Tomahawk – « Oddfellows »

toma180Album
(Ipecac)
28/01/2013

Il y a cette petite bricole avec les « supergroupes » comme on les appelle vulgairement, ce petit à priori qui tiraille l’avis d’un quidam quand il sait un peu de quoi il parle. On peut à la fois se dire que tout devrait être ravissant étant donné le glorieux passé des principaux protagonistes, mais qu’un manque d’objectivité dans leur démarche-qualité pourrait aussi invoquer un effet pervers et cuisiner une mauvaise soupe. Ne connaissant pas franchement leur histoire et n’ayant pas de particulières accointances à leur égard, la neutralité sera ici de mise.

« Oddfellows » est très éclectique et s’arme d’un joli fil rouge. Quand on y regarde de plus près, on ne peut pas ne pas imaginer autre chose tant la pluralité et le talent se distinguent chez les principaux intéressés. Il est frappant d’entendre que tout cela fonctionne, évidemment. Un supergroupe comme Tomahawk est tenu d’entretenir sa réputation.  Ce dernier garde cette verve qui a déjà fait ses preuves dans les albums précédents sans omettre de faire gicler des dizaines d’autres couleurs. On y retrouve donc les univers de chacun qui, combinés, offrent un résultat qui exacerbe dans son entièreté de multiples possibles où les différentes fibres se chevauchent, combattent et résonnent grandement ensemble. Ainsi, la voix de Patton (et sa multi-polarité de tessitures) s’accroche à merveille aux guitares inspirées de Duane Denison, quand l’exaltant John Steiner – batteur distingué et transcendant au sein, notamment, des géniaux Battles – prouve une fois de plus qu’il n’a plus rien à prouver.

Certains titres sont vite efficaces par leur côté très « rock se jouant du métal », immédiatement accessibles (« Stone Letters », « White Hats/Black Hats », « South Paw »). Pas de doute, Tomahawk sait composer avec cet aspect assez primitif, et va droit au but. Mais la simplicité a ses limites quand, sur la longueur, elle se fait rébarbative dans la forme. Pour preuves, ces couplets répétitifs et ce chant illuminé ouvrant sur un bon gros refrain, etc (« Waratorium »). En revanche, les plages plus calmes sont plaisantes à l’écoute et permettent de s’imprégner d’ambiances plus dark, quelque peu mystiques, à la teinte psychédélique et progressive assez fascinante (« I Can Almost See Them », « Baby Let’s Play »). Tomahawk sait donc passer de branche en branche, et fait mouche dans les moments les plus fous et les plus expérimentaux. D’une ambiance jazzy à une cavalcade country énervée à la limite du burlesque (« Rise Up Dirty Waters »), d’une touche western à une déferlente punk rock sautillante puis violente (« Typhoon »), le combo sait faire dans l’halluciné, et tout cela fonctionne admirablement.

On peut y trouver des défauts ou ne pas du tout adhérer à son univers, il n’en reste pas moins que Tomahawk sait être créatif et d’une belle façon après cinq années d’absence. Reste une grande inventivité mélodique et un bouleversement des formes. Excusez du peu, mais il serait osé de leur reprocher un tel don quand, aujourd’hui, l’uniformité décomplexée devient gênante à tel point qu’il devient parfois difficile de distinguer un groupe d’un autre. On saurait reconnaître Tomahawk parmi  des centaines, et rien que pour ça, c’est admirable. Hugh.

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