Interview – Max Guiguet (Blundetto, Nova), double casquette et maxi tête

Interview – Max Guiguet (Blundetto, Nova), double casquette et maxi tête

Un après-midi pluvieux de septembre, c’est dans les locaux de Radio Nova, sa deuxième maison, que Max Guiguet nous a accueillis à bras ouverts afin de nous permettre de lui poser quelques questions sur « Bad Bad Things », son premier album sorti en juin dernier sous le pseudo de Blundetto, et sans conteste l’une des galettes phares de cet été 2010. Entre l’écoute de quelques titres de The Budos Band et deux passages éclairs de son ami Jérôme Caron aka Blackjoy, Max est ainsi revenu pour Mowno, avec une grande générosité, sur son parcours, sa conception de la musique et son travail de programmateur. Un entretien passionnant avec le maître du Grand Mix.

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Peux-tu revenir sur ton parcours jusqu’à la sortie de ton premier album?

En gros, le fil rouge, c’est la radio puisque j’ai commencé assez tôt. Dés que j’ai eu mon bac, j’ai eu la possibilité d’en faire régulièrement, notamment à radio Campus Dijon. C’est un moment important puisque c’est un peu le départ de tout ça. En faisant de la radio, je me suis rendu compte que ça pouvait devenir mon métier, ce qui n’était pas le cas à l’époque car je poursuivais mes études à la fac en parallèle. Je me suis rendu compte également que c’était un moyen d’expliquer à mes parents que c’était possible de travailler dans la musique sans tomber dans le cliché du genre: pas savoir où on va, marginal, etc… Au début j’avais une émission musicale et culturelle hebdomadaire qui parlait surtout de fusion, qui mélangeait les scènes hip hop et métal, ce qui est logique car je viens du milieu du skate. Je suis ensuite passé à une émission quotidienne et là, c’était plus l’aventure radio: comment tenir une heure sur l’actualité culturelle de la ville, de la région, tout en parlant de musique aussi. J’ai fait ça pendant quatre ans, avant de trouver un stage à Radio Nova à l’issue duquel j’ai été embauché.
cita1Au début j’étais à la régie, chargé de trouver des espaces publicitaires.  Mais ça n’a duré qu’une semaine! Ici, les gens sont intelligents, ils ont vu que dès que j’avais fini, je traînais dans la discothèque, j’y restais très tard. Au bout d’un moment, ils m’ont accepté, donc je suis resté là. Tout ça pour dire que ça m’a permis de rencontrer beaucoup de gens, comme Gilles, un ami réalisateur avec lequel j’ai commencé à faire de la musique via le projet Vista Le Vie, mais aussi beaucoup de DJs puisque c’était l’époque du Nova Mix. J’y ai notamment croisé Laurent Garnier, à qui j’avais donné une démo, et avec Vista Le Vie on a fini par être signé sur FCOM. Ca a duré trois ou quatre ans.
La fin de ce projet a été un peu un traumatisme car c’était quand même le split d’un groupe, même si on était que deux. A l’époque, je ne me sentais pas d’attaque pour faire de la musique tout seul, je ne maîtrisais pas vraiment le côté technique, l’enregistrement, j’avais plein d’idées mais je ne savais pas quoi en faire. Donc après notre séparation, j’ai décidé de repartir à zéro et de faire un truc vraiment tout seul. Comme je suis quelqu’un un peu ours et un peu autiste, je l’ai fait assez longtemps de mon côté, sans le faire écouter, jusqu’à ce que ça énerve mon ami Blackjoy, qui s’est rendu compte que j’avais pas mal de morceaux déjà prêts. En trois ou quatre ans, j’avais une bonne cinquantaine de titres, donc il a pris les choses en main, il a fait en sorte que les choses avancent.

blund2Blackjoy a donc joué un rôle très important dans la sortie de ton album…

Si je ne l’avais pas rencontré, j’aurais peut-être fait cet album, mais ça n’aurait pas eu grand chose à voir. Parce qu’il m’a fait rencontrer des gens pour les featurings, parce qu’il l’a mixé, parce qu’on en a longtemps parlé, on a choisi les morceaux ensemble… Finalement, j’aime bien avancer comme ça, avec un écho. Ca a quelque chose de rassurant. En plus je suis fan de ses goûts, de ce qu’il fait, et donc je sais que quand il réagit sur un de mes morceaux, c’est toujours bon signe, c’est une valeur sûre. Il ne le dit jamais pour de mauvaises raisons ou parce que c’est un ami. Et quand il trouve un truc pourri, il le dit aussi. C’est un processus bien huilé. La musique, je la fais tout seul, mais passer le cap de la sortir, c’est grâce à lui.

Donc à partir de quels critères avez-vous choisi les morceaux pour arriver au tracklisting final de « Bad Bad Things« ?

Ce choix s’est fait naturellement, un peu comme j’ai la chance de le faire à la radio. J’écoute des disques, et j’ai la chance de travailler dans ce média qu’est Nova, qui est un petit peu unique en son genre car on n’a pas de format, on réagit au coup de coeur. C’est un peu débile à expliquer mais, quand la magie marche, quand ça fonctionne, c’est qu’on le sent bien. Et avec Jérôme, c’est pareil, on a un rapport à la musique qui est assez simple, aussi sain, qui est de dire que ça nous fait triper et point barre. Après les étiquettes, underground, mainstream, hardcore… Si, à un moment, ça prend, c’est le principal. Pour les pistes qu’on a choisies pour l’album, on a procédé de cette manière. Je me rappelle très bien, c’était un soir à l’apéro, on écoutait les morceaux à la volée avec une feuille et un crayon, et on a sélectionné les titres qui nous plaisaient le plus. On en a gardé un peu plus que douze pour finir avec ceux présents sur l’album. C’est aussi à ce moment-là qu’on a mis sur papier nos envies de collaborations. Parfois, on écoutait des pistes en se disant que ce serait super bien avec un tel ou un tel dessus. C’est comme ça qu’on s’est décidé pour les featurings.

Avant de revenir sur ton album, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ta rencontre avec Jean-François Bizot et sur tes premiers pas chez Nova?

cita21A Nova, une fois embauché, j’ai commencé par ranger les disques, j’étais discothécaire. C’était l’un des liens les plus directs avec la programmation. C’était un pur bonheur car j’étais toute la journée dans la discothèque. Le timing a été parfait pour moi puisque, à la fin de mon stage, le programmateur de l’époque passait en émission, son assistant l’a remplacé et donc je me suis proposé pour ce poste d’archiviste. A l’époque, c’était le cheval de bataille de Jean-François Bizot:  pour être une radio underground et musicale, il fallait avoir une discothèque, ce que les radios n’ont pas forcément. Souvent, les animateurs fonctionnent avec leurs propres disques. Lui voulait tout centraliser. J’ai mis en place un système d’étiquettes et d’archivage. J’ai longtemps fait ce travail de classement puis, petit à petit, je suis passé à la programmation d’abord en donnant des coups de mains.

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La première fois que j’ai rencontré Bizot, c’était à cette époque, dans l’ascenseur,  et je croyais qu’il ne savait pas qui j’étais. Il m’a chambré, j’ai pris une salve d’insultes corsées et j’ai même pas eu le temps de bredouiller une connerie que j’étais déjà arrivé à mon étage. Du coup, je suis allé voir mon programmateur pour lui raconter la scène. Il m’a rassuré en me disant que c’était sa façon, particulière, de dire qu’il me calculait, qu’il savait ce que je faisais et qu’il fallait qu’on se parle un de ces quatre. Ce jour est arrivé: je me suis retrouvé devant ce type qui m’a mis tout de suite dans le bain de son projet qui était de faire de la radio intelligente, toujours liée au « branché », car il avait une obsession là-dessus. Je lui ai d’ailleurs fait part directement de mon hypothèse sur le sujet, qui était que les branchés, ça n’existait pas, que moi je n’en étais pas un. Je me suis fait doublement insulté et il a essayé de me convaincre du contraire. Il adorait les tribus. Je crois qu’une de ses passions était d’essayer de décoder, au sein d’Actuel et de Nova, les faits de société qui font les tendances. Moi, j’essayais de lui expliquer que l’underground n’existait plus. Qu’essayer de garder quelque chose underground plus d’un mois et demi, c’était devenu compliqué. Encore plus avec Internet, le fait de marketcita3er tout et n’importe quoi a changé la donne. Avant les choses étaient différentes. Par exemple, il s’est passé un certain nombre d’années pendant lesquelles le reggae et l’afrobeat existaient, mais où il était impossible d’en vendre sur le territoire français. Bizot a connu cette époque où  tout était à faire: voyager, aller récupérer des disques. Moi par exemple, je suis en relation avec un label new-yorkais, il m’envoie des trucs dans la journée, je les downloade et le tour est joué, ce n’est pas la même chose. Lui envoyait les programmateurs en voyage en leur disant de ramener un sac de disques. Il aimait provoquer un terreau fertile pour la créativité de chacun. Et dès que quelque chose était ok, accompli, ça ne l’intéressait plus, il fallait passer à autre chose ou casser ce qu’on venait de faire pour recréer autre chose. Il le faisait avec tout, même avec la discothèque que je rangeais. Je l’ai connu pendant huit ans. C’est peu dire que c’était un passionné, et c’est un modèle.

