Vince Staples – ‘Summertime ’06’

Album / Def Jam / 30.06.2015
Hip hop

Après avoir sorti un EP fascinant qui contenait la meilleure production de l’année 2014 (‘Blue Suede’), Vince Staples attaquait 2015 avec la sortie de son premier album en ligne de mire, bien déterminé à justifier la montée en puissance qui l’accompagne depuis sa première mixtape sortie il y a trois ans à peine.

Originaire des quartiers nords de Long Beach, une lointaine banlieue de Los Angeles, le jeune rappeur de 21 ans tisse sur ces vingt morceaux, scindés en deux parties, une narration profonde et dense, marquée par le deuil et le deal, ou l’été 2006 résonne comme une date funeste ou se succède son entrée dans un gang (comme son grand-père avant lui), la mort violente d’un ami proche, et le trafic à l’ombre des palmiers et des surfeurs.

Depuis une paire de Jordan bleues sur ‘Blue Suede’ qui marquait son appartenance au gang des Crips de Long Beach, jusqu’à un cadavre dans une allée (‘Bird & Bees’), Vince Staples retrace – image après image – une trajectoire personnelle ou le cliché du gangsta lambda, d’ordinaire serti de fantasmes, est ici montré du doigt par le biais d’un réalisme cru évoquant l’envers du décors, évacuant les stéréotypes au profit de deals besogneux (‘Get Paid’) et d’une arme toujours cachée dans le pantalon (‘Hang’n’Bang’).

Niveau production, ‘Summertime ’06’ est marqué par un lien prolongé entre Vince Staples et No I.D, (producteur de Common et Kanye West entre autres) qui se chargeait déjà sur l’EP ‘Hell Can Wait‘ d’une atmosphère 100% révolte urbaine et barricades. Même constat ici, ou sa patte perpétue le geste initial, tissant des petites bulles anxiogènes aux percussions marquées, renforcées ici et là par des basses pesantes et des synthés grisâtres, parfaitement assimilés par un Clams Casino venu compléter le trio à l’œuvre sur l’album.

‘Summertime ’06’ concrétise donc toutes les attentes placées en Vince Staples: un rappeur focalisé ici sur sa vie d’avant, pas encore tourné vers celle d’après, mais toujours soucieux de bien raconter ce qu’il connaît, et de l’enrober d’un univers cohérent et sombre épousant parfaitement les douloureuses histoires dont il se déleste aux quatre coins de cet excellent premier album.

‘Lift Me Up’, ‘Bird & Bees’, ‘Dopeman’, ‘Senorita’, ‘Surf’, ‘Get Paid’

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