Three In One Gentleman Suit – « Pure »

three180Album
(Les Disques du Hangar 221)
10/2011
Indie rock

A croire qu’une frontière peut parfois se transformer en mur anti-bruit. Si en doutez, alors pourquoi les talentueux italiens de Three In One Gentleman Suit n’ont pas plus fait parler d’eux durant les huit premières années de leur carrière? Le mystère demeure, une certaine frustration aussi, à l’heure ou le combo annonce lui-même que « Pure », son nouvel album, souligne un moment charnière de son existence. En effet, pour arriver à en faire une telle pièce maitresse, il dit s’être profondément remis en question tout en prenant soin de rester lui-même, de laisser la fougue de ses instincts intervenir dans le processus de composition. On a beau ne pas encore avoir beaucoup d’éléments de comparaison, on le croit sur parole tant l’écoute de ce quatrième opus souligne très nettement le perfectionnisme qu’il a pu mettre dans ces neuf morceaux définitivement inscrits sur l’axe Chicago-Washington DC, sur lequel ces trois mecs de Modena ont indéniablement multiplié les allers-retours durant les années 90.

Du coup, avec en plus de ses ainés, un line up qui n’hésite pas à s’enticher désormais de claviers, synthétiseurs et samplers (les excellents « Green Riots » et « Confusion Is Pleasure »), ainsi qu’une production particulièrement léchée (signée notamment par Giovanni Ferliga de Aucan), l’ombre des grands de l’époque plane quasi constamment au dessus de ce « Pure » définitivement passionnant pour qui cultive encore une certaine affection pour le rock de l’époque. D’eux, Three In One Gentleman Suit a gardé un goût prononcé pour les harmonies et les dissonances, cette façon toute particulière de marier les mélodies à une succession de rythmes furieusement efficaces (« You Don’t Know Foreplay »), de jongler habilement avec les intensités, qu’il déroule ses compositions le pied sur le frein avant de le coller au plancher (« G.B.’s Deer Hunting », l’imparable « Born Nihilistic »), ou qu’il décide de faire la part des choses (le parpaing qu’est « Mountain vs Plain » suivi de « Ode To The Hometown » en douce clôture).

Mais il y a aussi parfois chez Three In One Gentleman Suit la rencontre de différentes écoles: celle de la sensibilité qui habitait The Van Pelt voire Karaté, d’une autre plus friande de force et de complexité à laquelle Jawbox se ralliait le plus souvent, et une dernière qui en appelle fidèlement aux mélodies pop. Les trois réunies donnent alors naissance à des titres particulièrement profonds, empreints d’intemporalité (« Upcoming Poets », « In The Neighborhood »), que seule une maturité définitivement acquise permet de décrocher. Du coup, « Pure » refait l’histoire plutôt que de la réécrire, mais la passion et la créativité de ces foutues années 90 se font tellement cruellement sentir de nos jours qu’on ne se plaindra certainement pas qu’un groupe nous les recrachent si parfaitement digérées. Uno schiaffetto.

En écoute

Disponible sur
itunes40

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