Thee Oh Sees – ‘Mutilator Defeated At Last’

Album / Castle Face / 25.05.2015
Garage psyché

L’an passé, à la même période ou presque, on ne savait pas encore très bien si ‘Drop’ n’était pas tout ce qu’il restait d’un Thee Oh Sees entré quelques mois auparavant dans un hiatus indéterminé. Il n’y a plus de doutes désormais: la pause fut de courte durée, le temps de laisser John Dwyer fuir San Francisco pour Los Angeles, s’entourer de nouveaux musiciens, puis repartir en tourner et épancher son insatiable soif de composition. Entre temps, la scène garage a beau avoir poursuivi son affolante reproduction, elle n’aura pas vu sa hiérarchie chamboulée: un étage au-dessus d’un Ty Segall devenu aujourd’hui la rock star d’un public croyant écouter autre chose que le voisin, c’est toujours Thee Oh Sees qui rigole, le cul bien confortablement posé sur son trône. Et ce n’est certainement pas ‘Mutilator Defeated At Last’, ce neuvième album studio, qui y changera quelque chose tant il ne manquera pas de rassurer le fan échaudé par la (pourtant belle) accalmie que fut ‘Drop‘.

Cette fois, il semble que Dwyer – désormais entouré de Tim Hellman (basse), Nick Murray (batterie), Chris Woodhouse (clavier, mellotron, percussions), et Brigid Dawson (chœurs) – ait eu envie de raviver la flamme du garage-psyché frénétique qui illuminait ‘Carrion Crawler/The Dream’ en 2011. Frappé de guitares retournées dans le rouge, drapé de l’habituelle reverb’ omniprésente chez Thee Oh Sees, ‘Web’ a beau tenter de se contenir, cette entame nous replonge dans ce que le groupe sait faire de mieux. Et le bain déborde. On surfe alors sur de fulgurantes cavalcades électriques (l’énormissime ‘Withered Hand’, ‘Rogue Planet’) ou les riffs griffent jusqu’à ce que le sang coule (‘Turned Out Light’) tandis que les soli fuzz virevoltent sur une rythmique aussi linéaire qu’imperturbable (‘Poor Queen’, le muet ‘Lupine Ossuary’).

Mais ‘Mutilator Defeated At Last’ – nouveau must-have de cette discographie à rallonge – n’est évidemment pas que cela: Dwyer y rappelle aussi qu’il affectionne encore et toujours les longs déroulés psychédéliques à tiroirs (‘Sticky Hulks’, l’acoustique ‘Holy Smoke’, ‘Palace Doctor’), ici moins mémorables que le reste, mais absolument nécessaires pour battre l’AVC à plate couture. Ce sont aussi ces subterfuges qui oeuvrent pour une diversité contredisant, à chaque album, la fausse impression que Thee Oh Sees reste prévisible. Toujours loin des références évidentes qui parasitent le rock de beaucoup de ses homologues, le groupe jongle toujours habilement avec tout ce qui n’appartient finalement qu’à lui. Et mine de rien, il n’avait plus pris autant de distance avec la pop depuis quatre ans: un siècle pour Thee Oh Sees.

‘Withered Hand’, ‘Turned Out Light’, ‘Lupine Ossuary’

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