Interview – Gold Panda, l’ours d’Autarcie

Avec ses joues mal rasées, son pantalon slim descendu en bas du boxer, et sa capuche tombée sur le front, Gold Panda bouge comme un spaghetti géant devant ses machines, pour envoyer un groove atypique, entre beat music et electronica. Quelques maxis bien ancrés dans leur époque, comme un petit album salué par la critique, auront fini de propulser ce jeune producteur aux côtés des artistes de chez Warp et Brainfeeder, dans la catégorie des sons incontournables de ces deux dernières années. Il confie à Mowno ses secrets de fabrication, de sa personnalité bordélique aux films d’horreur de série B, en passant par sa passion du sampling jusqu’au boutiste.

gold1

Ce soir, tu joues au Grand Mix de Tourcoing aux côtés de Jon Hopkins et Fujiya & Miyagi. Te sens tu proche de ces musiciens, musicalement parlant?

Non, car je ne me considère pas comme un musicien. Je ne joue rien. Je sélectionne des samples, j’utilise les disques des autres pour les ré-arranger. Je ne me considère donc pas ainsi mais, comme je crée de la musique, je suis vu comme tel. Je ne pense pas rentrer dans cette catégorie, je ne suis pas aussi bon qu’eux!

Au départ, je ne connaissais Gold Panda qu’à travers des remixes et des EPs. Aujourd’hui, tu sors ton premier album. N’était-ce pas trop difficile de passer du format maxi au format album, d’être obligé de raconter une histoire et tout ce qui va avec?

J’avais juste besoin de prendre le temps nécessaire pour le composer. Je ne voulais absolument pas faire une compilation de singles. Tu vois, je connais des artistes qui sortent d’excellents morceaux sous forme de 7’’ par exemple, mais dès que l’album sort, huit titres sur dix ont déjà été sortis en single… C’est décevant! Je ne voulais que des nouveaux morceaux pour mon album. Ça s’est fait très vite, en trois semaines. L’album, c’est très différent car tu sens beaucoup la pression. Je voulais faire un bon disque avec des morceaux qui ont une intro, un milieu et une fin. Je ne voulais pas quelque chose d’à moitié terminé. Mes anciens tracks peuvent parfois sembler étranges, comme s’il manquait quelque chose. Ici, j’avais envie de morceaux structurés, un peu comme s’il y avait des couplets et un refrain!

gold2Tu as déjà répondu à ma prochaine question… Tu produis rapidement. Quelle est ta manière de composer pour parvenir à boucler tout cela en trois semaines? Tu te lèves le matin, tu commences un morceau, et tu juges le soir s’il est bon ou mauvais?

Je suis quelqu’un de très bordélique. Par exemple, je n’ai aucun sample sauvegardé. Je pars chaque fois d’une page blanche! Je préfère la spontanéité, le désordre, l’improvisation, faire des erreurs, et ré-écouter le morceau à mi-parcours… J’aime aussi prendre une petite boucle et développer quelque chose autour. En général, faire un track me prend un ou deux jours. Si je m’assied dans le but de faire un titre, ça ne marche jamais, parce que j’y pense trop! J’essaye tout le temps de composer parce que j’adore ça. Un jour, je peux me dire: « oh non, qu’est ce que j’ai fait? Ca ne ressemble à rien« , et le jour suivant je peux en avoir terminé un nouveau sans penser à l’échec de la veille. Je suis vraiment bordélique, j’enregistre mal les sons parce que je fais ça vite. J’en enregistre parfois avec un micro pourri, je les mets tels quels dans le sampler, et je m’amuse avec.

Es tu du genre à écouter plein de disques pour trouver les bons samples?

cita13C’est en train de changer tout doucement parce que je me suis mis à acheter des petits instruments, des jouets. J’en sors des sons, et j’ajoute parfois des craquements de vinyl par dessus pour que ça sonne comme un sample! Parfois, j’entends un truc au hasard en écoutant un disque, je fais marche arrière et l’enregistre sur mon sampler. Mais la plupart du temps, j’allume tout, et je me passe les disques que je viens d’acheter, j’enregistre des sons, et je vois ce qui se passe. Mais c’est impossible de détecter de quel disque vient le sample, je le modifie beaucoup trop! J’ai aussi toujours ma MPC, parce que c’est avec elle que j’ai commencé dans le hip-hop. Ça fait longtemps que je ne l’avais pas utilisée vu qu’elle était cassée, mais elle sonne vraiment bien depuis que je l’ai faite réparer. C’est excitant et ça permet de s’éloigner un peu du laptop. Deux tracks de l’album sont d’ailleurs faits avec la MPC. J’ai vraiment envie de revenir à ça, parce que je déteste regarder un écran d’ordinateur. Tu dois placer tes drums, tes samples, alors qu’avec la MPC, tu tapes dessus, c’est instantané.

gold3

Tu redeviens musicien en jouant de la MPC!

Oui! Mais pas vraiment en fait. Si je me considérais musicien, ça sous entendrait que je saurais jouer du piano ou d’un autre instrument. Mais je m’en fous, ce n’est pas important. Le principal est de créer de la musique, que tu sois musicien ou non…

Il suffit d’avoir de l’imagination…

Tout à fait. Parfois, j’ai l’impression que je vis dans un rêve. L’autre jour, un mec me demande ce que je pense de la situation actuelle en Lybie. Je ne sais pas vraiment, parce que je vis tellement dans mon monde! Bien entendu, il m’arrive de regarder les news, de voir toutes les choses terribles qui arrivent autour de nous. Mais la plupart du temps, je suis uniquement impliqué dans ce que je fais. Je suis dans ma bulle, je pense en permanence à être créatif.

Peu importe s’il y a une troisième guerre mondiale!

Wow! Ca devrait m’interpeller, je me sens un peu coupable de ne pas savoir. Mais en même temps, j’apprécie tellement bosser sur des morceaux… C’est important parfois de se couper du monde, de ne plus entendre toutes ces merdes pour être vraiment à ce que tu fais. Même si ce que je fais sous Gold Panda est un hobby, c’est important de prendre son pied dans ces moments là, qu’il s’agisse de musique ou d’autre chose.

Je trouve que ta musique pourrait parfois coller sur des films fantastiques. Quel genre de cinéma aimes-tu?

Quand j’étais ado, j’aimais regarder des films arty, me sentir différent, et penser autrement. Maintenant, j’ai vieilli et je déteste ce genre là (rires). Aujourd’hui, j’aime ceux avec Steven Seagal ou Bruce Willis! (rires)

gold4Ta musique ne collerait jamais sur ce genre de film!

Exactement! Je ne supporte plus les trucs bien faits, de bonne qualité, plein d’émotions. Ça m’ennuie. J’aime aussi les films d’horreur de série B! J’adore Street Trash! J’aime ce genre de films, mais je ne pense pas que ça fonctionnerait avec ma musique. C’est un peu honteux car j’adorerais faire des soundtracks. Ça fait longtemps que je ne me suis pas assis pour apprécier un film du début à la fin. Au bout de dix minutes, je baille déjà car le côté émotionnel me saoûle!

Tu penses quoi de la série « Grindhouse » de Tarantino et Rodriguez?

Ça, c’est bon! Je recherche des films capables de me captiver, de m’isoler du quotidien… Je veux voir Jean-Claude Van Damme casser des jambes! (rires) C’est terrible, mais j’aime bien!

Tu es seul sur scène. Est-ce qu’un groupe te manque parfois en live? Comme un batteur ou un chanteur…

Je pense que ça serait sympa d’avoir quelqu’un d’autre avec moi sur scène. Ça peut créer quelque chose de fort. Si le reste du groupe prend son pied, alors tu prends aussi du plaisir. Mais je n’ai jamais été dans un groupe, donc je n’en sais rien. Je suis quelqu’un de solitaire, et je suis aussi content de faire ça tout seul.

La vie des tournées en solitaire n’est elle pas trop difficile?

Si, c’est dur… Mais maintenant, j’ai mon tour manager avec moi (sa petite amie entre dans la pièce à ce moment là, ndlr), parfois ma copine m’accompagne, et elle fait la bouffe! (rires). Au fil des concerts, tu rencontres aussi du monde. Des gens qui te bookent, d’autres qui te re-bookent, puis des spectateurs qui viennent te revoir quand tu repasses dans leur ville… Plus tu tournes, moins tu es seul. Tu finis par connaître du monde dans la ville où tu joues, et ces personnes te conseillent des trucs à faire dans le coin par exemple. Concernant la scène, je ne sais pas trop…

T’es tu déjà posé la question? De tourner par exemple avec un batteur comme le fait Prefuse 73

A mon avis, ça serait difficile. A vrai dire, ça me fait un peu peur de mélanger musique live et électronique. Mon album est presque entièrement électronique, et peut être que le transformer en un vrai live show ne marcherait pas. S’il y avait un batteur, un guitariste ou un pianiste sur l’album, alors oui, je le ferais probablement.

gold5

Y aura t-il de potentiels featurings sur le prochain disque de Gold Panda?

J’y pense beaucoup, mais j’ai un défaut: je me mets trop la pression. Je pense qu’il y aura un EP pour commencer, un 7’’ ou un 12’’. Mais de toute façon, je suis en pleine tournée, et je n’aurai pas le temps de me plonger dans un nouvel album avant novembre. J’ai fait beaucoup de nouveaux morceaux, mais sans inviter d’autres musiciens pour le moment. J’ai joué des trucs moi-même, et les ai transformés en samples. Mais oui, peut être! Le souci, c’est que je trouve que faire de la musique est très personnel. Si j’invite quelqu’un, je sens que je m’ennuierais vite. J’aime avoir le contrôle de tous les petits détails.

Peux tu m’en dire plus sur l’artwork, ce collage?

J’ai pris dix ou onze disques, et j’ai mis les pochettes en escalier, les unes sur les autres, puis je les ai scannées. La pochette reflète ma musique qui consiste en grande partie à juste sampler des disques! J’ai eu l’idée du design, puis j’ai donné ça à un graphiste qui s’est chargé de faire la pochette finale. Il m’a envoyé environ trente essais avant qu’on valide le bon!

À lire ou écouter également:

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire