Shiko Shiko – ‘Maké Maké’

Album / Platinum / 25.09.2015
Math rock ultra brite

Dès ses débuts en 2012, et pour les mêmes raisons, Shiko Shiko soufflait le chaud et le froid au sein de notre rédaction. Sa fraicheur, son envie, et son enthousiasme débordant divisaient, les uns trouvant de l’originalité dans toutes ces qualités, les autres y décelant plutôt le manque de repères évident d’un groupe assurément talentueux, mais encore trop vert pour concrétiser le fourmillement d’idées qu’il avait en tête. ‘Best New Bestiole‘ ne manquait d’ailleurs pas de conforter les plus sceptiques il y a trois ans : usant, à la limite de la cacophonie, ce premier album n’était – par la force des choses – qu’un vide poche dans lequel on jette toutes ces petites choses encombrantes auxquelles on tient assez pour ne pas s’en détacher.

Puis il y eut le déclic. Telle Valérie Damido, la fée du logis est passée par là: Shiko Shiko s’est débarrassé de ses dents de lait, ne mue plus, et a parfaitement rangé sa chambre. Maintenant que tout y est bien à sa place, tout parait plus grand, plus agréable surtout. Alors que le deuxième album est souvent le plus casse gueule, ‘Maké Maké’ transpire toute l’assurance gagnée par la bestiole qui, durant trois ans, a pris le temps de s’acclimater pour maintenant profiter de ses plein pouvoirs et marquer (au moins) la scène rock française de son empreinte : une ambition que Shiko Shiko ne peut cacher trop longtemps alors que ces onze titres se dévoilent et mettent en lumière ses nouvelles forces, soulignées par une production digne de ce nom.

Preuve du palier qu’il a franchi, le groupe a cette fois pensé cet opus dans son ensemble, en le composant d’une traite pour plus d’homogénéité, en soignant aussi particulièrement les arrangements qui, dès l’introduction ‘Kanashibari’, y jouent désormais un rôle crucial en boulonnant fermement les ambiances (‘Plate-Forme Multimodale Delta 3’), essentielles à l’interprétation de son mélange aventureux, imprévisible et futuriste de pop, de math rock et de noise (‘Scalpelogique’). Dansant et communicatif, terrain d’une incessante et passionnante confrontation entre electro et acoustique (‘Weimar 1900’), ‘Maké Maké’ joue avec les reliefs, les contrastes et les intensités (‘Normcore’), le tout arbitré par un chant désormais parfaitement en place, parfois décalé (‘L’Attaque des Hommes Oiseaux’), qui sait aussi s’effacer pour laisser guitares et rythmique se passer le relais.

La somme d’individualités ayant laissé la place à une incontestable osmose collective, la bestiole est devenue bête. Elle ne se contente donc plus de griffer, elle mord. Et elle mord fort, que ce soit dans l’originalité (les deux parties de ‘Gloomy’), dans les mélodies (l’imparable ‘Akira & Virgile’), dans la beauté même parfois, ou dans l’expérimental, ce mot dangereux souvent associé à l’indigestion mais que Shiko Shiko recrache ici en un venin totalement addictif n’épargnant personne.

‘Normcore’, ‘Akira & Virgile’, ‘Scalpelogique’

À lire ou écouter également:

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire