Babygrande

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(19 articles)

Polyrhythm Addicts - “Break Glass”

Break Glass[Album]
14/05/2007
(Babygrande/Nocturne)

Si l’intention peut s’avérer positive quand on entend le hip hop tomber dans des travers quasi irrémédiables, celle de vouloir à tout prix sauver le genre, souvent un argument marketing plutôt que toute autre chose, finit par ne plus vraiment avoir de signification. Pire, elle revient à rayer de l’histoire les quelques combos ou artistes solo ayant toujours fait preuve du plus grand respect envers ses racines. Après tout, le hip hop, poussé par quelques maisons de disques peu scrupuleuses, ne sert-il pas finalement la soupe à un public devenu bien peu exigeant? C’est très certainement le constat que doit faire Polyrhythm Addicts après huit ans d’absence, bien que chacun de ses membres ayant continué à oeuvrer durant ces longues années. C’est peut-être aussi la principale raison qui fasse que Dj Spinna, Mr Complex, Shabaam Sahdeeq et Tiye Phoenix aient décidé de se réapproprier, ensemble, le devant de la scène pour refaire sonner un hip hop de qualité, débarrassé de tout formatage outrancier

Le quatuor revient donc à la bonne vieille formule soulignant la qualité des lyrics et des beats. “Break Glass”, entièrement produit et enregistré dans le studio de l’incontournable Dj Spinna à Brooklyn, laisse donc les claviers au placard, les remplace par des musiciens amenant une profondeur appréciable et souhaitée par un public un peu las de la formule Mc/Dj qui n’est efficace que lorsqu’elle est défendue par quelques génies et/ou puristes du genre. Dans ce contexte, Shabaam Sahdeeq fait parler son expérience, tout comme Mr Complex au top de son talent, et Tiye Phoenix (déjà entendue sur l’album de Reflection Eternal notamment) les rejoint pour apporter une couleur hip hop nu soul aussi musicale que chaleureuse dans la lignée de Laureen Hill et Jean Grae (”Goin Down”, “Thoughts Of You”). Voilà sûrement une des raisons qui fassent que les productions de Dj Spinna rappellent autant The Fugees (”Smash”) que The Roots (”Ugly World”, “It’s My Life”), et que tant d’invités de prestige (Pharoahe Monch sur “Reachin”, Large Professor sur “The Purist”, Planet Asia sur “One Chance”, Phonte des Little Brother sur “It’s My Life”) aient répondu présents sans jamais effacer la grande qualité de ce disque

“Break Glass”, malgré très peu de titres en demie teinte, transpire un hip hop honnête, sans fioriture (”What The Problem Is”), au groove parfois renversant (”Get Ghost”), soulignant un come back particulièrement réussi. Ils peuvent bien être des millions à se contenter de ce que dégurgitent les radios, les autres se voient heureusement offrir quelques retours aux sources oxygénants, qu’ils poussent jusqu’à en faire péter les vitres..

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Sa-Ra - “The Hollywood Recordings”

The Hollywood Recordings[Album]
14/05/2007
(Babygrande/Nocturne)

Formé il y a une poignée d’années, Sa-Ra Creative Partners s’est toujours donné comme mission de pousser la musique black et urbaine sur des terrains plus expérimentaux qu’on a eu l’habitude d’entendre jusque-là, tout en la gardant plus accessible que jamais. Ainsi, il mêle hip hop, funk, soul, et même un brin de jazz, le tout alternant chant et flow: une recette plutôt simple sur le papier, mais pas donnée à tout le monde, que seuls des Clinton ou Hancock ont parfois réussi à parfaitement exploiter

C’est donc grâce à leurs talents indéniables de musiciens, chanteurs, djs, et techniciens que Taz Arnold, Shafiq Husayn, et Om’Mas Keith n’ont cessé de gagner en crédibilité, jusqu’à séduire les pontes du genre, qu’ils soient issus de la grande industrie musicale ou du petit monde de l’indépendant. Aujourd’hui, le trio peut en effet se vanter d’avoir travaillé avec The Neptunes, Jay-Z, Dr. Dre, Heavy D, Ice-T, Erykah Badu, Lauryn Hill, Mobb Deep, Lord Finesse, Common, Coolio, 50 Cent, ou Diddy. Excusez du peu, bien que cette longue liste n’excite pas forcément tout le monde dans son intégralité

C’est donc après quelques mois de silence, qui faisaient déjà courir une rumeur de séparation, que les Sa-Ra Creative Partners reviennent avec “The Hollywood Recordings”, un album évidemment attendu. Et rien ne semble avoir changé. Le trio balance un hip hop tout droit venu du cosmos (”White!”, l’énorme “Fish Fillet”), emprunte toujours à la soul sans tomber dans la nu soul maintes fois proposée (”So Special”, “Bitch”), se fait accrocheur sans jamais sonner commercial, bien qu’il clame haut et fort vouloir rassembler autant les fans de Coldplay, que de Daedelus, 50 Cent ou Madvillain

Outre cette originalité, indéniable cheval de bataille de ces trois américains, née de la volonté d’emmener le meilleur de la musique passée vers quelque chose d’encore inexploité, c’est aussi la chaleur qui se dégage de certains morceaux (”Hey Love”), un groove ultra efficace (”Glorious”, l’excellent “Rosebuds”, “Ladies Sing”), ou les quelques invités de prestige qui ornent ce “The Hollywood Recordings” (Talib Kweli, Capone N Noreaga, Bilal, Erykah Badu, Georgia Anne Muldrow, Kurupt, J Dilla, Pharoahe Monch…), qui font qu’on ne se fait pas vraiment prier pour prolonger l’écoute. Et cela, même si quelques-uns de ces 19 titres ne sont pas totalement inédits. Peu importe, ils reflètent un avant-gardisme à toute épreuve, une inspiration oxygénante, et déroulent le tapis rouge à une suite intitulée “Black Fuzz” qui devrait voir le jour en fin d’année. Can’t wait..

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Hi Tek - “Hi Teknology 2″

Hi Teknology 2[Album]
16/10/2006
(Babygrande/Nocturne)

Hit Tek s’est véritablement révélé à la fin des années 90 grâce à ses collaborations mémorables avec Mos Def et Talib Kweli sur les monuments “Blackstar” et “Train Of Thought”. Et il faut bien avouer que, depuis, celui qui est pourtant acclamé comme un des meilleurs producteurs aux Etats Unis, n’est jamais parvenu à autant faire l’unanimité qu’alors. Même son premier “Hi Teknology”, pourtant bien accueilli et bourré de featurings de valeurs sûres, n’a jamais gagné une telle reconnaissance. Ce début de siècle l’aura vu laisser de côté une scène “indépendante” qualitative et convaincante, pour désormais travailler avec les 50 Cent, The Game, Lloyd Bank, plus bankables et surtout plus médiatisés. Mais, on le sait, ce ne sont pas forcément les artistes du hip hop américains les plus suivis qui pondent le plus régulièrement des albums qu’on aime se passer en boucle

Ne passons pas par quatre chemin, ce “Hi Teknology 2″ est assez décevant. Notamment parce qu’il enchaîne trop de titres à consonances RnBisantes, rendant ce disque un peu mou et surtout trop sucré. Même “The Chip”, morceau d’ouverture sur lequel Hi Tek affûte ses talents de Mc, ou l’efficace “Keep It Moving feat Dion, Q Tip, & Kurupt”, ne nous empêchent pas de craindre le pire. La suite n’en sera que plus poussive: “Think I Got a Beat feat Lil Tone” malgré une bonne version, ou “Can We Go Back feat Talib Kweli & Ayak” font une entrée en matière n’invitant pas forcément à pousser plus loin. C’est pourtant là qu’arrive le meilleur passage de ce “Hi Teknology 2″. En effet, “Josephine feat Willie Cottrell & Ghostface Killah” semble trouver la bonne mesure entre hip hop et soul, Busta Rhymes est toujours autant capable de sublimer une version surtout lorsqu’elle lui va comme un gant (”March”), et “Where It Started At NY” est aussi séduisant que sa liste de featurings (Dion, Jadakiss, Papoose, Talib Kweli, Raekwon). Fausse joie, de courte durée de surcroît. Car Hi Tek nous replonge aussitôt dans des morceaux sirupeux ou sans véritable intérêt, qui nous tiendront jusqu’à un final “Music For Life”, décoré de la plus belle manière par J Dilla, Nas, Common, Busta Rhymes et Floetry

Mais on ne pourra pas enlever à Hi Tek son incroyable talent à tailler ses versions sur mesure pour qu’elles siéent à merveille au large panel de Mcs qu’il convie, qu’ils soient mondialement connus ou totalement inconnus (Ayak, Papoose). C’est aussi grâce à cela qu’il emmène avec lui un public qui aime se faire brosser dans le sens du poil. Et Dieu sait s’il est large

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Blue Sky Black Death - “The Holocaust”

The Holocaust[Album]
16/10/2006
(Babygrande/Nocturne)

C’est une véritable déferlante Wu-Tang à laquelle nous avons assisté tout au long de l’année 2006, presque comparable à celle du début des années 90, en tout cas en termes de quantité. Car pour la qualité, tout n’a pas été égal. Mais il faut croire qu’ils nous gardaient le meilleur pour la fin. Et cette fois, c’est un des derniers affiliés Wu, The Holocaust, qui nous propose un album qui restera certainement la révélation du crew new-yorkais

C’est une association, celle de deux producteurs de talent, les Blue Sky Black Death, et celle d’un Mc déjanté, connu auparavant sous le nom de Warloc et nommé aujourd’hui The Holocaust, qui nous vaut ce petit joyau. En effet, les deux beatmakers avaient déjà travaillé avec Rza sur “Bobby Digital” et avec Guru avant de se lancer dans cette aventure. Leurs versions sont sombres, et collent parfaitement au style Wu-Tang, et dés l’entame de l’album, on comprend pourquoi. “Plunder” et son beat lourd accompagné d’un sample dans le style asiatique ouvre la voie à une pure réussite. “What Can The Matter Be”, aéré tout en restant d’une noirceur extrême, avec ses nappes savamment distillées, nous emmène dans un univers apaisé proche du style Oldominion. “God Be With You” et ses violons découpés, nous fait flotter dans un univers empirique, riche en émotion, et futuriste, sur lequel Holocaust livre son plaidoyer à la perfection

On semble flotter en permanence dans un schléole sonore, comme dans une atmosphère baignée de musique. “No Image” en est encore un magnifique exemple, et le flow tranchant, très proche au final de celui de Rza, vient découper nos songes avec une agressivité paradoxale qui, bizarrement, vient renforcer la puissance des titres. Certains sont certes plus classiques à l’image de “The Ocean”, “The Sinister”, “Smoking Room”, “The Worst”, mais tous apportent leur lot de samples originaux, parfois par petites touches discrètes, mais toujours grandement mélodiques. Mais on revient vite dans un style plus aérien tel “Lady Of The Birds” qui rappelle certaines versions de Sonic Sum. “Killer Moth” est un parfait exemple de la créativité des producteurs, quand ils arrivent à mêler des voix limite baroques, avec des sonorités caribéennes, sur des samples d’orgue. Un mélange au demeurant impossible, ici parfaitement réussi. On finit en apothéose avec “Crash”, qui aurait pu être sur un album de Portishead, c’est dire la multiplicité du talent de ses trois hommes réunis

On ne parlera pas de réussite mais d’un album véritablement essentiel. On est trop souvent induit en erreur lorsqu’on voit le label Wu-Tang accolé à un album, alors que celui-ci n’a rien à voir avec ce qu’ils nous proposent d’habitude. Seul le flow de The Holocaust, acéré et d’une efficacité redoutable, semble le point de ralliement. Pour le reste, c’est un univers sonore original qu’il nous est offert de découvrir. Cet opus aurait pu servir de bande originale à des films de science-fiction tel Blade Runner, tellement il est chargé d’une ambiance sombre, poétique, violente mais pleine de volupté. Une pure merveille.

