Gasface, boycotté ou censuré?

Musique, cinéma, société: en trois mots, voilà l’horizon de Gasface. Un magazine culturel dont l’épicentre est le Hip Hop, en kiosque depuis 2 ans et dont la pertinence a été saluée dans les colonnes de Technikart, sur La Matinale de Canal + et même par une animatrice de France Inter, qui trouve que « ça fait penser aux Inrocks d’il y a 20 ans ».

Voilà pour les présentations. Maintenant, les problèmes:Le jeudi 23 octobre, Gasface ouvre la boîte de Pandore avec « le numéro blanc », consacré aux Blancs et à leur place dans ces milieux où ils sont une minorité: Hip Hop, Basketball, R’nB… Des univers qui sont le « territoire » éditorial de Gasface. Le dossier passe au crible les clichés anti-blancs les plus éculés pour les prendre à contre-pied et s’en moquer. D’où l’idée d’une accroche ouvertement absurde en couverture:« Ils dansent mal! Ils sont méchants!! Ils sont partout!!! Même Barack Obama en est à moitié un… FAUT-IL AVOIR PEUR DE CES ENCULES DE BLANCS? »Grossier? Pas plus que Charlie Hebdo ou Siné Hebdo. Vulgaire? Moins que la centaine de revues pornos qu’on trouve au-dessus de Moto Journal. Raciste? Heu… les deux responsables du magazine sont blancs. Le premier excuse le second, le second pardonne le premier, et pendant ce temps les NMPP continuent à distribuer Minute et National Hebdo.

Censure?Le mardi 28 octobre, un message d’une responsable des NMPP nous alerte: « Il y a des réactions du réseau, certains diffuseurs refusent de mettre le magazine en place ». D’après elle, l’Union Nationale de Diffuseurs de Presse (UNDP) va entrer en contact avec nous. Elle évoque une possibilité de retrait des kiosques, « à cause des titres ».

Le surlendemain, nous parvenons enfin à contacter notre référent attitré aux NMPP. Sans aborder la moindre justification légale, la responsable évoque un problème de racisme et de vulgarité. « La réunion du ministère a déjà eue lieu (…) les magazines vont être retirés des kiosques dès la fin de la semaine ». NMPP et UNDP reçoivent les premiers coups de fil de journalistes.

Vendredi 30, 17 h: Erik Boursier, le directeur-adjoint des Coopératives d’éditeurs (société détentrice à 51% des NMPP) nous contacte: « J’ai eu le directeur de l’UNDP au téléphone, il n’y a jamais eu de plainte, pas la moindre directive de leur côté. J’ai regardé le Journal Officiel: aucune interdiction de la part du ministère de l’Intérieur. Il n’a jamais été question de retrait ou d’interdiction. Pour nous, l’affaire est close ».

Nos précédentes interlocutrices des NMPP étaient-elles simplement amatrices de canular? A combien de cm de la censure sommes-nous vraiment passés? Les questions des journalistes ont-elles inquiété les responsables NMPP et UNDP, qui pensaient pouvoir se débarrasser en douce d’un titre déplaisant? Pourquoi des gens si haut placés s’inquiètent-ils maintenant des retombées d’une « non-affaire »?Boycott!Qu’en est-il de Gasface à l’heure actuelle? On ne sait toujours pas si le ministère de l’Intérieur a été saisi ou non. Ce qui est certain, c’est que dans un grand nombre de kiosques sensés nous diffuser (plus d’1/4 de ces points de vente, d’après nos estimations), notre magazine ne quitte pas l’arrière-boutique. Faut-il rappeler qu’en France la presse est libre, et que le pouvoir de censure appartient à l’Etat? Même partiel, ce boycott est parfaitement illégal.

Comme 80% de la presse française, Gasface est distribué par les NMPP et paye cher sa distribution. Au final, la part de l’éditeur (Gasface Media) décroît à mesure que le taux d’invendus augmente. Si le magazine se trouve à la cave au lieu d’être en rayon, ce taux peut vite avoisiner le score de Chirac au 2nd tour de 2002, et les revenus de l’éditeur se réduire à l’équivalent du budget vacances d’un RMIste. Car pendant ce temps, les NMPP facturent la distribution de 100% du stock. A l’atteinte à la liberté de la presse s’ajoute donc un préjudice financier.

Notre recours? D’après M.Boursier, il n’y en a pas. Pas de responsable du point de vue de la loi. Ou plutôt, il y en a 15 000: « Chaque kiosque prend la responsabilité de mettre le titre en vente ou pas. Notre boulot, c’est de livrer le kiosque, pas de s’assurer que le journal soit mis en vente. On ne peut pas mettre un flic derrière chaque point de vente. C’est à vous de voir sur le terrain, kiosque par kiosque. »Le réseau de diffusion est une vaste zone de non-droit, en somme. La liberté d’expression s’y applique ou non, au bon vouloir des marchands de journaux.

Voilà où nous en sommes, et voilà où se trouve la presse indépendante en 2008.

Communiqué de presse de Gasface, 05 novembre 2008

À lire ou écouter également:
Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire