The Roots – « Undun »

roots180Album
(Okayplayer/Def Jam)
05/12/2011
Hip hop

Indifférents au bourdonnement médiatique, The Roots l’ont toujours été. Loin des formations que l’on érige pour divertir une galerie d’auditeurs en soif de perfidies, les trublions de Philadelphie s’agitent collectivement dans l’ombre des bling bling américains. Rugueux et doux, « Undun » entame la phase la plus sombre du groupe, et évite la sclérose aux corps vieillissants des éternels Black Thought et Questlove.

Redford Stephens, vous voyez qui? Non? C’est normal, l’histoire ne retient que les victimes et les héros. Lui, n’est ni l’un, ni l’autre. Au gré de ce concept-album, on suit les péripéties de ce criminel, qui n’est pas né comme tel, mais dont la descente en enfer était inévitable. Mal-être (« Rip The Scale »), mémoire d’outre-tombe (« Sleep »), irresponsabilité nuisible (« Stomp »), éloquence meurtrière (« Make My »), chaque acte de cet homme de la rue s’interprète comme une succession d’images cruelles, jusqu’à la chute. Rattrapé par le temps et les ennuis, le visage de Redford Stephens s’effacera brutalement des rues en 1999. Heureusement, les faits sont purement fictionnels, et ne sont pas sans rappeler ceux de Bishop, personnage interprété par 2Pac dans Juice. Pourtant, l’explication est à chercher ailleurs. Son désespoir et sa marginalité trouvent leur origine dans la dimension créative de « Redford (For Yia-Yia & Papou) », une composition présente sur l’album « Greetings From Michigan: The Great Lake State » de Sufjan Stevens, ici décomposée en quatre mouvements instrumentaux.

D’une courte introduction instrumentale qui aimante les oreilles, aux boucles de pianos laconiques qui dramatisent la fin de l’album, The Roots enchevêtrent avec une facilité énervante (la jalousie est définitivement un vilain défaut) lyrisme et lignes mélodiques. Fièrement précurseur, le groupe, entre hip hop nostalgique et balade orchestrée, frôle la perfection dans un design sonore soigné. Sur ce onzième album à l’ambition bouillonnante d’imagination, on trouve même l’un des meilleurs instrumentaux de l’année (« Redford », pour ne pas le citer). Un titre où le combo célèbre l’union du hip hop au hit pop avec l’effervescence géniale de Sufjan Stevens au piano.  Du grand art! Voilà la direction que doit prendre le rap américain: l’expression intellectuelle plutôt que l’expression animale.

En écoute


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itunes8

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