(27 articles)

Portishead - “Third”

Third[Album]
28/04/2008
(Barclay/Universal)

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour que Portishead, trio Bristolien quasi-inventeur du trip hop, daigne donner suite à un album éponyme successeur du désormais classique “Dummy”. Dix ans et beaucoup de rumeurs. Des rumeurs qui enflaient à mesure que la date fatidique de sortie approchait, et qui en disaient long sur les intentions du groupe. Avec le sobrement intitulé “Third”, on allait voir ce qu’on allait voir. Aujourd’hui, l’album entre les mains, on en sait un peu plus sur un projet que les plus ambitieux comparent au “Mezzanine” de Massive Attack et qui, aux yeux de Adrian Utley, ne doit ni plus ni moins être accueilli comme le “grand frère” des deux premiers albums

Et si on ne doute pas une seconde que l’état d’esprit qui anime Portishead depuis ses débuts reste inchangé, le résultat, lui, a de quoi surprendre. Loin des ambiances vaporeuses et des mélodies étirées qui firent le succès du groupe, “Third” brille par la froideur qui s’en dégage, autant des accords de guitare acoustique (”The Rip”) que de l’electro aux sonorités industrielles qu’on croyait jusqu’ici bannies d’un tel disque (”Machine Gun”). Une bande son de l’apocalypse qui s’étire sur onze pistes au cours desquelles, bon gré mal gré, on passe des violons/violoncelles lancinant bien connus des amoureux du trip hop (”Small”, “Silence”) à des rythmiques bien plus inhabituelles (les 120 bpm de “We Carry On” par exemple), le tout en compagnie des textes de Beth Gibbons dont le spleen trouve ici un nouvel écho, bienvenu sur la plupart des titres

On voit d’ici les fans de la première heure crier à la trahison mais qu’importe, malgré la noirceur et la mélancolie qui s’en dégage, “Third”, sans pour autant rivaliser dans le registre crépusculaire avec son proche cousin “Mezzanine”, prend le risque salutaire d’innover dans un genre que l’on dit cloisonné, condamné à tourner en rond et passéiste. Probablement déboussolés à la première écoute, espérons que les puristes adeptes du groupe finissent par l’entendre de cette oreille

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The Mars Volta - “The Bedlam In Goliath”

The Bedlam In Goliath[Album]
28/01/2008
(Barclay/Universal)

Qui aurait pu se douter au début de ce siècle qu’At The Drive In, pourtant excellente formation punk/hardcore, allait donner naissance à un des groupes rock les plus complexes et inventifs de notre époque? Qu’on aime ou non la musique de The Mars Volta, personne ne pourra lui reprocher un manque d’originalité. Depuis son tout premier disque pourtant saupoudré d’accents pop, jusqu’aux plus récents, expérimentaux et produits par Omar Rodriguez lui-même, Mars Volta fait du Mars Volta, et il faudrait sûrement remonter jusqu’à Pink Floyd pour en trouver l’équivalent. “The Bedlam In Goliath” est donc le nouveau chapitre d’un véritable gourou du rock, logiquement attendu par tous les membres de sa secte enrichie au fil des ans

Une fois encore, il ne faudra pas aller chercher de couleurs dans la toile de fond de ce nouvel opus, dans ce fil rouge qui se doit d’être expliqué. “The Bedlam In Goliath” a évidemment une histoire, raccourcie ici (la bio officielle de ce disque atteint les six pages!): celle d’une vieille planche Oui-Ja offerte par Omar à Cedric sans qu’il sache qu’un Goliath à têtes multiples y sommeille et pousse chaque personne qui la touche dans le triangle tragique de l’amour, du désir et du meurtre. Son emprise sur le groupe est alors de plus en plus importante, poussant celui-ci à l’enterrer pour s’en libérer, puis à bénir les terres où repose le Devin via ces quelques titres, clés d’une nouvelle boite de Pandore. Du capillo-tracté qui a le mérite de donner une belle inspiration au combo, et qui garantit à ses fans les plus endurcis un Mars Volta encore bien habité