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Jedi Mind Tricks - “Servants in Heaven, Kings in Hell”

Servants in Heaven, Kings in Hell[Album]
16/10/2006
(Babygrande/Nocturne)

Cinquième album solo pour Jedi Mind Tricks, vétéran da la scène underground U.S. Intitulé “Servant In Heaven, Kings In Hell”, cet opus s’inscrit dans la continuité de son oeuvre, toujours hardcore et hors des sentiers battus. Ce qui caractérise certainement le plus cet artiste est bien évidemment son flow rentre dedans et agressif. Mais il semble se chercher une certaine reconnaissance plus large, évidente par l’entrée en matière qu’il nous propose

Outre l’intro, toujours fidèle à son style, “Put Em The Grave”, nous semble plus classique, avec son sample de mandoline, style rengaine italienne. Malgré son titre, “Suicide” semble aussi peu original, plus simple, mais le thème abordé reste, lui, proche de ce qu’il fait d’habitude. Arrive “Uncommon Valor : a Vietnam Story”, accompagné de R.A The Rugged Man, qui ravive nos souvenirs de ses titres passés. Une voix cristalline accompagne les deux Mc tout au long de leur récit. Malgré quelques éclairs de ce type (”When All Lights Dies”, “Heavy Metal Kings” feat Ill Bill, en sont d’autres exemples), on sent notre artiste enclin à la concession et l’on s’étonne même de la présence de quelques refrains chantés auxquels il ne nous avait pas habitué. Certains ne sont certes pas dérangeants (”Shadow Business”), mais d’autres nous laissent perplexes (”Razorblade Salvation”). Par contre, certains morceaux sont franchement originaux, “Outlive The War feat Sean Price & Block Mc Cloud” en est un exemple avec son sample de musique classique qui ravivera chez certains des souvenirs publicitaires. La totalité de la production, assez inégale, est assurée par Stoupe The Enemy Of Mankind, entre véritable créativité et semblant de facilité

On ne pas dire que l’on soit totalement emballé par ce nouvel opus. Si on retiendra certains morceaux, on en oubliera d’autres bien vite. Heureusement, Jedi Mind Tricks possède un très bon flow, ce qui sauve certainement cet album de la médiocrité, mais n’arrive pas à en faire une oeuvre majeure. Dommage, car on aime ce genre d’artiste développant son propre style. On attend mieux dans le futur

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7L & Esoteric - “A New Dope”

A New Dope[Album]
24/07/2006
(Babygrande/Nocturne)

Depuis une dizaine d’années, le duo de Boston s’était essentiellement illustré dans les cercles de l’underground hip hop avec une poignée d’albums tout à fait honorables. Ce “A New Dope” semble néanmoins porteur d’ambitions plus affirmées. Plus aguicheurs qu’à leur habitude, 7L & Esoteric n’hésitent pas à mâtiner leur hip hop old school d’influences plus larges (pop, soul, electro, musiques exotiques…) et à varier le propos, à l’image de ce que peuvent faire Outkast ou Handsome Boy Modeling School, comme s’ils voulaient enfin toucher la part du gâteau qui leur revient

Hésitant donc entre tentations plus mainstream et remords underground, “A New Dope” déstabilisera sans doute le noyau dur des fans des Bostoniens mais quelques écoutes devraient toutefois suffire à faire taire les plus médisants. C’est vrai que si on veut se la jouer mal lunés, on pourrait dire qu’avoir le cul entre deux chaises est le plus sûr moyen de se casser la figure, mais la construction du disque, très proche de la mix-tape avec ses morceaux courts et ses breaks très fréquents, a l’intelligence de vite passer sur les faiblesses de ce nouvel opus

