Tinariwen – « Imidiwan: Companions »

tina180Double album
(AZ)
28/09/2009
Blues malien

C’était il y a déjà presque trois ans que les Touaregs maliens de Tinariwen nous livraient leur splendide «Aman Iman», et devenaient par la même occasion de véritables stars internationales de «World Music». Mais il serait néanmoins beaucoup trop réducteur de ne voir dans le groupe Tamasheq, formé d’anciens combattants de la rébellion touarègue au Mali, qu’un simple buzz musical et médiatique parmi d’autres, tant sa musique offre à l’auditeur quelque chose d’inégalable qui puise sa force dans l’aridité du désert.

C’est d’ailleurs avec regret que les musiciens avaient enregistré «Aman Iman» loin de leurs dunes, dans le studio d’Ali Farka Touré à Bamako… Ils ont aujourd’hui pu amplement se rattraper en enregistrant leur quatrième «Imidiwan: Companions» au cœur du Sahara, avec l’aide précieuse de Jean-Paul Romann, ingénieur du son de Lo’Jo. Les guerriers ont en effet produit cette précieuse galette dans une vieille maison réaménagée en studio à Tessalit, petite oasis perdue dans l’immensité désertique à la frontière algérienne dont sont originaires Ibrahim et Alhassane, deux des fondateurs du groupe. Certains titres ont même été enregistrés au beau milieu du désert malgré les difficultés techniques, offrant ainsi un son aux atmosphères littéralement magnétiques. Une telle démarche est bien la preuve que Tinariwen, malgré l’immense succès et l’engouement commercial qu’il a connus dans le monde occidental, ne s’est pas perdu en chemin et a gardé les pieds enracinés dans la sagesse saharienne. Une chose à laquelle Ibrahim tenait vraiment, aboutissant au retour à une musique vraiment authentique, enregistrée sur sa terre natale.

Dans la forme, «Imidiwan: Companions» porte la marque du son originel tamasheq plus encore que son prédécesseur «Aman Iman», tout en conservant une portée intimiste et mélancolique prédominante («Chegret», évoquant la révolution touarègue de 1990, «Assuf Ag Assuf»). Les guitares traditionnelles et électriques restent reines dans les compositions, souvent accompagnées de doux rythmes de percussions inspirés de la cadence nonchalante du chameau dans le sable («Enseqi Ehad Didagh»), et de chœurs majestueux («Imidiwan Afrik Tendam», «Chabiba»). Une fois de plus, cet opus transpire un blues engagé, profond et organique, exécuté avec une virtuosité imparable, qui touche autant l’âme que les tripes («Tenhert», «Tamudjeras Assis», «Tahult In»). «Imidiwan: Companions» se révèle également par bribes moins grave et plus joyeux, comme dans les entraînants «Lulla», «Intitlayaghen» et «Kel Tamashek». Le dernier titre «Ere Tasfata Adounia / Desert Wind» résume à lui seul toute la complexité de cet album, en laissant même le vent s’emparer de la guitare pour conclure sur un effet mystique relatant le silence absolu du désert.

Comme l’était «Aman Iman», bien loin de présenter une occidentalisation sonore qui n’est définitivement plus à craindre, ce quatrième opus de Tinariwen est un voyage au cœur de l’environnement et de la philosophie de ces artistes nomades, qui utilisent la musique comme arme pour continuer à défendre leur indépendance et leur mode de vie, et comme ciment pour fédérer leur peuple. Si bien qu’«Imidiwan: Companions», dans sa richesse et son groove ayant atteint une extraordinaire maturité en parfaite harmonie avec la nature désertique, est tout à la fois une magnifique leçon de musique, d’humanité et d’ouverture, qui apaise les esprits par sa plénitude et sa pureté.

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