The Cesarians – ‘Pure White Speed’

Album / Not Your Average Type / 11.09.2015
Pop excentrique

Si la musique a pour elle ce pouvoir de procurer d’intenses émotions, elle en possède un autre tout aussi puissant pour cumuler les déceptions. Celle de ne pas vibrer autant en concert qu’à l’écoute d’un disque en est une que l’on rencontre régulièrement. Le contraire, en revanche, est beaucoup plus rare, et poursuit The Cesarians depuis que le groupe – composé d’anciens membres de Penthouse et Christian Death entre autres – a inauguré sa discographie en 2008. Pour voir, sondez un peu ceux ayant déjà assisté à une prestation live des anglais, et tous – si de bonne foi – loueront généreusement leur excentricité et leur élégance. Celle de Charlie Fink surtout, frontman théatral, maniéré et pour le moins charismatique, incarnant à lui seul toutes les contradictions qui hantent l’identité musicale de The Cesarians, orchestrée sans limite comme pour souligner d’un trait franc le leitmotiv du groupe: ne rien suivre d’autre que son instinct et, au passage, envoyer valser toute notion de genre ou de tradition.

‘Pure White Speed’ en est la dernière démonstration. Bien caché derrière un artwork évoquant toutes les dégueulasseries new age dont Vangelis s’est fait le porte étendard, l’album abrite une nouvelle fois la volonté du groupe de se passer des guitares: une décision risquée quand on s’adresse à un public rock mais qui, dans les mains de The Cesarians, se justifie toujours dans la façon qu’ils ont de puiser l’intensité nécessaire à leurs compositions dans l’utilisation de leurs cordes, cuivres et synthés (‘Meltdown’, ‘Woman’, ‘Creation Theory’ et plus généralement la seconde moitié du disque). Je vous vois, vous flippez, et prenez cet air dubitatif de celui qui dit ne pas aimer avant d’avoir goûté. Peut-être la peur de l’inconnu, celle de devoir soudainement s’amouracher de ce que vous avez toujours dit détester, qui tournerait malgré vous à l’affection démesurée envers cette pop raffinée, intense, profonde et subtile. Rien que ça.

Sans le moindre faux pas, les londoniens – toujours sous leurs airs de performers de cabaret (‘Pure White Speed’ en meilleur exemple) – marient ici avec une juste-mesure insolente la beauté de leurs mélodies, de leurs arrangements, et cette définition du romantisme dans laquelle certains ont peut-être déjà trempé les lèvres à l’écoute de ‘I’m With God’ il y a quatre ans (‘Everything Dies’). Charlie Fink, véritable dandy de l’affaire, y évolue plus que jamais en solide chef d’orchestre (‘She Said’), tenant en main les ficelles de l’émotion et de la finesse qui agitent ces douze compositions (‘This Way’, ‘Column’), parmi lesquelles le combo peut même se targuer de dissimuler un grand morceau pop (‘Control’). Ajoutez à cela un trait d’humour bien britannique (le clin d’oeil à Beck dans le final ‘Manquake’, autrefois baptisé ‘In Your House’) et vous entendrez comme la promesse faite par The Cesarians de faire briller de mille feux en live cet album déjà très convaincant.

‘Post War Blues’, ‘This Way’, ‘Everything Dies’, ‘Control’, ‘She Said’

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