Que retiendras-tu de lui plus particulièrement?

Ce que je retiendrais de lui, c’est ce qu’il me disait: « un disque, il faut toujours l’écouter jusqu’au bout, car la bonne surprise peut venir à la fin« . Ca veut tout dire. Ce qu’il voulait dire c’est « restez curieux sinon vous êtes morts« . C’est très important pour un média comme Nova. Si on veut satisfaire la curiosité des gens, soyons nous-mêmes curieux. Ca veut dire tout écouter, ne pas se satisfaire des envois des maisons de disques.

blund4Comme on en parlait tout à l’heure, tu as sorti plusieurs albums sur le label de Laurent Garnier en tant que moitié du groupe Vista Le Vie avant de sortir ton premier album sous le pseudo Blundetto. Que t’a apporté cette expérience?

C’était l’apprentissage, avec toutes les illusions que ça comporte de se dire à 25 ans: « j’ai signé sur le label de Laurent Garnier, je vais peut-être faire de la musique mon métier« . Pour moi, ça représentait beaucoup de choses de signer sur FCOM, c’était une époque où le disque se vendait encore, on se projetait vachement, on se disait qu’on allait pouvoir s’acheter du matos, faire de la scène, etc… Donc pendant des années, je me suis mis dans cette dynamique. Et puis FCOM s’est arrêté, il ne se passait plus grand chose sur la scène électronique française, à part pour certains qui tiraient parfaitement leur épingle du jeu. Mais il n’y avait clairement plus à manger pour tout le monde. C’était un peu prendre une claque, en plus c’était aussi la fin d’une aventure amicale. J’avoue qu’il y a eu une période où je me suis demandé ce que j’allais faire. Le côté technique n’étant pas mon fort, je pensais arrêter la musique. Puis finalement, quelques mois plus tard, j’ai branché l’ordi, j’ai essayé d’enregistrer des trucs. Je me suis rendu compte que ce n’était pas si compliqué que ça, donc j’ai recommencé à faire du son. J’ai commencé à prendre du plaisir à faire les choses tout seul, et j’ai continué.

Venons-en maintenant à la sortie de « Bad Bad Things ». Déjà, pourquoi avoir choisi le pseudo Blundetto? C’est en référence au personnage de Tony Blundetto dans la série Les Soprano?

Je ne suis pas fan de séries normalement, mais je suis vraiment fan de celle-ci. D’abord parce que je suis attiré par l’univers très bonhomme de la mafia, qui est un univers très fascinant. Ensuite parce que c’est très bien réalisé. Pour moi, ce n’est même pas une série, c’est un film très long. L’utilisation de la musique y est géniale, l’image est soignée, la photo sublime. Bref, je suis tombé accro. Et au moment de trouver un nom, pour la sortie d’un morceau sur une compilation, celui-là m’est venu assez naturellement. Je trouvais que ça sonnait bien. Et pour le titre « Bad Bad Things », c’est le titre d’un morceau que j’avais enregistré juste après le split de Vista Le Vie. A l’époque il s’appelait « You Did Very Bad Bad Things ». Finalement, je n’ai gardé que la fin.

