Nick Cave & The Bad Seeds – ‘Skeleton Tree’

Album / Bad Seed Ltd / 09.09.2016
Rock blues lyrique

C’est un disque très attendu qui depuis quelques jours fait couler beaucoup d’encre et d’interprétations, qui partage et interroge. ‘Skeleton Tree’, seizième album du chanteur australien Nick Cave, est une œuvre sombre et bouleversante car tristement frappée en plein processus créatif par la mort accidentelle de l’un de ses deux fils jumeaux âgé de 15 ans. Se relever, faire face à soi-même, aller de l’avant. Autant de questions, de confusions et de défis détaillés sur les huit pistes qui composent ce nouvel opus enregistré partiellement en Angleterre et aux studios La Frette en région parisienne.

Toujours accompagné de ses Bad Seeds, Cave publie ici un disque lourd de sens, où se mêlent obscurité et lumière, confidences et sentiments, et sur lequel son fidèle maestro et frère d’arme Warren Ellis a su réitérer la sobriété et le minimalisme de ‘Push The Sky Away‘, tout en lui insufflant plus de noirceur et d’épaisseur, sans jamais basculer dans le larmoyant ou le coté trop épique. Pianos, cordes et synthétiseurs prennent le dessus sur des guitares principalement acoustiques, et permettent à Ellis de rythmer les propos d’un Nick Cave endeuillé, démoli, mais résolument sensé, et dont la mise à nue ne le rend que plus délicat et combatif.

Naturellement absent des ondes durant son deuil, Cave n’a jamais souhaité se confier aux médias suite à cette tragédie. Néanmoins, il proposa à son ami et réalisateur Andrew Dominik (pour lequel il réalisa avec Warren Ellis la BO du film ‘The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford’) de filmer toute la conception artistique de ‘Skeleton Tree’, incluant donc le deuil, les états d’âme, et la difficile reconstruction psychologique suite au traumatisme. La démarche surprenante ne laisse pas de marbre, allant jusqu’à diviser les personnes à la sortie des cinémas lors de la projection mondiale du film le 8 septembre dernier. Œuvre complémentaire pour les uns, voyeurisme malsain pour les autres, ‘One More Time With Feeling’ partage, mais demeure – comme l’a souhaité Cave – une pièce indissociable du disque. Ce qui aurait pu devenir un simple documentaire musical s’avère finalement être une véritable thérapie de groupe, et accessoirement le meilleur moyen d’éviter toute interview sur le sujet, même promotionnelle pour le disque.

En restant objectif, il serait honnête de dire que, musicalement, ‘Skeleton Tree’ n’est pas le disque le plus intéressant de l’immense discographie du groupe. Mais la démarche ici y est tellement différente et particulière qu’il serait donc tout aussi malhonnête de prétendre ne pas avoir été affecté par la décharge émotionnelle qu’il procure. Une profession de foi plus qu’un album.

‘Jesus Alone’, ‘Anthrocene’, ‘I Need You’

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