Zenzile – ‘Berlin’

Album / Yotanka / 27.10.2014
Krautrock cinématographique

Novo dub… Le terme a beau être désormais ridé, il appartiendra à jamais à Zenzile qui en fut un des plus convaincants précurseurs. Pour preuve quand, en 2007, les angevins ont décidé de faire des infidélités à l’éternelle rondeur de leurs lignes de basse pour se plonger dans le post punk et le funk blanc de ‘Living In Monochrome‘, l’appellation était vouée à disparaître. C’est qu’on n’emprisonne pas comme ça un combo dont les influences vont bien au-delà du dub et qui, même s’il ne s’en est jamais éloigné longtemps, ne considère pas sa carrière autrement qu’en la menant au gré de ses envies et de sa chère liberté. Les nostalgiques – dont nous – ont eu beau parfois lui reprocher son entièreté à se jeter dans des couleurs musicales trop affirmées, comme de trop se soumettre à la voix de Jamika, force est d’admettre ici que l’entêtement de Zenzile a finalement du bon.

Deux ans après un ‘Electric Soul‘ en dents de scie, quatre après une première expérience de ciné-concert avec ‘Le Cabinet du Docteur Caligari‘, le quintet renoue avec le grand écran en laissant de nouveau ses rondeurs au pied du distributeur de pop-corn. Ici, c’est de ‘Berlin’ dont il est question: une ville dont l’histoire, le patrimoine et la vitalité ont de tout temps éclaboussé l’art jusqu’à le faire céder sous le poids de son influence; mais aussi le nouvel album totalement instrumental de Zenzile (bande son du quasi-documentaire ‘Berlin, la Symphonie d’une Grande Ville’ que Walther Ruttmann signait en 1927), lui-même frappé d’une inspiration telle que la musique s’y suffit à elle-même, extirpant habilement les angevins du piège récurrent de l’indissociable.

Dès lors, leur science bien connue du groove s’électrise de sonorités krautrock, titille l’imaginaire, laissant à chacun la liberté de se faire son propre film, de dessiner son propre décor. Et s’il est voué à accompagner des images de la fin des années 20, c’est plutôt dans les années 70 et 80, au carrefour du post punk, de l’indus, et de l’electro, que Zenzile nous plonge avec ‘Berlin’: un scénario à rebondissements ou d’irrésistibles lignes de basse mécaniques et nerveuses (‘Der Zug’, ‘Der Verkehr’, le cosmique ‘Die Fabrik’, ‘Die Brücke’, ‘Die Freizet’) passent régulièrement le relais à de doux moments d’accalmie progressive (‘Die Architektur’, ‘Die Bourgeoisie’, ‘Der Kindergarten’), offrant parfois aux angevins l’occasion de retrouver les automatismes de leur dub maison (‘Die Laden’, ‘Der Tanz’).

En s’inspirant d’images d’un autre temps, Zenzile retrouve donc la verve qui l’avait partiellement abandonné depuis 2007, jusqu’à accoucher d’un album qui, non seulement modernise des sonorités souvent cantonnées à leur époque, mais grave aussi dans le marbre un chapitre important de sa propre carrière. A la fin, n’est-ce pas toujours l’Allemagne qui gagne?

‘Der Zug’, ‘Die Fabrik’, ‘Der Verkehr’, ‘Die Brücke’, ‘Die Freizet’

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