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Ton album est vraiment à l’image du Grand Mix de Nova, par son éclectisme, son côté très chaleureux, le fait qu’il rassemble de nombreuses influences, à la fois reggae, jazz, soul, funk… Mais on y trouve aussi des rythmes latins, ou encore l’esprit brass band sur les titres enregistrés avec le Budos Band (« Mustang » & « La Carretilla »). Quels liens ferais-tu entre ton travail de programmateur et ton travail de producteur?

Le métier de programmateur, c’est de la schizophrénie en fait. Car je ne mets pas à l’antenne les morceaux que j’aime, mais ceux qui sont bons pour Nova. Mais forcément, à un moment, il y a quand même quelque chose qui est du domaine du goût personnel. Si aujourd’hui j’écoute de tout, ça n’a pas toujours été le cas. Quand je suis arrivé à Nova, j’avais horreur de la musique latine. Mais en fait, ce n’est pas que je n’aimais pas, c’est que je ne connaissais pas. Pour moi, la musique latine c’était la salsa, pour caricaturer. Mais à force d’écouter des disques, en apprenant ce qu’est réellement cette musique, ça a commencé à me faire vibrer. Venir à Nova m’a permis d’absorber plein de styles et de découvrir des musiques que je ne connaissais cita4pas. Une fois rentré chez moi, ces choses ont une incidence sur mon travail de producteur. Donc Nova a de toutes façons une influence sur ma musique. Après j’ai orienté l’album. Pour moi il est soleil, c’est un choix. J’ai aussi de côté des morceaux plus sombres dont j’aimerais bien faire quelque chose, car j’aime aussi le côté déprimé et pas drôle de la musique. Mais quand on a fait les choix des titres pour « Bad Bad Things », on a choisi cette orientation plus chaleureuse, plus soleil. Et puis ça colle bien avec le personnage de Blundetto, dans l’esprit des petites vidéos qu’on avait postées sur internet où c’est un petit peu déconnant. On n’a pas travaillé le côté marketing du projet, mais on a cherché une certaine cohérence. Par exemple, je suis fasciné par les images latines autour des têtes de mort, de la fête des morts, du Mexique, des feuilles de tabac, du rhum, du cigare… C’est pour ça qu’on retrouve ces éléments dans cet album, et notamment dans l’artwork de la pochette. Mais j’aime aussi la peinture abstraite, donc on retrouvera peut-être plus tard ces éléments.

Tu dis souvent qu’en musique, il n’y a que du recyclage. Tu penses donc qu’il n’existe pas de créations pures?

Ce n’est pas péjoratif de parler de recyclage. Ce que j’appelle recyclage, c’est l’inspiration. Et le sample, c’est de la création. Je n’oppose pas les deux. Certaines personnes me disent que le sampling n’est pas de la création musicale. Je pense le contraire, car il faut d’abord avoir l’oreille pour repérer une partie d’un morceau qu’on peut utiliser, et ensuite avoir l’idée pour l’exploiter.

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Les influences reggae sont assez présentes dans cet album, mais elles sont fusionnées à plein de choses, ce qui fait que tes titres sonnent un peu comme un morceau type « Selfish Gene » de Tony Allen et Jimi Tenor. Quelles sont tes références dans ce domaine et au-delà?

