Sage Francis – « Li(f)e »

sage180Album
(Anti)
10/05/2010
Hip folk

Rappelez vous « Jah Didn’t Kill Johnny » en 2005, « Got Up This Morning » et « Going Back To Rehab » il y a trois ans… De nombreuses fois dans le passé, Sage Francis n’a jamais manqué d’exprimer son affection pour l’indie rock, sans qu’on se doute toutefois qu’il allait un jour lui consacrer l’intégralité d’un album. Avec « Li(f)e », le fort en gueule reprend du service, poursuit son évolution, remet en cause l’hypocrisie ambiante, tous ces acquis accumulés par l’homme depuis l’école et qu’on lui force à intégrer à grands coups d’informations mensongères clamées par des médias pipés. Le discours est donc toujours aussi remonté, jamais dénué d’humour, s’acharne notamment sur la religion, mais s’offre cette fois un tout nouveau terrain d’expression. Au placard les producteurs hip hop capables d’empiéter sur l’indie – ceux à qui il a souvent fait appel jusque là – place à des experts du genre, des musiciens aux doigtés précis, aux douces mélodies, aux accords qui ne frisent jamais: Brian Deck (Modest Mouse, Iron & Wine), Jim Becker et Tim Rutili des chicagoans de Califone.

La qualité des textes étant acquise depuis des lustres, ce nouvel album n’avait plus qu’à soigner la forme en exploitant au maximum toutes les possibilités offertes par ces musiciens, avant tout enrôlés dans cette aventure parce qu’ils n’avaient jamais – ou rarement – côtoyé la scène hip hop auparavant. Un point commun qu’ils partagent d’ailleurs avec ceux dont ils ont ici réinterprété la musique pour offrir à « Li(f)e » sa nécessaire cohérence: Jason Lytle de Grandaddy, Chris Walla de Death Cab For Cutie, Calexico, Tim Fite, Devotchka, le regretté Mark Linkous (Sparklehorse), Yann Tiersen… Mais il ne s’agissait surtout pas que ceux là composent une musique taillée au flow de Sage Francis. Trop simple et trop prévisible. Non, ce sont de véritables compositions rock auxquelles le barbu voulait ici s’adapter, comme pour sortir de sa routine, faire face à un nouveau challenge évidemment remporté haut la main.

Car « Li(f)e » aligne de nombreux titres capables à eux seuls de réduire en miettes cette barrière entre rap et rock, souvent mise à mal, qui tente encore de subsister. Sauf qu’il ne s’agit pas ici de ce vulgaire cross-over maintes fois tenté, sans succès. A de rares exceptions près – peu convaincantes car bordéliques (« Three Sheets To The Wind », « London Bridge ») – c’est plutôt d’indie pop, de folk et de blues dont il est question dans les meilleurs moments de ce disque. Celui qui fait mouche dès la longue ouverture « Little Houdini » dont la richesse musicale finit de convaincre de s’abandonner aux moindres velléités indie rock d’un Sage Francis évoluant comme un poisson dans l’eau. Le bluesy « Slow Man » enfanté par Calexico, les incessants paradoxes du magnifique « Diamonds & Pearls », le mariage pop-soul de « Polterzeitgeist », l’hymne « Worry Not » à entonner accoudé au zinc, la troublante mélancolie de « Love The Lie », ou le touchant final « The Best Of Times » porté par l’émotion cinématographique de Yann Tiersen, sont autant de passages incontournables de cette nouvelle preuve que Sage Francis est définitivement un artiste à part. Et cela, tout le monde a beau vous le dire, ce n’est rien d’autre qu’une stricte vérité.

En écoute

Sage Francis – « The Best Of Times »

Disponible sur
itunes34

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