Et si ce nouveau 7L & Esoteric n’est pas l’album de l’année, on y trouve cependant suffisamment de (très) bonnes choses pour ne pas le zapper de la platine sans sommations. Quelques titres suffisamment maîtrisés pourront même prétendre à revenir de temps en temps chauffer le dance floor de vos petites sauteries entre amis. On pense particulièrement à “Girls Gone Wild”, “Everywhere” ou “Take Note” qui ne démériteraient pas entre un vieux Jurassic 5 et un Blackalicious. L’efficace “Daisycutta” s’offre même le double effet Keith Kool puisqu’on y entend le Black Elvis en très grande forme, invité à croiser la rime avec Esoteric dans un pugilat sombre, assez proche de son “Diesel Power” avec Prodigy

Et un album qui a le bon goût de piller Gainsbourg (”Everywhere”) et Kraftwerk (”A.O.S.O”) ne peut de toute façon que susciter un minimum de respect. On croit même reconnaître un sample de la musique du dessin animé “La Bataille Des Planètes” (remember la force G, les trentenaires?!) sur la fin du morceau “3 Minute Classic”. Alors à défaut d’être foncièrement de la nouvelle dope, ce nouvel album peut déjà se targuer d’en être de la bonne! Ou du moins pas de la mauvaise..

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Lord Jamar - “The 5% Album”

The 5% Album[Album]
10/07/2006
(Babygrande/Nocturne)

À l’instar de son compère des Brand Nubian, Sadat X, Lord Jamar sort aujourd’hui son premier album solo. Intitulé “The 5% album”, c’est entouré de poids lourds du rap américain que le plus mystique des Mc Américains nous fait voyager tout au long de vingt titres chargés d’histoire

Pour ne pas vous lasser trop vite, nous ferons l’impasse sur l’explication concernant l’idéologie des 5%: un livret très bien fait accompagne l’album et rentre dans les détails de ce mouvement ayant, il est vrai, influencé le développement du hip hop, mais dans des mesures qu’il est encore difficile de connaître aujourd’hui. En tout cas, Lord Jamar, lui, fait partie de ceux qui y accordent une grande importance, surtout que le religieux y compte la place la plus importante

Mais contentons nous de la partie musicale de cet opus. Force est de constater que cet album est très bien produit. Jetez par exemple une oreille sur le “The Corner, The Streets” accompagné de Gran Puba (autre ex-Brand Nubian), ou le “Same Ole Girl” produit par le désormais célèbre Bronze Nazareth et sa patte soul reconnaissable. Preservation produit, à lui seul, six titres dont le remarquable et minimaliste “Deep Space” avec un featuring de Rza, plus en verve que jamais. Sadat X est bien sûr présent lui aussi, ainsi que la talentueuse Queen Tahera Earth sur “Study Ya Lessons”. Ajoutons la présence de Raekwon, Prodigal Sun, Young Justice et Young Dirty, les fils de Gza et ODB, et du propre fils de Lord Jamar (Young Lord) représentant certainement la relève du hip hop. En tout cas, l’aspect final reste homogène, un hip hop classique, avec parfois quelques résonances old school appréciables

Vous aurez certainement remarqué la présence de nombreux artistes du Wu-Tang, l’explication étant l’intérêt pour l’ésotérique que le crew New-Yorkais a toujours manifesté. Cela donne, au passage, un cachet qualitatif supplémentaire à un artiste à part dans le hip hop actuel. Certains n’adhèreront pas à ses croyances, mais d’un point de vue purement rapologique, cet album est de qualité. On espère seulement qu’il en appellera d’autres

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Bronze Nazareth - “The Great Migration”

The Great Migration[Album]
23/05/2006
(Babygrande/Nocturne)

Nous connaissons tous le Wu-Tang, mais quid de ce Mc-producteur, peut-être le moins connu de tout le crew, Bronze Nazareth? On sait qu’il a participé largement au projet “Wu-Tang Meets Indie Cultre” et qu’il est derrière pas mal de succès du père original Rza. Mais pas grand-chose d’autre. Il est temps de partir à la découverte de cet artiste dont on dit le plus grand bien

Justifiés, même archi-justifiés les compliments dont on se fait le relais aujourd’hui. Car à l’écoute de cet opus, c’est simple, on croirait revivre les heures glorieuses du WU, quand Rza piochait dans la soul sudiste pour agrémenter ses versions. Comme quoi une recette, quand elle est bonne, peut être resservie à souhait. C’est exactement le cas ici, on sent une véritable volonté de renouer avec les premiers pas du WU. Nostalgie, effet de style, en tout cas nous, on ne demandait pas mieux. Que ce soit dans un style puissant “The Bronzeman” et un sample de violon dans la plus pure tradition du crew New-Yorkais, accompagné par Killa Sin de Killarmy, ou dans un style plus “Cool” comme sur “More Than Gold” avec Timbo King de Royal Fam, Bronze assure la relève. Et que dire des majestueux “Good Morning” et son sample légendaire, “Rare Breed” ou encore “Detroit”. Chaque titre semble sortir du passé mais on est bien en 2006 et cet artiste se révèle au sein d’un groupe pourtant déjà bien pourvu en stars

Enfin le blazon du Wu-Tang reprend des couleurs. D’ailleurs les dernières productions de ses membres le laissait présager, beaucoup reviennent au style dans lequel ils brillaient il y a quelques années. Un retour aux sources salutaire que Bronze Nazareth reprend à son compte pour nous proposer un album qu’on peut qualifier de grande réussite, un projet musical ambitieux qui ne fera pas tâche à côté des albums phares du WU. Une révélation au milieu des légendes, il fallait avoir les épaules. Chapeau.

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Think Differently Music - “Wu Tang Meets The Indie Culture”

Wu Tang Meets The Indie Culture[Album]
28/11/2005
(Babygrande/Nocturne)

Il faut bien le dire, depuis “36 Chambers”, le Wu Tang Clan court inexorablement derrière le digne successeur de cet album d’anthologie, aujourd’hui toujours aux rangs des grands classiques du genre. N’ayez crainte, et ne vous réjouissez pas trop vite, “Think Differently Music” ne parvient pas à l’égaler, mais s’inscrit très certainement parmi les meilleures réalisations des new yorkais de ces dernières années. Pensé par Dreddy Kruger, protégé de RZA, et majoritairement produit par Bronze Nazareth, nouveau venu dans la famille, cet album concept réunit quelques uns des membres du Wu, quelques artistes y étant plus ou moins affiliés, et un large panel d’artistes indépendants de haut rang, pour quelques collaborations jusque là inédites. A noter également l’intervention de Jim Jarmush sur quelques interludes

Si derrière une longue liste de featurings de qualité se cache très souvent un album plutôt médiocre, “Think Differently Music” échappe à la règle et, malgré un petit manque d’homogénéité, fait figure de galette plutôt intéressante. Si Bronze Nazareth s’est plus ou moins bien appliqué à revisiter la recette classique du Wu Tang (”Think Differently” feat Casual, Rock Marciano et Vordul Mega en atteste), les moments forts sont donc ici néanmoins récurrents: GZA et Ras Kass semblent s’entendre à merveille sur “Lyrical Swords”, Vast Aire (Cannibal Ox) se la joue blues sur “Slow Blues”, Aesop Rock et Del forment un duo explosif sur “Preservation”, tout comme J Live et RA The Rugged Man sur “Give It Up”, alors que CCF Division se fait plutôt convaincant sur “Cars On The Interstate”. Malheureusement quelques faux pas, quelques titres moins percutants voire décevants (”Biochemical Equation” feat RZA et Mf Doom par exemple) viennent empêcher cet album de revêtir l’habit de nouveau classique du hip hop américain

“Think Differently Music”, et son apparence prestigieuse, parvient cependant à tenir haut la main son statut de disque à ne pas sous estimer. Voilà qui pourrait bien relancer le Wu Tang Clan, désormais réconcilié avec l’importante frange indépendante du hip hop. Deux mondes sont désormais alliés et prouvent sans peine que l’unité peut faire la force. Alors, addicts du Wu, découvrez de multiples talents cachés; indépendantistes purs et durs, il est temps de reconnaître la patte artistique d’un clan qui aura, lui aussi, contribué à la crédibilité de tout un genre

Tracklisting1 Introduction2 Gza & Ras Kass - Lyrical Swords3 Vast Aire, Timbo King, Prodigal Sunn & Byata - Slow Blues4 Sean Prince, U-God, C-Rayz Walz & Prodigal Sunn - Still Grimey 5 Skit 6 Casual, Rock Marciano, Vordul Mega & Tragedy Khadafi - Think Differently 7 Narrated By: Jim Jarmusch - Infomercial: #1 8 Rza & MF Doom - Biochemical Equation 9 DJ Noize - O.D.B. Tribute 10 Del Tha Funky Homosapien - Fragments11 Intermission12 Bronze Nazareth, Solomon Childs & Byata - Street Corners13 Littles, Khalid & Planet Asia - Listen 14 Narrated By: Jim Jarmusch - Infomercial: #2 15 La The Darkman, Scaramanga Shallah, Ras Kass & Gza - Verses16 Aesop Rock & Del Tha Funky Homosapien - Preservation17 C.C.F. Division - Cars On The Interstate 18 J-Live & R.A. The Rugged Man - Give It Up 19 Bronze Nazareth - Black Dawn

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Supernatural - “The Lost Freestyle Files”

The Lost Freestyle Files[Album]
01/04/2003
(Babygrande/Import)

Après des années d’activisme au sein du hip hop américain, Supernatural nous livre enfin un disque complet. Ne vous réjouissez pas trop vite, il ne s’agit toujours pas d’un véritable album mais d’un condensé de ses freestyles et battles. Alors, malgré notre impatience toujours grandissante, et même si on se demande s’il y aura un véritable opus de Supernatural un jour, c’est avec délectation que l’on se plonge dans l’écoute de ce qui représente une petite partie de l’histoire avec un grand H du hip hop

Car en plus d’être inédits, les titres live de ce disque sont des morceaux d’anthologie. En effet, on retrouve deux des battles légendaires livrées par Supernat’, à savoir son duel face à Craig G et sa confrontation avec Juice. Dans le livret accompagnant le disque, Supernat’ se garde bien de donner un vainqueur à ces rencontres préférant nous expliquer le contexte et nous laisser juge. Les autres titres live sont des freestyles, dont il explique également le contexte, mais l’un d’eux a une saveur particulière puisqu’il s’agit de sa première impro sur une radio au début des années 90. Déjà à l’époque, il était clair qu’il deviendrait un Mc de légende. Bien sûr, il n’y a pas que du live sur cet album puisque 7 titres studio y figurent. D’ailleurs, on se demande pourquoi il n’enregistre pas plus de morceaux car chacun d’entre eux volerait la vedette à bien des productions présentes sur le marché. Notons par exemple le magnifique “Work It Out” avec son ambiance proche de certains vieux titres de Common (accompagné ici de Jurassic 5 et de Iriscience des Dilated People) ou le galactique “Cosmic Slop”. Beaucoup d’autres Mcs de talent sont présents sur l’album et nous vous laisserons le soin de les découvrir

Cela va sans dire, “The Lost Freestyle Files” ne nous fera pas oublier qu’il ne s’agit toujours pas d’un véritable album. Mais la qualité des titres figurant sur cet opus vous fera vite oublier cette première déception, et nul doute que les prestations énormes de Supernatural en freestyles et battles inspireront les artistes de demain. C’est une partie de sa légende que l’on a aujourd’hui entre les mains et, à voir les années de travail pour en arriver à son niveau, on se rend compte qu’il y a beaucoup plus de rappeurs que de Mcs en France et dans le Monde. Une leçon magistrale.

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