The Patriotic Sunday – « Actual Fiction »

ps180Album
(Collectif Effervescence)
17/10/2011
Indie pop

Quand il ne casse pas de sa voix les angles qu’il façonne lui-même avec ses compères de Papier Tigre, il se love dans les rondeurs de The Patriotic Sunday: l’itinéraire bis qu’Eric Pasquereau garde toujours dans sa boite à gant, comme pour s’assurer que musique et frustration ne finissent jamais par rimer chez lui. La preuve, à chaque album sa réinvention, sa remise en question, son décor. En 2005, c’est Mansfield Tya qui l’accompagnait, suivi de ses indécrottables compagnons de route en 2009 pour un « Characters » qui lui a indéniablement fait passer un cap. Celui de ses rares songwriters à l’inspiration sans borne, dont les incessantes prises de risque s’époumonent systématiquement jusqu’à faire valser les moindres signes d’une triste routine. En 2011, pour une nouvelle fois dévoiler une autre facette de son projet le plus personnel, le Nantais est donc allé convaincre les atypiques Rennais de La Terre Tremble!!! pour l’accompagner dans sa quête d’une pop riche, profonde et pensée, une pop ultime à mille lieux de celle qui s’incruste dans les têtes dès la première écoute. Parfois la seule.

Et pour cause, sans pour autant être complexe et élitiste, « Actual Fiction » est de ces albums à la finesse et à la richesse telles qu’ils ne peuvent se dévoiler autrement qu’avec le temps. Ainsi, constamment conforté par l’intimité chaleureuse et la sensibilité qui se dégagent de chacun des titres, on se laisse porter par l’imprévisible qui déroule à vue une succession d’éclairs de génie chaque fois brillamment exploités (« Coathanger In The Party Room » aux moult revirements), qui jongle avec les ambiances et les intensités grâce à une science bien calculée de l’arrangement. « Everyman’s Voice », ses voix féminines, ses finitions électroniques, et même son vocoder, en sont une des plus parfaites illustrations.

Des choeurs, un accord de guitare guilleret et une rythmique qui s’emballe par ici (« Grey Hair »), une soif de grands et paisibles espaces par là (« Self Employment »), et Eric Pasquereau signe au passage quelques unes de ses meilleures trouvailles, de la trempe du « Jonas » de 2009, mais dans un autre genre. C’est le cas de « A Set Of Seemingly Disconnected Words », premier single dont la beauté du couplet se fait surprendre par le carillon d’un refrain en suspens, de « Belgrade » à l’éclatante âme soul, ou de « Wet Blanket » aux sursauts aussi impulsifs qu’efficaces. On ne peut plus sûr de lui, et au risque de ne pas toujours faire l’unanimité, il n’hésite plus non plus à tenter le plus dur: « Quiet & Slow », « Fiction », « I’ll Talk If You Know What To Say »… Ces douces ballades minimales et fragiles, sortes de berceuses adultes de fin de soirée qui font persister ou abandonner, mais qui mènent à l’évident constat que ce « Actual Fiction » sert sur un plateau d’argent: autrefois génial compositeur, Eric Pasquereau, toujours assez humble pour laisser ses hôtes imprégner son oeuvre (« The Fire » entre autres), a également su se doter en seulement quelques années d’un incontestable talent d’interprète. Dieu que la musique est bonne quand le musicien ne ment pas…

En écoute

« A Set Of Seemingly Disconnected Words »

Disponible sur
itunes40

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