Roots Manuva – ‘Bleeds’

Album / Big Dada / 30.10.2015
Hip hop expérimenté

Il y a bien longtemps que la réputation de Roots Manuva dépasse la seule sphère du hip hop. Au fil d’une discographie inaugurée il y a vingt ans et désormais longue comme le bras, de collaborations parfois surprenantes, Rodney Smith – de son vrai nom – a tellement trimbalé son identité singulière en partie héritée de ses origines jamaïcaines, est passé par tant de remises en question, que certaines de ses réussites n’ont pas manqué de mettre son talent en lumière bien au-delà des amateurs de musiques urbaines. Du fait de son statut d’ambassadeur intemporel du hip hop anglais, de sa propension à s’adapter aux évolutions de ses musiques de coeur que sont le rap mais aussi le reggae, le dub, le trip hop et l’electronica, Roots Manuva est devenu de ces rares artistes interdisant tout préjugé à l’égard d’un nouvel album : une règle qui se vérifie avec ‘Bleeds’, excellent successeur d’un ‘4everevolution‘ plutôt tiède il y a quatre ans.

Son fidèle label Big Dada le reconnait sans peine, comme s’il nous invitait à gommer une très longue période de tentatives pas toujours fructueuses : on renoue ici avec le Roots Manuva de ‘Run Come Save Me‘, pour mieux tourner le dos à une poignée d’albums irréguliers, capables du meilleur comme de cette banalité qui pousse à l’indifférence. Au contraire, tout au long de ‘Bleeds’, l’Anglais impressionne par ses choix en termes de production (signée Fred, Adrian Sherwood, FourTet et Switch) conférant au disque une homogénéité qu’on n’avait plus croisé chez lui depuis un bail. Il impressionne surtout par la variété de son flow, de son aisance qui va de pair en toutes circonstances, et qui offre à la teneur sociale de ses textes un écho plus important encore (‘One Thing’).

Comme libéré et sûr de lui alors qu’il entre dans sa 43ème année, Roots Manuva chante – juste et bien – sur quelques refrains (‘Hard Bastards’, ‘Fighting For?’), pose ses mots au millimètre sur des beats de toutes natures (electro et complexes sur ‘Crying’ et ‘Facety 2:11’, pop sur l’excellent et léger ‘Don’t Breathe Out’, hip hop plus classique sur ‘Stepping Hard’), abat même à l’occasion la carte de l’émotion avec assez de subtilité et de délicatesse pour ne pas la vulgariser (‘Cargo’, ‘I Know Your Face’). Toujours au nom de la culture de la basse et des mots, tel un caméléon du verbe, l’Anglais grave ses acquis dans le marbre (‘Stepping Hard’), puis brode brillamment autour pour faire de ce sixième album un nouveau repère dans sa discographie. Pour ne pas dire un nouveau départ, même si on le pense très fort.

‘Crying’, ‘Don’t Breathe Out’, ‘I Know Your Face’

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