En tout cas, c’est un beau compliment que d’être comparé à ces artistes et à ce morceau que j’aime beaucoup. C’est vrai que dans la texture du son, c’est une orientation proche de celle que j’ai choisie, en soulignant encore plus le côté reggae, par exemple avec le clavier. Moi, j’ai été marqué par le reggae. Le côté vert, jaune, rouge, Jah Rastafari m’a toujours gonflé, mais ce qui m’a vraiment traumatisé, c’est quand je suis remonté aux racines du truc, vers les années 50/60, où d’ailleurs le terme reggae n’était pas encore employé, puisqu’on parlait de rocksteady, de ska, ou autres. Pour moi, c’était de la soul. Qu’ils ont bien sûr adaptée à la couleur de leur île: un endroit violent, socialement démuni, très pauvre, mais avec du soleil, de la ganja et tout ce que tu peux trouver sur une île. Et comme les Etats-Unis ne sont pas loin, ils ont absorbé tout un tas de vibes et c’est cette musique jamaïcaine-là qui m’a traumatisé. J’ai passé deux ans à n’écouter que ça. Pour moi, Ken Boothe fait partie cita5de ces incontournables. Mais je ne suis pas non plus un puriste du genre et je ne suis pas fermé aux autres périodes de cette musique. J’aime beaucoup aussi Cornell Campbell, qui a fait des trucs avec Basic Channel. En fait, je suis fan des voix du reggae. Et au-delà, pour l’énergie, j’aime beaucoup les trucs genre skinhead-reggae ou ska. Mais ce n’est pas une musique que j’aimerais faire. Sinon, au niveau de mes influences, je n’arrive pas à trouver de fil conducteur. Le dernier artiste en date qui m’a scotché c’est Caribou. Dans un autre genre Matthieu Boogaerts. Son album « Michel » m’a marqué. Je trouve ce mec assez dingue dans sa façon de produire, il est très impliqué dans le processus de production, et sa façon de faire est originale. Ce que j’aime chez ces artistes. Et j’y ajouterai Curtis Mayfield, c’est l’honnêteté dans la production. Il n’y a pas d’artifices, les idées sont souvent simples. Ils n’ont pas besoin de gonfler les choses pour toucher juste. Les sons électro aujourd’hui me touchent moins car ils poussent le délire trop loin, c’est à celui qui te fera le plus saigner les oreilles. Au contraire d’un Bibio qui est tout en délicatesse, un peu mélancolique comme ceux que j’ai cités avant. J’aime le coté ambiance « coton » de cet artiste, que tu retrouves d’ailleurs aussi sur le « Michel » de Boogaerts.

Selon toi, quels sont les trois ou quatre albums incontournables de cette année 2010?

Ça peut être compliqué pour moi ce genre de question! Surtout que je résonne de plus en plus en termes de morceaux, et moins en termes d’albums. Gonjasufi m’a fait pas mal d’effet, ça m’a fait plaisir de voir arriver un personnage et j’aime bien les univers un peu particuliers. Je mets Caribou dans cette sélection, Aloe Blacc et les Black Keys.

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Ton album est rempli de collaborations, notamment avec la chanteuse berbère Hindi Zahra, qui vient de sortir son premier album sur Blue Note et qui est vraiment une très belle découverte. Pourrais-tu revenir sur votre rencontre et votre collaboration?

Cette rencontre est typique de la connexion Blackjoy puisque je ne connaissais pas Hindi Zahra. Je connaissais son morceau « Beautiful Tango », et je savais qu’elle faisait énormément de scène. Pendant la sélection des titres pour « Bad Bad Things », en tombant sur un reggae, Blackjoy m’a conseillé de faire quelque chose avec elle. Je me suis un peu renseigné sur elle, je suis tombé sur un de ses titres, « Stand Up », qui m’a tout de suite emballé. Je trouvais qu’elle avait vraiment ce truc soul sur du reggae. Pour moi ça marchait, donc j’étais décidé et je suis vraiment très content du résultat.

On retrouve également Hervé Salters aka General Elektriks sur trois morceaux et Lateef de Blackalicious sur « My One Girl », tous deux faisant partie du crew californien Quannum. Ce label est-il pour toi une référence? Pourquoi?

Hervé, je l’ai rencontré il y a très longtemps. Je l’ai connu artistiquement parlant alors qu’il avait enregistré sa première démo car il devait signer sur le label de quelqu’un que je connaissais. Quand il a sorti son premier album, on le jouait pas mal sur Nova. C’est à ce moment que je l’ai contacté et qu’on s’est rencontré. C’est quelqu’un avec qui on se rejoint sur pas mal de trucs musicalement. Notre collaboration pour « Bad Bad Things » s’est faite entre gens qui ont envie de faire la musique, en toute simplicité. C’est quelqu’un d’adorable. Et Hervé a fait le passeur de plat pour Lateef. Quannum est clairement une référence pour moi. J’ai d’ailleurs été surpris par ce que Lateef a enregistré sur « My One Girl », car je lui avais certes demandé de ne pas chanter, mais je ne m’attendais pas à ça. C’est pour moi une bonne surprise. Je m’attendais à quelque chose de plus soul, alors que là c’est clairement ragga.