Eux se réjouissent, les autres froncent les sourcils. C’est devenu une habitude, The Mars Volta, affublé d’un excellent nouveau batteur, semble ne pas encore avoir atteint le fond de son imagination. “The Bedlam In Goliath”, équilibré, plus fin, plus puissant, plus intense et menaçant, conjugue toutes les qualités de ses prédécesseurs, et sonne différemment en les décuplant. Pour les auditeurs avides de confort, le groupe en a fini avec ses morceaux à rallonge et revient à des formats un peu plus “conventionnels”. Tous les titres s’enchainant parfaitement pour finalement ne faire qu’un, on apprécie plus facilement la déflagration “Wax Simulacra” (où poussées de cuivres et roulements de batterie s’entremêlent), les multiples rebondissements de “Metatron”, et les couches successives de “Goliath” et “Cavalettas” aux allures de bordels organisés. Mais, c’est surtout quand The Mars Volta lève le pied (”Ilyena”, “Tourniquet Man”, “Agadez”) et qu’il met de l’ordre dans ses idées (”Aberinkula”, “Ouroborous”, “Conjugal Burns”) que le brouillard se lève. Alors, on en savoure la substance, tout comme les effort d’arrangements et les subtilités de production (”Soothsayer”)

Mais The Mars Volta ne rentre pas pour autant dans le rang, et reste clairement parmi ces formations rock actuelles qui demandent un réel effort de l’auditeur. “The Bedlam In Goliath” ne réconciliera pas le groupe et ses détracteurs, loin de là. Et pour cause, ce n’était sans doute pas sa motivation en se lançant dans la composition de ce nouveau disque. Définitivement, Bixler et Rodriguez sont à la musique ce que Wassily Kandinsky est à la peinture. Du coup, si une toile ne vous inspire pas plus qu’un rayon de sandwiches triangles en station service, empruntez la prochaine bretelle de sortie..

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Verdena - “Requiem”

Requiem[Album]
14/05/2007
(Barclay/Universal)

On croyait que le grunge n’allait rester que le vieux souvenir d’une époque révolue peu de temps après les derniers souffles de Nirvana et Soundgarden. Pourtant, depuis 1999, une bulle semble résister de fort belle manière du côté de Milan, là ou les trois musiciens ont un jour décidé de monter Verdena après quelques années passées à jouer ensemble. La suite sera des plus classiques, si ce n’est que ces Italiens ont rencontré un certain succès là ou beaucoup se sont cassés les dents: des albums systématiquement disques d’or, voire de platine, au sein de leur propre péninsule, des concerts donnés à travers l’Europe qui auront contribué à la grande réputation du groupe sur scène, le tout entrecoupé par la construction d’un studio voué à l’analogique pour promettre un son bien vintage à leurs propriétaires. C’est là, y compris entre des dizaines de dates, que Verdena s’enferme pendant de nombreux mois en vue de la sortie de ce “Requiem”, c’est là qu’il improvise, essaye de nouvelles approches, expérimente jusqu’à aligner bien plus qu’il ne faut de morceaux pour composer ce nouvel opus. Aujourd’hui, dans notre platine, il ne reste donc que le meilleur de Verdena, ce qui aura résisté à la sélection draconienne effectuée par le groupe. Et le résultat, puissant, intense et précis, parle pour lui dés le “Don Calisto” d’ouverture qui émoustillera certainement les nostalgiques du “Nevermind” de la bande de Cobain. C’est ensuite Queens Of The Stone Age qui vient à l’esprit sur “Non Prendere l’Acme, Eugenio”, notamment par cette production absolument impeccable, destructrice et compressée comme il faut pour souligner la force de frappe de ces Italiens. Mais Verdena sait aussi nuancer son registre, comme le prouve “Angie”, cette belle balade rappelant que la musicalité de la langue italienne n’est pas réservée à sa variété quelque peu ringarde. La suite n’en sera pas moins bonne: “Isacco Nucleare”, à l’instar de “Canos”, emprunte autant au progrock qu’à la puissance de feu de Rival Schools (sur le refrain du premier), “Il Guliver” affiche plus d’une dizaine de minutes au compteur, et le premier single “Muori Delay” laisse percer une certaine admiration pour Led Zeppelin. “Requiem” est donc assez complet pour promettre une écoute passionnante, et pourquoi pas commencer sérieusement à ouvrir les portes de la France au rock italien. Conseillé

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Bjork - “Volta”

Volta[Album]
07/05/2007
(Barclay/Universal)

Il y a ceux qui préfèrent la Björk des débuts (cf. “Debut”, “Post” et surtout “Homogenic”…), plus accessible, et ceux qui préfèrent la Björk plus expérimentale des derniers albums (cf. “Medulla” ou la BO de “Drawing Restraint 9″ plusieurs fois samplée ici…), mais personne n’aura l’arrogance de réfuter la place à part de cette artiste dans la musique des vingt dernières années

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on ne peut en effet lui enlever son univers si particulier et sa liberté d’action. Björk fait bien ce qu’elle veut, quand elle le veut, et avec qui elle le veut. Sur ce dernier point, soulignons d’ailleurs qu’elle a plutôt bon goût quand il s’agit de s’entourer. Pour s’en persuader, il n’y a qu’à survoler la liste des gens avec qui elle a déjà travaillé: Tricky, Thom Yorke, Matmos, Matthew Herbert, Talvin Singh, Howie B., Rahzel, Mike Patton, Robert Wyatt, A Tribe Called Quest… Et on s’en tient au microcosme musical. La diva islandaise a autant d’entrées dans le monde du cinéma, de la mode, de la photographie, de l’art conceptuel, de la vidéo, etc

On le savait donc déjà, personne ne dit non à Björk. Elle nous le prouve à nouveau sur ce “Volta” qui parvient à imposer sur une même affiche le nec plus ultra de la hype (cf. le producteur aux mains d’or Timbaland, le chanteur androgyne Antony…) et le talent de musiciens africains malheureusement trop souvent confinés aux seuls cercles des initiés (cf. le maître malien de la kora Toumani Diabate, les bruyants Congolais de Konono N°1…)

La dame décrivait ce nouvel album à la presse internationale comme son plus ludique, son plus insouciant. Au vu du casting, beaucoup ont voulu entendre son plus dansant. Il est certes plus rythmique que mélodique, mais on n’est quand même loin de cramer le dance-floor pour autant, n’exagérons rien..

Les morceaux où Timbaland est venu mettre son grain de sel risquent néanmoins de se retrouver dans pas mal de playlists de Dj’s à venir, comme le premier single “Earth Intruders” ou plus encore le prochain excellent “Innocence” (le meilleur titre de ce disque, à notre humble avis). Outre ces exceptions et le très punk “Declare Independance”, le reste de “Volta” reste plutôt calme, et finalement pas très surprenant (”I See Who You Are”, “Wanderlust”, “Vertrebrae By Vertrebrae”…)

Si les cuivres ont aujourd’hui remplacés les cordes d’autrefois, rappelant ainsi par certains endroits les dernières livraisons de Antibalas ou du Youngblood Brass Band, ces fanfares ne jouent jamais dans le sens festif du terme. Elles se lancent plus volontiers dans des sortes de marches solennelles, pour ne pas dire funèbres (”The Dull Flame Of Desire”, “Pneumonia”…), qui donnent à cet album des airs de bande originale de film

Par ailleurs, la rencontre prometteuse des voix de Björk et Antony est finalement moins fusionnelle qu’on pouvait s’y attendre sur le papier. Si “The Dull Flame Of Desire” et “My Juvenile” ne sont pas foncièrement de mauvais morceaux, ils sont tous deux moins chargés émotionnellement que les oeuvres respectives de leurs auteurs. Ca nous apprendra à fantasmer sur d’hypothétiques symbioses..

“Volta” se permet donc le luxe d’expérimenter de nouvelles pistes, sans sombrer dans l’autisme comme parfois. Ce qui est plutôt un bon point. De là à mettre tous ses fans d’accord, ça reste à encore voir… Le disque s’essaie à beaucoup de choses sans jamais les aboutir complètement. La politique de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. L’avenir nous dira dans quelques années s’il a su contenter tout le monde… ou justement personne..

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Souleymane Diamanka - “L’Hiver Peul”

L'Hiver Peul[Album]
10/04/2007
(Barclay/Universal)

Depuis l’explosion médiatique de Grand Corps Malade l’an dernier, le slam est devenu le nouveau genre à la mode de ce côté-ci de l’Atlantique. Et comme pour toute mode, le terme est accolé à tout et n’importe quoi, et surtout parfois à n’importe qui. Jusqu’ici, le slam a d’ailleurs surtout été un argument de vente pour des labels qui voulaient assurer une caution intellectuelle à leurs artistes hip hop (comme si le hip hop ne pouvait pas être intelligent de lui-même), pour un résultat la plupart du temps hors sujet. Vous verrez que bientôt on va nous dire que Doc Gynéco fait du slam (remarquez, il s’est déjà bien ridiculisé en analyste politique…)

Tous ces amalgames mercantiles ont donc vite fait de dégoûter les amateurs qui avaient découvert la fougue poétique de cette discipline avec Saul Williams dans le film de Marc Levin en 1998. Pourtant, il serait injuste d’aller trop vite en besogne et de mettre tout le monde dans le même panier

Le plus gros point faible de Grand Corps Malade, hormis son instrumentalisation par sa maison de disque et les medias (forcément, un blanc avec une béquille, ça fait moins peur qu’un noir qui réfléchit, et ça vend donc davantage…), c’était surtout que son album frôlait le néant musical intersidéral. A croire que les quelques notes de pianos d’ascenseur qu’on entendait ici ou là étaient supposées nous faire patienter… En vain. On s’y ennuyait ferme au bout de deux ou trois morceaux

Il semblerait que Souleymane Diamanka n’ait justement pas voulu tomber dans ce travers. Si le grand public ne le découvre qu’aujourd’hui, ce Bordelais dédie sa vie à l’alchimie du verbe depuis une quinzaine d’années. Comme tant d’autres, il vient au hip hop par la danse et se met presque par hasard à poser quelques textes, d’une manière déjà peu orthodoxe. De fil en aiguille, il se retrouve à travailler sur des projets divers, dont le seul dénominateur commun reste la maîtrise des mots (auteur pour les Nubians, participation à des spectacles de poésie, ateliers d’écriture, rédaction du livre “J’écris en français dans une langue étrangère”…). Il était même récemment invité avec son complice John Banzaï sur l’album des trublions de Puzzle, pour un superbe “France Fiction”

Pour ce premier album, “L’Hiver Peul”, Souleymane Diamanka rend hommage à ses origines sénégalaises et s’inscrit ainsi dans la longue tradition orale de ses ancêtres. Si ce griot urbain sait manier sa plume de fort belle manière (beaucoup de jeux de mots dignes du grand Serge), on lui reprochera néanmoins un flow très monocorde. C’est d’ailleurs un constat assez général à tous les artistes français de cette discipline. Un peu dommage quand on voit par exemple ce dont est capable un Saul Williams a capella..

Peut-être est-ce tout simplement un problème de méthode de travail? Souleymane Diamanka a en effet d’abord posé sa voix grave, laissant ensuite le concepteur musical Woodini habiller ces poèmes à sa guise. Gageons que l’inverse l’aurait obligé à moduler son flow pour s’adapter aux ambiances de chaque titre. Je vais ouvrir un cabinet de conseil artistique, tiens… Merci, ça fait toujours plaisir… Bref

Si certains morceaux sont un peu superflus (cf. les duos avec Grand Corps Malade et Kayna Samet clairement destinés au grand public), il faut pourtant avoir l’honnêteté de dire que plusieurs plages valent tout à fait de s’y attarder. “L’Art Ignare” avec le piano jazzy de Eric Legnini, le funky “Le Rêve Errant Du Révérend” avec Roy Ayers, les afro “Je Te Salue Sahara” et “Moment D’Humanité” avec le grand griot Sana Seydi, ou le duel vocal “Soleil Jaune” avec John Banzaï prouvent par exemple que le genre a peut-être plus d’avenir qu’on ne voudrait le croire

“L’Hiver Peul” n’est sans doute pas encore l’album qui déridera les plus sceptiques, mais Souleymane Diamanka est assurément le slameur dont on attend la suite avec le plus de sérénité… A surveiller

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Jackson - “Smash”

Smash[Album]
19/09/2005
(Barclay / Warp/Universal)

Richie Hawtin, Herbert, Ellen Alien, Ricardo Villalobos, 2 Many Djs, et Laurent Garnier, entre autres, ne sont pas restés insensibles à l’electro de Jackson et notamment à son titre “Utopia”, sorti en 2003 et sur lequel il est accompagné de sa mère Paula Moore (comme sur “Fast Life”), qui ouvre ce premier album composé lors des quatre dernières années. De quoi partir à l’assaut des bacs avec un certain capital confiance alors que beaucoup crient déjà à la révélation, au point d’orgue de cette année électronique

En effet, “Smash” est un album qui marque par son originalité, son excentricité, son anarchisme, ses structures barrées et ses beats ambigus, un album que l’on croirait composé de mille doigts, qui pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère tant il est riche, presque surchargé. Pas étonnant donc que Warp et Barclay se soient unis pour le coup. “Smash”, qui ne compte que deux invités en la personne de Mr Oizo et Mike Ladd, laisse donc entrevoir les influences du bonhomme, allant de Aphex Twin à Bowie en passant par Boards Of Canada et Jimmy Hendrix, mais au final, s’avère aussi dérangeant qu’intriguant. Assez en tous les cas pour ne pas être destinée aux clubs. Difficile en effet d’envisager de soulever le dancefloor sur la majorité des titres (”Oh Boy”, par exemple, sur lequel sa nièce narre un compte d’un roi déviant), même si “Rock On”, “Teen Beat Ocean”, “Radio Caca” ou “Headache” peuvent faire leur petit effet tant la place est parfois laissée à la performance

Les prochains mois risquent donc d’être fortement teintés electro punk funk, la faute à Jackson qui, avec “Smash”, pourrait bien relancer une nouvelle french touch. On regrettera cependant une certaine irrégularité tout au long de cette quinzaine de titres, le disque souffrant même d’un creux conséquent en son milieu, et une certaine difficulté pour l’auditeur de garder constamment toute son attention tant l’intensité et la multiplication des sons peuvent s’avérer abrutissantes. Malgré tout, c’est dingue comme un Jackson peut nous redonner notre sourire d’enfant..

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Mars Volta - “Frances The Mute”

Frances The Mute[Album]
21/02/2005
(Barclay/Universal)

Fou, barré, free, inventif, improvisé, fiévreux, planant, énergique, libre, échevelé, psychédélique… Essayer de décrire plus avant ce “Frances The Mute”, c’est un peu déjà commencer à le dénaturer en essayant de lui coller des stickers sur la gueule

Ce qui frappe à l’écoute de ce nouvel opus des Mars Volta, c’est d’abord le refus des concessions: structures éclatées, longs moments en apesanteur auxquels succèdent des déferlements plus rageurs, et durée même des morceaux qui empêche toute exploitation de ceux-ci en single (à l’exception de “The Widow”). 77 minutes divisées en 5 plages dont l’agencement semble parfois dicté par un hasard qui reposerait sur des résonances, influences latines encore plus marquées que pour le précédent album, musique volant totalement de ses propres ailes en s’affranchissant de tout carcan, cette fois ci le résultat est -paradoxalement - mieux maîtrisé que sur “Deloused In The Comatorium”, tout en réussissant à garder une certaine fraîcheur et à surprendre nos oreilles. Derrière cette pochette inspirée par Magritte et ces textes écrits sous l’influence revendiquée du Surréalisme, Omar et Cedric et leurs acolytes semblent être désormais parfaitement entrés en osmose, et réussissent à concrétiser une certaine idée de la création musicale libérée de toute contrainte

Finalement le split de At the Drive-In aura été bénéfique: on a gagné deux rejetons aussi talentueux l’un que l’autre, et totalement différents.

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Mars Volta - “De Loused In The Comatorium”

De Loused In The Comatorium[Album]
01/07/2003
(Barclay/Universal)

Ranger au placard un groupe qui les aura propulsé au rang de figure internationale alors que celui ci était à l’apogée de son succès, prouve tout le courage qu’ont pu avoir Cedric Bixler et Omar Rodriguez lorsqu’ils ont décidé de mettre fin à la carrière d’At The Drive In. Tandis que d’autres ont continué dans un registre assez similaire avec Sparta, les deux chevelus avaient déjà en tête ce qu’allait devenir The Mars Volta. Envie de liberté et d’imprévu, volonté de repousser ses propres limites de musiciens, voilà ce qui amène aujourd’hui le groupe à accoucher de ce “De Loused In The Comatorium” conceptuel puisque entièrement inspiré de la tentative de suicide d’un de ses proches

Chefs d’orchestre du projet, Cedric et Omar laissent cependant la part belle à l’improvisation et à l’expression musicale des autres membres qui apportent, eux aussi indéniablement, leur pierre à l’édifice

Progressif. Tel est le mot qui revient régulièrement lorsque l’on parle de Mars Volta. S’il est difficile d’oublier At The Drive In à cause, d’une part, de cette voix reconnaissable et, d’autre part, de ces riffs caractéristiques émanant de la guitare d’Omar, force est d’avouer que cet album marque une réelle évolution dans la carrière de ces deux musiciens. Les morceaux semblent ici plus réfléchis, plus profonds, moins conduits par une énergie débordante comme cela pouvait être le cas jadis, plus contrastés voir même plus expérimentaux. Ainsi les six cordes bourrées d’effets, tantôt bruitistes tantôt mélodiques, plongent dans des sonorités électroniques ou de percussions, ou une rythmique fournie et très technique donnant une couleur des plus originales à un album aux influences multiples. Cedric Bixler semble, tout au long de cet opus, jouir pleinement d’une liberté qu’il paraissait chercher depuis longtemps. Ainsi ses lignes de chant mélancoliques habitent chaque morceau tout en restant imprévisibles et contribuent à la légèreté surprenante de cette production menée de mains de maître par Sieur Rick Rubin

Certes, on se surprendra régulièrement à regretter cette furie incontrôlée qui hantait At The Drive In. Mais Mars Volta a le mérite de faire avancer la carrière de ses auteurs qui, avouons le, se seraient ridiculisés si tel n’avait pas été le cas. La liberté de composition et la découverte de nouveaux horizons renvoient aujourd’hui une expérience de jeunesse et une hargne post adolescente au rang de souvenir. “De Loused In The Comatorium” en ravira certainement plus d’un du fait de sa plus grande maturité et accessibilité. Aussi incontournable…qu’At The Drive In.

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