P.O.S – « We Don’t Even Live Here »

pos180Album
(Rhymesayers)
29/10/2012
Hip hop electro

S’il vous est déjà arrivé de rencontrer P.O.S en personne, vous avez peut être été frappé par le calme apparent du jeune homme. Étonnant de la part d’un Mc qui a toujours marginalisé son hip hop en affichant bien haut un héritage punk hardcore qui le faisait souvent citer Fugazi ou Refused dans une même interview. Loin du crossover puant que pourrait sous entendre un tel mariage d’influences, celui que certains considèrent volontiers comme un philosophe punk a toujours su intelligemment convertir sa rage au ventre en un registre à la fois énergique et original, terriblement efficace et incroyablement fédérateur. Trois ans après avoir sorti l’excellent « Never Better » capable de dynamiter à lui seul toutes les chapelles, la nouvelle déflagration « We Don’t Even Live Here » était donc forcément attendue, côté hip hop et côté rock.

C’était sans compter sur la malice et l’envie de changement d’un P.O.S qui a pris un malin plaisir à prendre tout le monde à contre pied. En effet, alors qu’on s’attendait à ce que ce quatrième album plie une nouvelle fois sous son flow parfois braillé, comme sous la force de riffs de guitares et d’accords bruitistes, le MC s’en est allé voir si l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. Notamment du côté de Berlin qui semble avoir grandement imposé sa couleur à cet album, nettement plus electro qu’aucun autre auparavant. Et pour cause, si on retrouve encore quelques bribes d’un passé de rockeur (« Fuck Your Stuff », « Lockpicks, Kives, Bricks And Bats »), qu’une poignée de titres arbitrent subtilement le passage de témoin (« Bumper », « Where We Land » feat Justin Vernon de Bon Iver, « Arrow To The Action/Fire In The Hole »), d’autres laissent Stefon Alexander afficher ouvertement son nouveau visage, celui d’un Mc bien décidé à inviter son hip hop sur le dancefloor.

Du déjà vu diront tous ceux qui ont assisté lors de la dernière décennie à la mutation du rap insufflée par des cadors de la trempe de Kanye West. Si ceux là trouveront en « Get Down », « All Of It » et le morceau titre, trois parfaites turbines pour illustrer leurs arguments, « We Don’t Even Live Here » ne peut décemment se résumer à ces contributions des Boys Noize, Housemeister et Innerpartysystem, tous responsables des dérives club quelque peu putassières de ce disque. Parce que, au delà de ces petites récréations bien compréhensibles pour qui a déjà décliné son amour du rock le temps de trois albums, P.O.S peut faire preuve de beaucoup de goût (« Piano Hits »), et se révéler évidemment capable de mieux. Chose qu’il ne manque pas de prouver avec deux tubes imparables: le funky « Wanted/Wasted » (feat Astronautalis) et l’énorme « They Can’t Come » (feat Sims) qui, au delà de nous surprendre à danser et taper des mains, seront toujours autant de fortes raisons de revenir sur cet album changeant, mais particulièrement réussi.

itunes31

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