Effectivement, il y a aussi ton featuring avec le skateur et musicien Tommy Guerrero, « Ken Park ». Pourrais-tu nous raconter l’histoire de ce morceau? Le titre « Ken Park » est-il une référence au film de Larry Clark, lui aussi passionné de skate et de punk?

Oui et non. Déjà, je n’ai pas vu ce film de Larry Clark. En fait je voulais trouver un titre en rapport avec le skate. Au début, je voulais l’appeler « Skate Park », mais je trouvais ça trop neuneu. Dans l’urgence, j’ai dû mettre « Ken Park » et c’est resté. Donc ce n’est pas une référence directe. Pour ce qui est de la rencontre avec Tommy Guerrero, c’est encore Hervé qui me l’a présenté. En fait, quand des gens qu’il connaît viennent à paris, Hervé leur donne des contacts de connaissances qui font de la musique. C’est comme ça que ça s’est fait: Tommy était en vacances en famille et il cherchait des gens avec qui jouer, avec qui faire des concerts. J’avoue que j’ai été très impressionné par l’expérience. On a enregistré pas mal de titres, pour l’instant je n’en ai utilisé qu’un seul. On verra si dans le futur j’utilise d’autres sessions de cette journée. En tout cas, c’est quelqu’un qui peut rivaliser au concours de mec le plus sympa de la terre avec Hervé.

blund8Dans une interview que tu as donné récemment à Breakin’groove, tu affirmes que « l’industrie du disque se trompe un peu en disant que c’est indispensable d’aller défendre un projet en live ». Je trouve cette remarque intéressante car aujourd’hui, la plupart des artistes disent le contraire…

Les maisons de disques tiennent ce discours parce qu’elles ne peuvent plus vendre de disques tranquillement, et que la scène est un moyen de faire rentrer de l’argent. Ca, c’est un fait, c’est vrai. Mais est-ce que les artistes vont pouvoir vivre de leur musique parce qu’ils vont faire de la scène? Je ne crois pas. Car pour beaucoup d’artistes, on parle de petites salles. Tant que tu n’es pas The Fall ou Hot Chip, je ne vois pas comment ça peut marcher. La scène est importante pour des artistes déjà établis mais c’est une erreur de laisser penser que n’importe quel groupe ou personne qui fait de la musique dans sa piaule s’en sortira plus parce qu’il fait de la scène…

Quel disque a changé ta vie et pourquoi?

Je l’ai déjà dis je crois, mais je vais le redire car c’est le premier disque qui m’a fait prendre conscience de ce qu’était la musique. Je devais avoir cinq ou huit ans, j’écoutais de la musique au casque sur la chaîne de mes parents. C’est un disque de Jacques Loussier, « Pulsion ». Il m’a marqué car c’est un disque piano-batterie solo qui a été samplé des dizaines de fois, et notamment par des rappeurs américains. Et un jour, quinze ans après, j’ai retrouvé un passage de ce disque sur une mixtape de Kon & Amir et ça m’a tout de suite replongé des années en arrière. J’ai revu la pochette, le disque, et je me suis souvenu à quel point je pouvais triper sur cet album. J’étais petit, j’allais au conservatoire, je faisais des percussions et je connaissais les sons d’une batterie pour avoir essayé. Mais là, découvrir un album avec plein de plans solo, ça m’a fait halluciner. De voir tout ce qu’on pouvait faire avec cet instrument, cette précision, ça m’a scotché. C’est un disque qui est un peu un ovni dans sa discographie car Jacques Loussier, qui est pianiste, fait à la base beaucoup de reprises de musiques classiques en jazz. En tout cas, ce disque a été pillé par les producteurs hip hop.

Pour finir, qu’envisages-tu pour le futur de Blundetto?

Je ne sais pas vraiment. Le futur très proche, c’est un album de remixes. J’ai fait un casting de remixeurs célèbres et  peu connus puisque ce sont des potes. On va donc faire « Bad Bad Things » Friends Versions. Et puis il y a un deuxième album qui est presque fini. Par contre je n’ai pas de date, et c’est ça qui est bien. On le sortira quand on aura envie, quand on sera satisfait du résultat.

Blundetto, « Bad Bad Things », disponible sur
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