche pop/soul Colin Munroe, ou Pharoahe Monch, Fat Ray, AB, Royce Da 5′9 et Sean Price pour venir soutenir le propos. Armé d’une détermination sans faille, d’une réelle volonté d’avancer, Black Milk prend ainsi la tête de la marche, celle de la révolution décidée par la scène hip hop de Détroit. De chez eux, que les autres centres névralgiques du hip hop US se disent qu’il n’y a jamais de fumée sans feu

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Black Milk - “Popular Demand”

Popular Demand[Album]
13/03/2007
(Fat Beats/2 Good)

Quand on vient de Détroit et que l’on est un jeune Producteur-Mc, difficile de ne pas sentir planer au-dessus de soi l’ombre de Jay Dee. Même si beaucoup le présentent comme son successeur, Black Milk, membre du duo de producteurs BR Gunna qui se charge de Slum Village, nous propose un premier opus qui fait suite à un Ep, “Broken Wax”, qui avait marqué les esprits et confirmait un statut de prétendant à la relève

Il est vrai que malgré cette pression supplémentaire sur les épaules, ce jeune producteur s’en sort plutôt bien. Car si il est vrai que son style est plus proche d’un Jay Dilla que d’un Dre, il ne tombe pas dans la caricature, et propose un son frais et accompli, avec sa propre patte, beaucoup plus rugueuse que l’on pourrait le croire. Car après une intro très “soul-beautiful”, le titre “Sound The Alarm” feat Guilty Simpson nous prend à contre-pied, et non amène dans un univers plus sombre qu’on ne pouvait le croire. “Insane”, qui suit, n’est pas non plus un titre prévisible, plutôt rythmé et encore une fois assez froid. On retrouve son style habituel grâce à “Lookatusnow” feat Phat kat, un tempo plus apaisé, un sample unique servant de fil conducteur, proche d’un son signé Hi-Tek. Même constat pour “U”, où c’est dans une ambiance plus “tendance”, avec une voix ultra filtrée, accélérée, “à la Kanye West”, qui forme la fondation du titre, que nous entraîne Black Milk accompagné de Ty & Kory ,qui chantent un refrain très new-soul. Autant dire qu’on avance déjà sur un terrain plus connu. “Shut It Down” est également composé avec la même recette, le refrain en moins. Certains titres de cet opus sortent quand même du lot, à titre d’exemple on citera “Say Something” accompagné de Name Tag et Slim S.D.H, dans un registre très simpliste (un beat, quelques notes) mais efficace, ou encore “Action” où il retrouve ses compères de Slum Village ainsi que Baatin. On retrouve quelques titres instrumentaux servant d’interludes ou en bonus, et on ne peut s’empêcher de citer “Luvin’it” qui reprend un sample du titre “Whose That Lady?” des Isley Brothers. Beaucoup de titres en bonus donc, avec quelques perles, remixes, et autres qui valent vraiment le coup d’y jeter une oreille. Au final, on reste finalement dans un style pour lequel il est réputé, avec parfois quelques expérimentations bienvenues

Pour un premier opus, autant dire que Black Milk a fait très fort. Les productions sont vraiment à la hauteur de l’attente, et arrivent même à nous surprendre dans des styles originaux. Par contre, on restera sceptiques quand à ses qualités de Mc. Certes, son rap est de bonne facture, bien que très linéaire, mais avec les nombreux talents déjà présents, est-il utile de vouloir rivaliser avec eux? Ses versions sont bien mieux mises en valeur par des Mcs aguerris. Malgré tout, on attendra avec impatience la suite d’une carrière qui s’annonce déjà très longue, tant Black Milk semble faire l’unanimité. Un peu tôt quand même pour le comparer à Jay Dee

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